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Football : Splendeurs et misères de la Fédération tunisienne de football 

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Les responsables du monde du football ont toujours pris ce risque de nouer des liaisons dangereuses avec le monde politique, au point d’oublier les nobles valeurs olympiques qui sous-tendent et régulent les activités sportives, y compris le football.

Ils ont tendance à modifier certaines règles internes pour cumuler les mandats à la tête, ou au sein des instances sportives. La Fédération tunisienne du football (FTF) ne déroge pas, malheureusement, à cette règle. En dépit de la sortie humiliante de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), ses membres ont refusé d’abord de démissionner, mais il a fallu la pression de certains cercles influents pour qu’ils jettent l’éponge. Il était grand temps !

Certes, il ne faut pas jeter l’anathème sur le bureau sortant. Plusieurs parties endossent la responsabilité du déclin du football national. Aussi bien l’Etat que la FTF et les grandes équipes se trouvent aujourd’hui sur le banc des accusés. Les responsables ont été obnubilés par l’épopée de la Coupe du monde 1978 qui commence à dater d’ailleurs. Depuis, ils n’ont jamais pensé à l’avenir. Ils ont commis la grande erreur de s’endormir sur leurs lauriers. Le constat actuel est très frustrant à plus d’un  titre. On a été devancé à tous les niveaux par les autres nations. Sur le plan structurel, les stades, à l’exception de celui de Radès, ne sont plus homologués par la CAF, les arbitres tunisiens ne sont plus sélectionnés pour arbitrer les grandes compétitions dont en particulier la coupe du monde et la CAN. La fabrique des grands joueurs de la trempe de Agrebi, Tarek Dhiab (ballon d’or africain en 77) semble en panne.

Les anciens présidents de la FTF et l’épopée de 1978

Créée le 29 mars 1957, la FTF s’est fixé plusieurs objectifs comme l’enseignement, la promotion et le perfectionnement continu du football tunisien, sous la tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports. Sans parler des grands clubs qui ont vu le jour,  tels que l’Espérance Sportive de Tunis (1919), le Club Africain (1920), l’Etoile Sportive du Sahel (1925), le Club Sportif Sfaxien (1928).

Plusieurs présidents se sont, depuis, succédé à la tête de la FTF, dont Chedly Zouiten (1956-1962), l’ancien ministre et chef du gouvernement Mohamed Mzali qui fut aussi membre du Comité international olympique, Fouad Mbazaa, et Slim Aloulou (1976-1980 et 1986 à 1989) qui fut, selon l’avis d’une source proche de la FTF, l’un des meilleurs présidents de l’historique instance sportive. Il a été parmi les artisans de l’épopée de 1978 qui a permis à notre team national d’entrer par la grande porte dans l’histoire du foot mondial, en devenant la première équipe africaine à remporter un match grâce à sa large victoire contre le Mexique.

Une coupe d’Afrique en 2004 et puis la décadence

Parmi les présidents qui ont aussi laissé une empreinte impérissable à la tête de la FTF, la même source cite l’avocat et ancien joueur du CSS  Raouf Najjar (1994-1996) qui a révolutionné le football en Tunisie, en instaurant le professionnalisme selon une démarche graduelle, ainsi que Hammouda Ben Ammar (2002-2006). C’est ainsi que le onze national a pu gagner en maturité au fil des ans et des compétitions. En 2004, et pour la première de son histoire, la Tunisie remporte haut la main la coupe d’Afrique au stade de Radès. Depuis cette date, le football tunisien n’a cessé de reculer sans jamais pouvoir remonter la pente avec des prestations en dents de scie dans les compétitions internationales.

Plusieurs facteurs ont conduit à faire reculer le niveau du football tunisien et ternir son image et celle en arrière-plan de la FTF, selon l’avis de plusieurs observateurs bien informés. Ces derniers pointent en premier lieu l’immobilisme dans lequel s’est emmuré le football national après avoir connu ses années de gloire. «On n’a pas cherché à changer les textes de loi qui régissent le domaine sportif en général, ni fait d’évaluation après l’épopée de 1978. On aurait dû remonter l’escalier», regrette l’un des experts sollicité par notre journal. Malheureusement, les grands clubs ont failli à leur mission sur le plan de la formation des jeunes, ajoute-t-il. De nos jours, ces clubs ont de plus en plus recours au recrutement de joueurs évoluant à l’étranger. Ce qui a favorisé l’essor des activités d’agents sportifs, mais n’a pas contribué pour autant à l’évolution du niveau compétitif des joueurs locaux qui sont le plus souvent relégués au second plan lors des grandes manifestations footballistiques. Une situation qui a aussi contribué à l’endettement des clubs.

