Economie tunisie

Nouveau découpage territorial | Ridha Gouia, économiste et Directeur de l’APBS Tunis à La Presse : «Faire des régions les mieux loties une locomotive de développement pour les moins favorisées»

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Toutes les politiques d’aménagement du territoire et de découpage suivies en Tunisie et marquées par un centralisme administratif ont accentué le déséquilibre régional et la disparité sociale. Le tissu industriel tunisien qui est marqué par de petites et moyennes entreprises souffre de la faiblesse de la taille des marchés locaux. Et on sait que s’ouvrir sur les régions littorales créera plus d’opportunités et des économies d’échelle, favorables aux PME.

Quelle est votre lecture du nouveau découpage territorial ?

Commençons par la définition du découpage territorial et par l’historique en Tunisie de ce concept. Selon la définition usuelle, « le découpage est la subdivision du territoire d’un Etat en des entités décentralisées en vue d’une politique de proximité. Ce découpage territorial est alors une disposition constitutionnelle qui vient renforcer la décentralisation comme une technique de développement pour rendre efficace la gestion décentralisée ». A remarquer dans cette définition, deux concepts importants : gestion décentralisée (démocratie) et technique de développement (instrument). Il est à noter que cette question du découpage occupe une place centrale dans la réflexion sur le territoire et les politiques territoriales dans plusieurs pays tant développés qu’en voie de développement. D’un pays à l’autre, et d’une période à l’autre, les stratégies diffèrent et évoluent. Pour la Tunisie indépendante, qui a hérité, de la période coloniale, un territoire divisé en deux régions : le Nord et le Sud, le problème du découpage a été posé en termes de « l’aménagement du territoire ». En effet, c’est à partir de 1961 que le Secrétariat d’État aux Travaux publics et à l’Habitat commence à s’occuper de l’aménagement du pays. Mais le développement économique qu’a connu le pays au cours des décennies suivant l’indépendance s’est traduit par une double inégalité, d’un côté, de la répartition de la richesse et de l’autre côté de l’orientation des investissements tant publics que privés. En effet, en dépit des multiples efforts des autorités et ministères au profit du développement des régions intérieures et de la réduction de l’exode vers les régions urbaines, l’écart régional est resté très flagrant. Comme le constatent plusieurs recherches d’économistes et de géographes, les investissements privés, notamment industriels tant nationaux qu’étrangers (loi d’avril 1972), ont peu bénéficié aux régions de l’intérieur. Certes, avec la grande prise de conscience des populations suite à la révolution de 2010-2011 et aux mouvements régionaux de protestation qui se sont développés et étendus, non seulement l’organisation administrative territoriale existante a été remise en cause, mais aussi l’accentuation des disparités interrégionales et l’échec des politiques successives d’aménagement du territoire ont fait l’objet de préoccupation et d’analyse des acteurs politiques et des économistes. Ainsi, le problème du découpage territorial s’est imposé, et le gouvernement n’est pas resté inactif en pensant à la place à accorder aux collectivités territoriales et aux acteurs locaux dans la conception et la mise en œuvre d’une politique nationale d’aménagement du territoire. D’où la composition des cinq districts reliant les régions de l’Est (attractives des investissements) avec les régions de l’Ouest (enfants pauvres et peu attirants des investisseurs). Donc, à notre avis, les bonnes intentions y sont et cela permettra de créer de nouvelles synergies dans les régions qui impulsent le développement régional et réduisent, par conséquent, les tensions sociales.

Est-il possible d’impulser une dynamique économique englobant tous les espaces territoriaux ?

Certes, avec la responsabilisation des forces régionales (suite à la décentralisation administrative), le processus de transition démocratique à mettre en place, et avec le développement de mécanismes de propulser les synergies inter-régionales, tout cela pourra devenir des outils entre les mains d’acteurs territoriaux aptes à mettre en application « leur capacité organisationnelle fondée sur une intelligence collective ». Comme nous l’avons remarqué, toutes les politiques d’aménagement du territoire et de découpage suivies en Tunisie et marquées par un centralisme administratif ont accentué le déséquilibre régional et la disparité sociale. Le tissu industriel tunisien, qui est marqué par de petites et moyennes entreprises, souffre de la faiblesse de la taille des marchés locaux. Et on sait que s’ouvrir sur les régions littorales créera plus d’opportunités et des économies d’échelle, favorables aux PME. Autrement dit, les différences des moyens humains et des disponibilités d’investissements et des richesses naturelles entre les régions seront certainement un propulseur de création de valeur et de richesses et un moteur d’impulser une dynamique économique, donc un moyen de stabilité sociale et de confort régional et national. Certes, répondant à une vieille idée de mise en relation des régions intérieures avec les zones côtières, le découpage récent de la Tunisie en cinq régions, qui doit être accompagné par des mobilisations régionalistes, peut contribuer à créer à la fois un état d’esprit et un rapport de forces favorables à l’instauration d’un nouveau modèle d’action adapté aux besoins et aux capacités de chacune des différentes régions dans le pays. Dit autrement, cela permettra de faire des régions les mieux loties et les plus dotées de moyens tant financiers qu’en richesses naturelles et humaines une locomotive de développement pour les autres régions moins favorisées (par le biais de projets fédérateurs et en associant les acteurs territoriaux). Il est ainsi question de tirer profit de la complémentarité qui existe entre l’intérieur et le littoral du pays et tend à créer un nouveau modèle de développement. Ainsi, le territoire s’impose avec beaucoup plus de force qu’auparavant comme un élément constitutif du progrès et du développement économique et social. Revêtant ainsi une dimension économique, voire politique, son objectif consiste à réduire les disparités entre les régions, et ce, en provoquant des effets d’entraînement et de nouvelles synergies ce qui réduira forcément le régionaliste niché dans les cerveaux. 

Quelles perspectives pour la gouvernance locale et le développement régional ?

A mon avis, la promotion de la gouvernance locale et le renforcement des collectivités territoriales, qui figurent parmi les principales réformes institutionnelles, engagées dans la Tunisie ces dernières années, ne doivent pas être considérés comme un simple découpage spatial qui relève plutôt du bricolage technique ou bien un slogan politique et administratif. Ils doivent être avant tout accompagnés par un partage des pouvoirs, de démocratie en fixant les prérogatives de chaque partie. En outre, il ne fait aucun doute que le nouveau concept de districts, ou ce nouveau modèle de décentralisation, va permettre aux régions de prendre leur destin en main et aux élus de répondre aux aspirations et besoins de leurs administrés. La réussite d’un tel processus de décentralisation et le démocratisation des règles dans le pays restent tributaires la de nombre de conditions dont principalement: une bonne compréhension de la part des acteurs tant centraux que territoriaux de leurs rôles et actions à promouvoir et que leur objectif ultime est donc de réduire les écarts entre les régions. Une véritable décentralisation du pouvoir politique et économique, seule condition pour faire émerger une politique d’aménagement du territoire démocratiquement élaborée et assumée par l’ensemble des acteurs. En effet, l’engagement d’un tel processus de réformes suppose l’établissement de relations partenariales entre les représentants de l’Etat et les acteurs territoriaux, accompagnées d’une bonne coordination entre les multiples acteurs.

Ce processus doit être accompagné d’une véritable stratégie de développement des régions intérieures de la part de l’Etat et d’équipement des villes. Le projet actuel de création des districts impulsera certainement le développement régional et, par ricochet, boostera le développement national.

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