Economie tunisie

Croissance économique : Ce que révèlent les chiffres

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«La Tunisie peut réaliser des taux de croissance de l’ordre de 5 et de 6%. Car cette période de régression économique ne peut que donner lieu à un potentiel et une capacité de relance et de dynamisation. Si l’on parvient à ajuster les politiques sectorielles et conjoncturelles (budgétaire et monétaire), nous pourrons atteindre cet objectif, malgré toutes les difficultés », affirme l’économiste Moez Soussi.

Intervenant lors du webinaire 90 minutes, organisé récemment, par l’Iace sur le thème « Lecture des principaux indicateurs économiques de la Tunisie », l’économiste Moez Soussi est revenu sur les raisons majeures derrière la faible performance qui a caractérisé l’économie tunisienne au cours de l’année 2023.

Soussi a souligné qu’avec le ralentissement dont a fait montre l’économie nationale durant ces dernières années, la Tunisie n’est plus en mesure de générer de la croissance, une dynamique pourtant indispensable pour la création de l’emploi et l’amélioration du niveau de vie des citoyens. 

«Pour préserver le niveau de vie général en Tunisie, nous devons enregistrer au minimum deux points de croissance. 

Or, avec les taux de croissance actuels (notamment les 0,4% enregistrés en 2023), les Tunisiens sont en train de se paupériser. Car les revenus réels croissent à un rythme bien inférieur à celui de la croissance démographique », a-t-il affirmé. 

L’économiste a expliqué que cette situation trouve son origine dans l’essoufflement des efforts d’investissement et d’épargne, résultant, à leur tour, de l’aggravation des déficits jumeaux. « Aujourd’hui, la productivité globale des facteurs est menacée car nous n’arrivons plus à importer les nouvelles technologies. Nous devons remplacer ce qui a été consommé en matière de stock de capital et développer davantage la capacité de production », a-t-il asséné. 

Évoquant le manque à gagner en termes de croissance potentielle, l’économiste a cité l’exemple de l’industrie des phosphates. En effet, au moment où le cours du phosphate continue de grimper, la Tunisie n’a pas pu tirer pleinement parti de la hausse des prix sur le marché international et, par conséquent, augmenter les recettes provenant des exportations de ce minerai. Et pour cause : un déficit d’équipements qui auraient pu servir pour accélérer la cadence de la production. 

L’agriculture, un secteur fragile 

Selon Soussi, une lecture des chiffres relatifs à la contribution de chaque secteur à la croissance, révèle que l’agriculture est le principal secteur qui a tiré la croissance, vers le bas, suivi par le secteur des bâtiments.  Ce résultat n’est pas surprenant d’autant plus que les activités agricoles, hormis la pêche, ont pâti des conditions climatiques sévères.

L’économiste n’a pas manqué, dans ce contexte, d’appeler à adopter les nouvelles technologies qui peuvent réduire significativement l’impact des changements climatiques sur le rendement agricole.  « La sécheresse vécue en 2023, est sans précédent. Heureusement, les cours des matières premières, notamment du blé, ont chuté. La contribution du secteur agricole au PIB qui a enregistré une croissance négative de -11% n’était que de 7,38% », a-t-il indiqué. 

Par contre, la performance des secteurs du tourisme (dont la croissance s’est élevée à plus de 12%), des industries mécaniques, de la finance et du transport a enregistré une amélioration significative reflétée par une croissance positive. « Si la performance de certains secteurs s’est améliorée, il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers. Bien au contraire, il faut travailler sur les faiblesses de ces secteurs-là pour les booster davantage », fait-il remarquer. Et le spécialiste d’ajouter : « La Tunisie peut réaliser des taux de croissance de l’ordre de 5 et de 6%. Car cette période de régression économique ne peut que donner lieu à un potentiel et une capacité de relance et de dynamisation. Si l’on parvient à ajuster les politiques sectorielles et conjoncturelles (budgétaire et monétaire), nous pouvons atteindre, malgré les difficultés, cet objectif ».  Par ailleurs, Soussi a appelé de ses vœux des réformes budgétaires visant à instaurer une meilleure allocation des ressources dans un contexte où la marge de manœuvre budgétaire est très limitée. Il a affirmé qu’il est aujourd’hui nécessaire de revoir le modèle économique établi dans les années 70. Un modèle essoufflé et qui ne répond plus aux besoins économiques et sociaux de la Tunisie. 

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