Aucune remise en question des dirigeants

D’un autre côté, le corps arbitral en Tunisie est très malade, cette situation  a envenimé  les relations entre les clubs d’une part et entre ces derniers et la FTF d’autre part. Cette instance a perdu toute crédibilité auprès de certains clubs eu égard aux erreurs inexplicables des dirigeants. Mais la FTF a continué sa fuite en avant, défendant l’indéfendable au moment où il fallait prendre des décisions draconiennes pour mettre fin au dilettantisme de la direction de l’arbitrage. Par conséquent, les arbitres tunisiens sont écartés des grands rendez-vous sportifs. Ils sont accusés de plusieurs maux, même de corruption. Et c’est Wadi El Jary qui est sacrifié, estime un des interlocuteurs sollicités par La Presse.

Sur un autre plan, d’anciens entraîneurs qui ont contribué à la gloire de l’équipe nationale ne sont plus invités par les instances sportives officielles pour donner leurs avis et faire avancer le football tunisien. A ce titre, l’ancien entraîneur Taoufik Ben Othman, qui a été l’adjoint de Abdelmajid Chettali lors de la Coupe du monde de 1978, a fait part à notre journal de sa colère et de son amertume à l’égard des responsables sportifs qui ont tendance à oublier les grands noms de l’histoire du football tunisien.

Un ancien président clivant à la tête de la FTF ?

Certains experts proches de la FTF et même des présidents de club, refusent de faire endosser la responsabilité à l’ancien président de la fédération, arguant qu’il a réussi à assurer une ascension financière à la FTF, qu’il a volé au secours des clubs endettés et envisageait plusieurs projets visant en particulier à faire évoluer l’infrastructure sportive et la situation des arbitres.

En revanche, et selon d’autres observateurs, Wadi El Jary avait un petit faible pour le pouvoir, sinon comment expliquer sa présidence à la tête de la FTF de  2012 à 2023. Un record de longévité depuis la création de la FTF. Et c’est là où réside tout le malheur de certains des responsables qui, dès leur nomination, sont atteints du syndrome d’Hubris, confondent sport et politique.

Ils rappellent à ce titre les prises de bec entre El Jary et l’ancien ministre du Sport Tarek Dhiab. Sans oublier ses différends avec  plusieurs présidents des clubs de la nationale, ce qui a conduit au dépôt de certaines plaintes contre la FTF auprès du Tribunal d’arbitrage sportif qui siège à Lausanne, en Suissse.

Comment repartir du bon pied ?

Actuellement, il est beaucoup plus question de tourner la page de Wadi El Jary qui fait l’objet de deux mandats de dépôt. Le premier a été émis dans le cadre de l’affaire liée au contrat de l’ancien directeur technique de la FTF, Sghaier Zouita, et le second pour suspicion de «malversation de deniers publics». Mais Il faut signaler d’emblée que le départ de l’ancien président ne changera pas la donne au sein de la FTF, en particulier et au niveau du football national qui peine à retrouver son lustre d’antan. Ce sont les équipes de football qui votent les lois régissant la fédération et ce sont elles qui doivent assumer en premier lieu la responsabilité de ce fiasco généralisé.  

Aujourd’hui, le projet de loi sur les structures sportives élaboré par le ministère de la Jeunesse et des Sports suscite déjà une certaine polémique dans le milieu sportif. Dans une déclaration, le directeur des affaires juridiques au ministère, Chokri Hamada, a espéré la mise en œuvre à partir de cette année de ce projet de loi qui contribuera, selon lui, à faire évoluer le sport et toutes les structures spécifiées liées, dont  le Comité national olympique tunisien, le Comité paralympique, les fédérations et les associations sportives. «Ce projet constitue un cadre réglementaire pour la formation des structures sportives, déterminant leur activité, leur financement et leur contrôle», a-t-il encore expliqué.

Le projet fait déjà l’objet d’un débat houleux dans les coulisses de la FTF et du Comité national olympique tunisien, s’il y a rejet de la Fifa et du Comité international olympique (CIO). Selon Chokri Hamada, ce projet de loi est conforme aux lois sportives internationales, notamment celles du CIO et de la Fifa.  Dans une déclaration récente, il n’a pas exclu le recours à l’article 21 de la loi 95-11 de 1995 relatif aux structures sportives. Selon cet article, «le ministre chargé du Sport peut, en cas de carence ou de mauvaise gestion, mettre fin aux activités d’un, de plusieurs ou de l’ensemble des membres du bureau fédéral et ce, par arrêté dûment motivé».

Pour rappel, la Fifa avait mis en garde notre pays d’une possible exclusion du Mondial en 2022 à la suite du conflit entre le ministère du Sport et la FTF. «Il a été porté à notre attention que les autorités étatiques sembleraient vouloir s’immiscer dans les affaires de la FTF, notamment en envisageant la dissolution du Bureau fédéral de la FTF», avait souligné la Fifa.

Réorganiser ce secteur c’est bien, mais encore faut-il procéder d’une manière prudente, loin de toute tentative d’ingérence dans les affaires de la FTF, même si certains candidats à l’élection du nouveau bureau sont soupçonnés de corruption et ont d’autres visées en tête. Le message est clair. Aux autorités de jouer.

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