Economie tunisie

Industrie pharmaceutique | Tarek Hammami, président de la Chambre syndicale nationale des industries pharmaceutiques à La Presse : “L’avenir de l’industrie pharmaceutique passe par les médicaments issus de la biotechnologie”

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Fleuron de l’économie nationale, l’industrie pharmaceutique a réussi à surperformer pendant de longues années. Même en période de crise, elle a fait montre de résilience et a révélé son inépuisable potentiel. Mais avec cette belle performance, le secteur se heurte-t-il à un “plafond de verre”? Parce que pour monter en valeur ajoutée et passer la vitesse supérieure, il n’y a qu’une seule voie: la biotechnologie. C’est, en tout cas, ce dont est convaincu Tarek Hammami, président de la Chambre syndicale nationale des industries pharmaceutiques. Dans cet entretien, il braque les lumières sur un secteur qui continue de susciter de l’espoir.

Etant un secteur stratégique et vital pour la nation, l’industrie pharmaceutique s’est particulièrement montrée résiliente face à la crise Covid. Cette crise a-t-elle révélé le potentiel sous-exploité du secteur ou, au contraire, elle a mis à nu ses fragilités ?

La crise a montré l’intérêt de la fabrication locale. Fort heureusement que la Tunisie possède une fabrication locale. Ce qui s’est passé pendant la crise Covid, c’est que chaque pays a pensé à prioriser l’intérêt de ses citoyens. Donc, il y a eu des tensions au niveau de la disponibilité de plusieurs produits à l’échelle mondiale. Et les pays, qui s’en sont sortis indemnes, sont ceux qui disposent d’une industrie locale performante, ce qui est le cas de la Tunisie. La fabrication locale a pu assurer les besoins nationaux en médicaments nécessaires pour le traitement de la Covid, mais également une grande partie des produits essentiels pour le traitement de plusieurs autres pathologies.

Pourtant, on observe actuellement une pénurie qui concerne une large gamme de médicaments. Peut-on l’attribuer à des difficultés d’approvisionnement en matières premières ?

Tout d’abord, ce qu’il faut noter, c’est qu’une grande polémique s’est déclenchée récemment autour de la pénurie des médicaments. A mon sens, elle n’est pas justifiée. Les problèmes d’approvisionnement ne sont pas aussi critiques, et ce, pour plusieurs raisons. Il s’est avéré que la liste comportant 720 présentations qui a largement circulé, notamment sur les réseaux sociaux, ne reflète pas la réalité. En fin de compte, il s’agit d’un chiffre extrêmement gonflé, d’autant que cette liste comprend même des compléments alimentaires. Et là, revient la question de l’importance des sources d’informations: qui fournit les informations qui seront par la suite relayées à grande échelle? Toute infox ne peut qu’aggraver le problème de la pénurie parce que cela va inciter les gens à se ruer sur les médicaments et la peur de la pénurie crée la pénurie. Donc, le fait de transmettre de fausses informations porte préjudice à la disponibilité des médicaments. Deuxièmement, il y a des produits qui manquent sur le marché sans que cela ne puisse poser un problème de santé publique. Par exemple, il y a plusieurs produits qui sont en rupture de stock, mais qui peuvent avoir des équivalents fabriqués localement. Même si des problèmes au niveau de l’importation subsistent, les médicaments importés peuvent être remplacés par des produits similaires fabriqués en Tunisie. Par conséquent, le nombre des produits vitaux indisponibles, n’ayant pas de similaires fabriqués localement, n’est pas aussi important. Et les causes des perturbations d’approvisionnement de ces produits sont diverses. En premier lieu, on trouve les difficultés financières que vit la Pharmacie centrale (que tout le monde connaît d’ailleurs) et qui sont une répercussion directe du système tunisien de paiement des frais et des soins entre les différents intervenants, en l’occurrence les caisses sociales, la Cnam, les hôpitaux et la Pharmacie centrale. La situation s’explique, en effet, par l’aggravation des dettes non remboursées par les hôpitaux et la Cnam à la Pharmacie centrale. Autre raison : la persistance des difficultés d’approvisionnement qui sont dues à la crise Covid et qui concernent certaines matières premières nécessaires pour la fabrication de certains médicaments. Mais la grande partie des médicaments qui manquent sur le marché sont des produits importés. Et là, encore une fois, la question qui se pose, c’est comment faire pour miser davantage sur la fabrication locale.

Au cours des 20 dernières années, l’industrie pharmaceutique a enregistré une croissance annuelle de 11%. Une belle performance. Mais le secteur se heurte-t-il à un “plafond de verre”?

Bien sûr que le secteur peut réaliser une meilleure performance. C’est notre rôle en tant que Chambre syndicale de l’industrie pharmaceutique. C’est un secteur qui a un énorme potentiel. Nous devons mettre en place tous les outils et les mécanismes nécessaires pour que ce potentiel devienne une réalité.

