Economie tunisie

Entreprises communautaires | Ramzi Bouassida, Expert en Finances publiques et Locales à La Presse : «Les sociétés communautaires se heurtent à des contraintes administratives et financières»

[ad_1]

 

Les sociétés communautaires rencontrent des difficultés de financement similaires à celles des PME. Pour pallier cette situation, la loi de finances pour l’année 2024 a prévu une augmentation de 20 millions de dinars de la ligne de crédit auprès de la BTS.

Quelle évaluation faites-vous de l’écosystème relatif aux sociétés communautaires ? Ces sociétés pourraient-elles aider la Tunisie à changer de paradigme économique et à élaborer un nouveau modèle de développement?

Il est encore prématuré d’évaluer pleinement l’impact économique des sociétés communautaires, étant donné qu’elles évoluent au sein d’un écosystème en perpétuelle évolution. L’évaluation de cet écosystème dépend de divers paramètres, tels que le stade de développement des sociétés, leur influence sur la société et l’économie, ainsi que leur capacité à promouvoir l’inclusion sociale et économique.

Voici quelques éléments à prendre en compte pour une évaluation objective :

– Le soutien politique et réglementaire : il est important de souligner le soutien politique et réglementaire accordé aux sociétés communautaires, illustrant ainsi la volonté du président de la République de doter les citoyens des moyens nécessaires pour développer leurs régions au niveau local. Cette initiative s’inscrit dans une démarche historique, rappelant une expérience quasi-similaire menée dans les années 60, bien que cette fois-ci, elle concerne tous les secteurs économiques pouvant contribuer au développement local et régional, et non seulement le secteur agricole.

Le décret n°15-2022 du 20 mars 2022, portant sur la création de sociétés communautaires, a établi clairement les objectifs de ces entités qui sont chargées de réaliser une répartition équitable des richesses à travers l’exercice collectif d’une activité économique, visant ainsi à répondre aux besoins spécifiques et aux particularités des différentes régions tunisiennes. Cette orientation réglementaire met en avant l’importance accordée à l’inclusion économique et au développement équilibré des différentes localités du pays

-Le niveau de développement : il est crucial d’évaluer le niveau de développement des sociétés communautaires, en tenant compte de leur maturité, de leur diversité et de leur impact géographique. Cela comprend notamment le nombre de ces sociétés, leur taille, le secteur dans lequel elles opèrent et leur rayonnement géographique.

Actuellement, la plupart de ces sociétés ont opté pour le secteur agricole, en particulier l’exploitation des terres domaniales, et elles sont principalement concentrées dans le sud-ouest du pays. Cependant, il est important de noter qu’elles se trouvent encore à un stade embryonnaire de leur développement et ne peuvent pas encore être considérées comme un levier significatif pour le développement économique. Il faudra du temps pour évaluer pleinement leur impact sur la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie dans les communautés où elles opèrent. Il est donc nécessaire d’adopter une approche prudente et de suivre de près leur évolution afin de déterminer leur efficacité en tant qu’outil de développement économique et social.

– L’innovation et l’entrepreneuriat social : l’innovation et l’entrepreneuriat social sont des éléments clés pour les sociétés communautaires, qui doivent développer un modèle économique durable et inclusif. Elles peuvent favoriser l’émergence de solutions novatrices répondant aux besoins locaux, tout en créant une nouvelle dynamique économique axée sur le bien-être de la communauté.

Les sociétés communautaires, tout comme d’autres types d’entreprises, seront confrontées aux défis de la crise économique, de la bureaucratie administrative et des difficultés de financement. Leur capacité à contribuer à un changement de paradigme économique en Tunisie dépendra de leur potentiel à relever ces défis et à répondre aux besoins économiques, sociaux et environnementaux du pays. Si elles parviennent à développer des solutions novatrices, inclusives et durables, elles pourraient jouer un rôle important dans la transformation de l’économie tunisienne vers un modèle de développement plus équitable et résilient.Cependant, il est essentiel de souligner que ces sociétés, à elles seules, ne peuvent pas résoudre tous les défis économiques et sociaux de la Tunisie. Leur contribution sera plus efficace si elle est soutenue par un écosystème favorable comprenant des politiques gouvernementales propices, des partenariats avec d’autres acteurs du développement, ainsi qu’un soutien financier et technique adéquat. En travaillant ensemble, ces différents acteurs peuvent collaborer pour créer un changement significatif et durable dans l’économie et la société tunisiennes.

