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Surexploitation des ressources en eau | Qui sont les gaspilleurs ?


Les chiffres publiés sont alarmants. Les barrages sont presque à sec. La consommation est à son plus haut niveau. Le gaspillage, le vol, les forages clandestins de puits, l’explosion du nombre d’exploitants de sociétés d’embouteillage de l’eau, les fuites dues à la vétusté du réseau d’adduction et de distribution et son manque d’entretien sont autant de facteurs qui contribuent à aggraver la situation.

Les crises et les pénuries en tous genres se poursuivent chez nous sans discontinuer. Il ne se passe pas un jour sans qu’on note la disparition de tel ou tel produit de la circulation. Une fois c’est l’introuvable huile de ménage, une autre fois c’est l’inaccessible lait sans oublier l’insaisissable sucre ou la bonbonne de gaz qui se raréfie avec l’intrusion du froid. On ne reviendra pas sur toutes les autres pénuries de médicaments, d’intrants et d’engrais agricoles ainsi que d’autres articles qui manquent à l’appel dans tous les domaines. Mais le manque le plus à craindre et qui est d’une importance vitale reste l’eau.

Agir sur les vraies causes

Selon la Sonede (Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux), le volume d’eau distribué a atteint 679.9 millions de m3 fin 2021 pour plus de 3 millions d’abonnés. C’est le Sud qui se place en premier avec près de 200 millions de m3 suivi par le Grand Tunis avec plus de 187 millions de m3, le Centre avec près de 135 millions de m3 et le Nord (qui contient, paradoxalement, les plus grandes réserves d’eau) avec, seulement, 128 m3. Le Tunisien consommerait 123 litres/jour (tout usage).
Mais, comme on le sait tous, c’est le secteur agricole qui accapare environ 80% des ressources. Et d’ailleurs, c’est lui qui va en pâtir le plus et de façon directe. Les conséquences sont déjà visibles.

Encore faudrait-il se pencher avec plus de sérieux sur les moyens susceptibles de nous sortir de l’impasse à moyen ou long terme. La solution n’est pas simple. Elle ne peut être envisagée que sous plusieurs angles, à la fois.
Dans ce cas, il n’y a d’autres issues que d’agir sur les vraies causes. Certes, on ne peut rien faire contre les aléas de la nature. Si la sécheresse frappe un pays, il faut, alors, attendre le retour des précipitations.

Par contre, il est possible d’adopter des attitudes responsables et prendre des mesures appropriées pour limiter la catastrophe. Tous les spécialistes savent ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Il s’agit, donc, de mettre en œuvre la stratégie qui s’impose dans les délais les plus rapides.

Mais, en attendant, commençons par le passage en revue de ce qu’il y a de plus urgent. Les déperditions d’eau ne sont pas traitées comme il se doit. On estime, justement, que 40% des eaux sont ainsi perdues à cause des fuites, des canalisations vétustes, des accidents ou encore les raccordements clandestins. Ces derniers représentent un vrai fléau qu’il faut combattre à côté des forages de puits interdits. Là aussi le phénomène a pris des proportions gravissimes qui nécessitent une plus grande fermeté de la part des autorités. Ce qui n’est malheureusement pas le cas depuis une décennie.

Il y a, aussi, ces fuites qui surviennent quotidiennement sur les réseaux. Certaines sont spectaculaires avec la formation de vrais geysers par l’eau qui s’échappe avec force des canalisations. Cela peut durer des heures sans que les services de réparation interviennent. D’autres incidents sont enregistrés avec des fuites qui sont signalées par les abonnés. Et, là aussi, les abonnés se plaignent de la lenteur de la réaction de la Sonede. L’eau peut couler dans la nature pendant des heures, voire des jours sans aucune intervention. Quant aux fuites indécelables à l’œil nu, elles occasionnent d’énormes pertes.

L’eau en bouteilles: une véritable industrie
Le plus gros morceau est, à n’en point douter, l’explosion inédite du nombre de sociétés qui mettent l’eau en bouteilles et qui le présentent comme une eau minérale.

C’est depuis les années 90 que le Tunisien a commencé à s’habituer à consommer l’eau mise en bouteille. Pour lui, la qualité de l’eau du robinet va en se détériorant, ce qui la rend imbuvable. A ce propos, les plaintes sont de plus en plus nombreuses à tel point que certains vont jusqu’à croire que l’on veut forcer le consommateur à recourir à l’eau en bouteille à la place de l’eau de la Sonede.

En fait, le budget réservé à ce nouveau mode de consommation va croissant et pèse sur la bourse du Tunisien. La Sonede, pour sa part, est appelée à tout faire pour améliorer la qualité de l’eau qu’elle produit pour qu’elle obéisse aux normes internationales. De cette façon, elle pourra aider à revenir aux habitudes d’il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, le recours à l’eau conditionnée est devenu un phénomène alarmant. D’une part, il cause des dépenses qui n’ont pas lieu d’être et, de l’autre, il incite à la création de nouvelles sociétés d’exploitation des eaux.

Ces sociétés sont trop nombreuses et chaque fois on assiste à la naissance d’une nouvelle marque. Dans un pays tel que le nôtre, les ressources hydriques ne supportent plus cette surexploitation qui ne semble pas vouloir s’arrêter. Ce qui nous pousse à nous interroger sur l’opportunité d’accorder autant d’agréments. Il est temps de mettre fin à cette orientation trop nuisible à notre pays. Ces sociétés ont, quasiment, réduit à néant notre potentiel hydraulique en asséchant plusieurs sources naturelles et en affaiblissant les niveaux des nappes aquifères disponibles.

On a détourné le Tunisien, malgré lui, vers ce nouveau mode de boissons au point qu’il en consomme de plus en plus favorisant l’augmentation de la production des exploitants. Le chiffre d’affaires de ces derniers dépasserait, à l’heure actuelle, les … 800 milliards de millimes ! Ça rapporte gros. Et on ne connaît pas l’origine de cette eau qu’on nous vend.

Le temps de l’abondance est révolu !…

Il est temps de passer à l’action en s’attaquant, directement et efficacement, à l’origine de la vraie catastrophe qui se profile à l’horizon. Il est vrai qu’on a pris des mesures pour essayer de réduire le gaspillage de l’eau. Mais sans aucun résultat tangible: il faudrait, pourtant, voir les choses en face. Les besoins ménagers, par exemple, sont importants. Ce qui ne veut pas dire qu’on va en priver les foyers. Mais, à tout le moins en faire bon usage en évitant, au maximum, les gaspillages et les abus. Le temps de l’abondance est terminé. Ces baignoires pleines à ras bord n’ont plus leur place dans la conjoncture actuelle. On peut se contenter du strict nécessaire. Il ne faut pas oublier d’autres gaspillages dans les établissements publics et dans les administrations où rien n’est fait pour inciter les employés à plus d’économie et de respect des consignes d’économie. Les établissements scolaires sont, également, en tête des gaspilleurs les plus en vue. Tout comme dans les mosquées où les fidèles (oubliant les préceptes coraniques contre le gaspillage) déversent de grandes quantités d’eau pour leurs ablutions. Or, ils peuvent le faire chez eux avant d’aller vers le lieu de prière.

Il y a, également, les agriculteurs. Ils sont les premiers à faire un geste fort pour rationaliser leur consommation. En attendant, peut-être, des jours meilleurs. Ils doivent (pour certains d’entre eux) abandonner l’utilisation excessive de l’eau pour des cultures qui en consomment énormément ou de pomper l’eau à partir des cours d’eau relevant du domaine public. De tels dépassements ne doivent plus être tolérés.

 

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