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Tribune | Sauver le tourisme par le tourisme !

 

Par Khaled Ben Rejeb *

Le tourisme est en constante évolution dans le monde, influencé par de nombreux facteurs tels que les mutations économiques, politiques, technologiques et environnementales. Au cours des dernières décennies, on a constaté un accroissement significatif du tourisme international, grâce à des vols moins chers, à une plus grande accessibilité et à des procédures de voyage rendues de plus en plus simples.

L’évolution du tourisme de 1950 peut être caractérisée par plusieurs tendances clés et développements :

1950 à 1960 : apparition du tourisme de masse, avec une croissance de la classe moyenne et les améliorations de l’infrastructure de transport ont conduit à une augmentation des voyages internationaux.

1970 à 1980 : la crise pétrolière des années 1970 a engendré une régression soudaine du secteur aérien, mais elle a également ouvert la voie au développement de formes alternatives de tourisme, telles que l’écotourisme et les voyages d’aventure.

1990 à 2000 : la croissance d’Internet et les avancées technologiques ont entraîné une augmentation des réservations en ligne et le développement de nouvelles technologies liées aux voyages.

L’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies (OMT) estime qu’il n’y avait que 25 millions d’arrivées de touristes à l’échelle internationale en 1950. 68 ans plus tard, ce nombre est passé à 1,4 milliard d’arrivées internationales par an. Par conséquent, l’activité touristique a atteint un point de basculement de diverses manières : trop de visiteurs dans les attractions, dans les villes, sur les plages, dans les parcs nationaux, destruction des récifs coralliens, coupure des arbres pour faire des terrains de golf, pollution de notre beau ciel par les navires et les avions et en laissant des déchets partout où nous allons.

L’impact de la pandémie sur le secteur du tourisme

Après avoir enregistré 1.5 milliard de visiteurs en 2019 dans le monde entier, la pandémie de coronavirus a frappé de plein fouet l’activité touristique en provoquant une baisse, selon l’Organisation mondiale du tourisme, de 72 % des arrivées de touristes internationaux en 2020 et de 71 % en 2021, par rapport à 2019. Cela représente une perte de 2,1 milliards d’arrivées internationales pour les deux années combinées.

En conséquence, les recettes d’exportation du tourisme international ont chuté de 63 % en 2020 et de 61 % en 2021 (en termes réels), ce qui représente une perte de 2,1 billions de dollars américains au cours de cette période de deux ans.

La Tunisie n’était pas à l’abri de la crise. L’impact de la pandémie Covid-19 sur le tourisme a été significatif. En raison des restrictions de voyage et des mesures de santé publique, le nombre de touristes a considérablement diminué, affectant ainsi le secteur du tourisme, qui est un pilier économique important pour le pays. Selon les données officielles, une baisse drastique de l’ordre de 78,7% en termes d’arrivées aux frontières passant de 9 millions de touristes en 2019 à 2 millions en 2020.

La saison 2021 a connu une légère amélioration. Mais elle était très loin de l’activité normale avec une régression de 75% par rapport à 2019.

Les pays du monde ont pris diverses mesures pour atténuer les effets économiques et impacts sociaux sur le tourisme et préparer le secteur à la reprise. Ces mesures ne devraient pas seulement viser la survie du secteur, mais aussi assurer sa préparation pour contribuer à la reprise économique en passant à un modèle plus durable et responsable, à savoir le tourisme durable.

Le caractère visible de la bêtise humaine

Bien que le tourisme durable et responsable soit actuellement le concept le plus évoqué dans le secteur du tourisme, on constate qu’il y a une méconnaissance totale de leurs contours par les acteurs de l’industrie.

Par conséquent, il est largement mal compris et mal interprété de différentes manières. Parfois, il est considéré comme simplement écologique, alors qu’il englobe également des aspects sociaux, économiques et culturels. D’autres fois, certaines entreprises touristiques peuvent se vanter d’être durables sans prendre de mesures concrètes pour le devenir réellement.

La durabilité est parfois assimilée à l’austérité alors que la discussion ne devrait jamais porter sur la question de savoir si nous devions éviter le luxe.

La question réelle est: avez-vous vraiment besoin de 15 oreillers et coussins dans une chambre pour 2 personnes ? Pourquoi un touriste doit consommer plus d’eau qu’un habitant local? Des études sur la disparité de l’eau montrent qu’«un touriste aux Fidji et au Sri Lanka consomme 8 fois plus d’eau qu’un habitant de la destination». Aussi de la Thaïlande à la Tanzanie, les touristes consomment démesurément plus d’eau que les habitants, ce qui soulève des inquiétudes concernant les inégalités en matière d’eau dans les pays en développement. Comment mettre fin à cette folie ? Et comment doit-on sauver le tourisme de la bêtise humaine?

Ce que nous sommes sur le point de faire est de comprendre comment nous développons un meilleur tourisme pour le voyageur et pour la destination.