Pourquoi l’industrie pharmaceutique peine-t-elle à monter en valeur ajoutée. Par exemple, pourquoi on ne peut pas produire les principes actifs ?

La production des principes actifs est une autre industrie. Elle relève de l’industrie chimique. C’est la même chaîne de valeur, mais c’est une autre industrie. Un laboratoire pharmaceutique n’est pas censé fabriquer sa matière première. Mais on peut miser sur la fabrication de produits ayant une valeur ajoutée plus importante, tels que les médicaments issus de la biotechnologie. Le secteur est disposé à investir —probablement dans le cadre du partenariat public-privé— dans la fabrication de médicaments issus de la biotechnologie. On peut aller vraiment vers une vraie industrie de biotechnologie. Pour cela, il faut qu’il y ait un cadre réglementaire qui encourage cette activité. On peut s’inspirer des expériences étrangères qui ont été menées dans plusieurs pays et qui ont permis de lancer une vraie industrie de biotechnologie à la fois exportatrice et à très forte valeur ajoutée.

C’est une industrie qui va permettre le passage à un niveau technologique plus élevé, mais également la mise à la disposition du patient tunisien des produits pharmaceutiques à moindre coût (en comparaison avec les produits importés actuellement). In fine, la mise en place de cette industrie va permettre de renforcer l’arsenal thérapeutique mis à la disposition des médecins grâce à des médicaments issus de la biotechnologie et produits en Tunisie. Actuellement, ceux qu’on est en train de fabriquer localement sont majoritairement des produits conventionnels de synthèse chimique. Or, l’avenir de l’industrie pharmaceutique passe par les médicaments issus de la biotechnologie. C’est une tendance qui se confirme sur le marché mondial. Toutes les nouvelles thérapies et tous les progrès réalisés dans le domaine pharmaceutique sont basés sur l’industrie de biotechnologie.

Vous faites allusion à des contraintes et des difficultés qui empêchent le secteur de monter dans la chaîne de valeur. Pouvez-vous donner plus de détails ?

En ce qui concerne les médicaments issus de la biotechnologie, il faut absolument changer les mécanismes d’approvisionnement. Actuellement, leur achat passe par des appels d’offres internationaux, ce qui ne permet pas aux fabricants tunisiens d’investir. Il y a d’autres systèmes qui ont fait leurs preuves dans plusieurs pays et qui ont permis d’avoir une vraie industrie de biotechnologie. Il s’agit principalement des contrats-cadres entre les fabricants et l’Etat. Il y a aussi la levée de la compensation. Je pense que l’adoption des marchés de gré à gré de façon réglementée entre l’Etat et les fabricants tunisiens pour les médicaments issus de la biotechnologie, le temps de jeter les bases d’une nouvelle industrie, va encourager la fabrication locale. Et comme il s’agit d’investissements colossaux, il faut miser plutôt sur le partenariat public-privé que sur les initiatives 100% privées. Dans ce cadre, on peut citer le biopôle Sidi Thabet qui est un projet en cours de réalisation et qui pourrait être un premier noyau pour développer ce type d’activités.

Face au retard de mise en œuvre du “Pacte Pharma” qui a été annoncé en 2019, les professionnels comptent-ils mener leurs propres efforts pour améliorer la performance du secteur et booster leurs exportations ?

Vous parlez de mise en œuvre alors que le pacte n’a pas été signé. Peut-être que l’instabilité ministérielle crée, à chaque fois, des perturbations. De plus, c’est un pacte qui concerne la Cnip et six ministères. Imaginez un peu la situation où on veut assurer la coordination entre six départements avec des changements récurrents de ministres au cours de ces dernières années. Maintenant, il y a une dernière version du pacte qui est prête. Les chiffres ont été mis à jour, et ce, en coordination entre la Cnip et le ministère de l’Industrie. Et nous espérons que ce pacte soit signé le plus rapidement possible et je pense qu’il y a quand même un consensus entre toutes les parties signataires autour de ce pacte. C’est un document qui va servir de référence pour un secteur considéré comme stratégique pour le pays. Il met en place un cadre, un ensemble d’engagements mutuels entre l’Etat et les opérateurs nationaux, outre les objectifs chiffrés. Ce qui est très important. Le ministère de l’Industrie est en train de faire de grands efforts pour que le pacte soit signé. Nous comptons beaucoup sur sa signature, mais entre-temps, on n’arrête pas de travailler. En effet, certaines réformes portées par ce pacte sont en cours de discussion sans qu’elles ne soient déclenchées effectivement. A titre d’exemple, il y a eu un conseil des ministres qui a décidé la création d’une agence tunisienne de médicaments. Il est vrai qu’elle n’a pas encore vu le jour, mais les autorités sont en train de travailler dessus. L’Etat est en train de travailler sur les textes d’application. Donc, il y a des projets qui sont en train d’avancer sans la signature du pacte. Et quand on parle de l’effort sur le plan exportation, aujourd’hui, on est à 21% de part d’exportations, ce qui montre que nous sommes en train d’évoluer et d’avancer en termes d’objectifs chiffrés.