Ces sociétés sont confrontées à des difficultés de financement et des obstacles administratifs. D’après vous, comment peuvent-elles surmonter ces contraintes ?

La principale contrainte pesant sur les sociétés communautaires est financière, mais elles devraient bénéficier d’un financement spécial grâce aux fonds issus de la réconciliation pénale. En effet, 20 % de ces sommes seront allouées aux autorités locales pour investir dans ces entreprises à vocation locale et régionale.Toutefois, en attendant la mise en œuvre de cette procédure, ces sociétés rencontrent des difficultés de financement similaires à celles des PME. Pour pallier cette situation, la loi de finances pour l’année 2024 a prévu une augmentation de 20 millions de dinars de la ligne de crédit auprès de la BTS. En 2023, seules 15 sociétés ont bénéficié d’un financement avec un budget de 4 millions de dinars. Cette démarche vise à accélérer le rythme de financement, limité à 300.000 dinars par entreprise, grâce à un taux d’emprunt attractif de 5 % par an et à une période de grâce d’un an. Le secteur bancaire s’est également engagé à financer ces sociétés à la demande du chef de l’Etat, contribuant ainsi aux projets d’intérêt national.

Néanmoins, il incombe aux dirigeants de ces entreprises de constituer des dossiers de financement solides et de présenter des plans d’affaires viables et durables aux banques privées et publiques. Par ailleurs, les sociétés communautaires se heurtent à des contraintes administratives, telles que les demandes d’utilisation des terres domaniales (agriculture), les autorisations administratives (transport, énergies renouvelables) et l’attribution de parcelles de terrain à diverses fins (promotion touristique, exploitation minière). Cette lourdeur administrative peut être surmontée en exploitant l’autorité de tutelle (gouverneur ou ministre de l’Économie) pour simplifier les procédures.En mettant en œuvre ces stratégies de manière proactive et en s’adaptant aux conditions changeantes du marché, les sociétés communautaires peuvent surmonter les obstacles financiers et administratifs et réaliser leur plein potentiel de développement.

Comment peut-on soutenir les entrepreneurs ayant lancé des sociétés communautaires ou pour ceux en cours de création ?

Les mesures d’accompagnement revêtent une importance cruciale pour le succès de toute initiative économique, notamment dans le cas des sociétés communautaires. Elles représentent un soutien indispensable qui peut aider les entrepreneurs à surmonter les nombreux défis auxquels ils sont confrontés et à prospérer dans un environnement économique compétitif. A cet égard, la nomination d’un secrétaire d’Etat chargé des sociétés communautaires est à saluer. Cela permettra de centraliser les efforts et de planifier ses mesures d’accompagnement. Nous proposons des mesures pour soutenir les entrepreneurs. Avant la création de sociétés communautaires, il est essentiel de réaliser une étude approfondie du potentiel économique de la localité et de la région afin de déterminer l’activité la plus appropriée à exploiter. Les entrepreneurs nécessitent un soutien technique afin de développer leurs projets de manière efficace et durable.Les entrepreneurs profiteront grandement de programmes de formation et de mentorat visant à acquérir les compétences nécessaires à la gestion efficace de leur entreprise. Ces programmes peuvent inclure des formations sur la gestion financière, le marketing, la planification stratégique et le développement des affaires, ainsi que des séances de mentorat individuelles avec des entrepreneurs expérimentés dans les secteurs d’activité choisis.

Faciliter le réseautage entre les entrepreneurs, les investisseurs, les bailleurs de fonds et les autres acteurs du secteur peut créer des opportunités de collaboration et d’échange de ressources. Les plateformes de réseautage professionnel, les événements de mise en relation et les initiatives de création de partenariats contribuent à renforcer l’écosystème des sociétés communautaires. Il est essentiel de créer un écosystème propice à la création et au développement des sociétés communautaires, à l’instar des start-up.

En fournissant un soutien financier, technique et stratégique aux entrepreneurs engagés dans la création et la gestion de sociétés communautaires, il est possible de favoriser leur succès et leur contribution positive au développement économique et social des communautés locales.

L’article Entreprises communautaires | Ramzi Bouassida, Expert en Finances publiques et Locales à La Presse : «Les sociétés communautaires se heurtent à des contraintes administratives et financières» est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

[ad_2]
lien sur site officiel

Source :

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page