Approche durable et responsable

La pandémie était une occasion de repenser le tourisme afin d’apporter des avantages durables à toutes les parties prenantes en assurant un développement économique équitable tout en préservant les ressources naturelles et les cultures locales pour les générations futures. Pour y parvenir, quatre démarches devraient être adoptées et mises en pratique, à savoir:

– Protéger la qualité de vie des locaux : si le tourisme ne fonctionne pas pour les locaux, il ne fonctionnera jamais. Imaginez que vous vivez dans une ville où un ensemble de bus touristiques s’arrêtent d’une manière cyclique dans la rue où vous vivez pour déposer environ 800 touristes tout au long de la journée. Ils s’arrêtent à l’aire de jeux où jouent habituellement vos enfants et se précipitent au café du coin pour une pause. N’avez-vous pas le sentiment que vous êtes impuissant et désemparé devant une telle situation? Cela ne provoque-t-il pas l’overdose chez les locaux?

Le mot qui décrit ce phénomène est «overtourisme», juste pour dire que la ville a trop de touristes partout mais ce n’est généralement pas le cas, simplement parce que le problème est lié à la capacité de destination. Je préfère plutôt employer le mot «Unbalanced Tourism» (tourisme déséquilibré»).

Cela implique d’avoir une action pour régler le problème et créer un équilibre dans la destination. Si vous voulez développer une destination, elle doit se développer de manière intelligente et responsable. Prenons l’exemple de «The Wave» ‘ (située en Arizona, près de la frontière avec l’Utah aux États-Unis) qui est célèbre chez les randonneurs et les photographes pour ses formes ondulées. Un permis délivré par le Bureau of Land Management (BLM) des États-Unis est nécessaire pour voir The Wave. Seules 20 personnes par jour sont autorisées dans la zone. De cette façon, ils réduisent non seulement la pression des visiteurs mais aussi ils préservent l’authenticité du site et rendent l’expérience de la visite unique plus que jamais.

– Maximiser l’impact économique local: en moyenne, sur 100 dollars dépensés pour un voyage de vacances par un touriste venu d’un pays développé, seulement 5 dollars environ restent réellement dans l’économie d’une destination d’un pays en développement.

Un certain 16 mai 2017, le gouverneur de la Banque centrale, feu Chedly Ayari, a dit « On parle du retour du tourisme sans voir où sont les revenus de ce secteur ». Une déclaration qui en disait trop ou pas assez.

Il semble donc évident de proposer une politique économique à l’échelle locale afin de limiter «les fuites» et garder le fric dans le pays. Comment? Eh bien, c’est simple!

L’un des moyens les plus élémentaires de prévenir les fuites touristiques consiste simplement à acheter local. Cela signifie que, lorsque vous êtes dans un endroit, essayez d’acheter des biens et des services qui y sont fabriqués ou cultivés.

Autre moyen est séjourner local. Il va sans dire que les meilleurs endroits où séjourner sont presque toujours gérés par des locaux. Ils ont une connaissance approfondie du lieu et un véritable intérêt à partager ses secrets avec vous. Enfin, choisir de manger dans un restaurant local est une évidence. Vous faites l’expérience d’une nouvelle cuisine de manière authentique. Qui sait, vous découvrirez peut-être même un nouveau plat préféré.

– Valoriser l’expérience client: au lieu de voyager en tant que spectateurs qui admirent des paysages et observent les autochtones, vous devenez un acteur de votre voyage.

Le voyage est avant tout une aventure humaine, qui implique une rencontre avec les habitants locaux. Les voyages immersifs proposent aux touristes une approche authentique d’une destination.

Concrètement, le tourisme immersif consiste à vivre des expériences locales qui enrichissent la vie. Par exemple : participer à la récolte des olives à Sfax, cuisiner le Borzguene à El Kef, assister à un mariage au Pérou, ou marcher quelques heures sur les traces du narcotrafiquant Pablo Escobar à Medellín. Aller au-delà de l’expérience, vous pourriez être même transformé par le voyage. Ce voyage qui offre aux gens d’effectuer des changements significatifs et durables dans leur vie. Il s’agit de voyager avec une ouverture d’esprit et de s’engager physiquement tout en prenant du temps pour une réflexion personnelle. It’s deep? N’est-ce pas?

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– Protéger les atouts majeurs de la destination: nous voyageons de plus en plus, et partons de plus en plus nombreux. Cela a inévitablement un impact sur l’environnement en général et sur les sites visités, en particulier.

A ce titre, gouvernements, organismes et professionnels du voyage ne cessent d’attirer une clientèle toujours plus large sur les destinations qu’ils promeuvent, sans pour autant tenir en compte la dégradation des sites et patrimoine visités avec l’arrivée en masse de touristes.

Et pour conclure

Le tourisme durable est un type de tourisme qui vise à réduire les impacts négatifs sur les destinations touristiques, valoriser le patrimoine local et l’environnement, tout en garantissant un développement économique durable. Cela implique une utilisation responsable des ressources naturelles, un engagement en faveur de la préservation des cultures locales et une collaboration avec les communautés locales pour soutenir le développement économique.

Le tourisme durable peut également encourager les voyageurs à adopter des comportements plus durables, tels que la consommation d’énergie et d’eau responsable, la réduction des déchets et le soutien aux initiatives locales.

K.B.R.

(*) Consultant/formateur en tourisme & relations publiques

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