Les réformes auxquelles appelle la Cnip portent surtout sur la refonte de la gouvernance du secteur ?

Oui, essentiellement, la refonte de la gouvernance du médicament. Autre revendication importante : la baisse du délai d’enregistrement qui est, aujourd’hui, une grande entrave au développement du secteur. Parce qu’un médicament n’est pas comme les autres produits. Pour mettre sur le marché un cahier, vous le fabriquez et vous le vendez demain matin. Si vous fabriquez un médicament, vous ne pouvez pas le vendre dès demain matin, il faut l’enregistrer. Il faut que le ministère de la Santé accorde une autorisation de mise sur le marché. Actuellement, cette autorisation prend trois ans. Nous sommes en train de travailler avec le ministère de la Santé pour rendre ce délai raisonnable.

Aussi, dans le cadre stratégique, nous avons demandé —et cela a été d’ailleurs repris dans le pacte— de mettre en place un comité unique de prix qui va gérer les modifications des prix. Ce comité n’a pas encore vu le jour. Mais, en attendant, le secteur rencontre aujourd’hui des difficultés au niveau de l’approvisionnement en matières premières en raison de la hausse considérable de leurs prix suite à la crise Covid. Pareil pour le coût du transport qui est monté en flèche. L’industrie locale ne peut supporter à elle seule tous ces surcoûts. Nous demandons à ce qu’il y ait une révision des prix de certains produits fabriqués localement, et ce, dans des proportions raisonnables. Et dans tous les cas, les prix des médicaments fabriqués en Tunisie, même avec une révision à la hausse, restent nettement inférieurs à ceux de leurs équivalents importés de l’étranger. Il vaut mieux continuer à consolider cette industrie qu’être contraint un jour ou l’autre à remplacer un produit qui ne peut plus être fabriqué localement pour un problème de rentabilité, par un produit importé qui coûtera beaucoup plus cher à l’Etat. Il faut absolument encourager l’industrie locale.

La Tunisie a été choisie dans le cadre de l’initiative internationale menée par l’OMS parmi les pays africains qui vont bénéficier d’un transfert de savoir-faire pour produire les vaccins à ARN messager dès 2024. Est-ce que les opérateurs tunisiens sont préparés à ce saut technologique en vue?

Un cabinet international a été mandaté par le ministère de la Santé pour réaliser une étude de faisabilité du projet de fabrication des vaccins en Tunisie (pas uniquement les vaccins ARN, mais tous les vaccins de façon générale). C’est une étude qui est en cours et qui sera finalisée fin mai. Il faut attendre, à la limite, l’issue de cette étude pour pouvoir se prononcer sur l’intérêt, l’éventuelle rentabilité, les diverses possibilités ainsi que sur les différents choix stratégiques à prendre. C’est un projet qui doit être vu dans la cadre du partenariat entre le secteur privé, l’Etat et tous les opérateurs et structures concernés. En considérant ce projet, on trouve qu’il y a beaucoup de volets qui entrent en jeu, à savoir le volet industriel, de la recherche, de la formation et de la politique nationale de couverture vaccinale. Parce qu’il s’agit aussi d’une décision politique et pas uniquement économique. Mais il y a un grand intérêt des opérateurs d’aller dans ce projet-là.

Quel sera le rôle de l’agence des médicaments?

Sa mission est de mettre en place la politique des médicaments en Tunisie et de coordonner les actions entre les différents intervenants. L’objectif est d’avoir un interlocuteur unique dans le secteur du médicament et une harmonisation des actions. Aujourd’hui, il y a 4 directions au sein du ministère de la Santé qui s’occupent du médicament, à savoir la DPM, le laboratoire national de contrôle des médicaments, l’inspection pharmaceutique et la pharmacovigilance. Autre chose, la Tunisie est candidate pour héberger l’agence africaine du médicament, alors qu’à ce jour, elle ne dispose pas d’une agence dédiée au médicament. C’est une structure qui donne une certaine visibilité et une clarté quant à la gouvernance du secteur.

Suite aux crises du médicament qui reviennent par à coup, certaines voix se sont élevées pour remettre en cause le monopole de la Pharmacie centrale.

En tant qu’industriel, on n’a jamais demandé d’abolir le monopole de la Pharmacie centrale. Ce n’est ni une demande, ni une revendication du secteur, c’est une décision de souveraineté de l’Etat tunisien, qui sera respectée et appliquée par tout le monde.

Le mot de la fin ?

L’industrie locale est prête à relever tous les défis et à continuer sur sa lancée. Nous gardons la même énergie et nous avons toujours cette volonté d’aller de l’avant, de développer plus de produits, de continuer à être un secteur pourvoyeur de devises et d’être toujours au service, mais également de répondre aux attentes du patient tunisien, aussi bien sur le plan qualité que sur le plan coût. Nous demandons plus de soutien de l’Etat pour que le secteur puisse se développer davantage.

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