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Tunisie, pays à sec dirigé par un super président sans plan


 

Après les pénuries de fer, de ciment, de sucre, d’huile, d’œufs, de riz, de lait, d’eau minérale et de centaines de marques de médicaments, c’est au tour des carburants de disparaître des stations-service.

 

Depuis le début de la semaine, les Tunisiens font les files d’attente pour qu’on leur verse quelques litres d’essence ou de diesel. Rationnement oblige, la quantité maximale autorisée varie entre vingt et trente litres. Parfois davantage si le client donne un petit pourboire au pompiste.

Officiellement, la pénurie est expliquée par l’arrivée tardive d’un bateau et la frénésie des consommateurs. Le gouvernement n’assume aucune responsabilité de ce qui arrive. Comme d’habitude. C’est une culture nationale que de chercher un bouc émissaire et de dire que c’est la faute aux autres.

En vérité, ce qui arrive aujourd’hui est de la faute des gouvernants et uniquement de leur faute. Ministres et directeurs généraux ont beau se défausser sur les fournisseurs et les consommateurs, la faute incombe, en premier et dernier lieu, à une mauvaise gouvernance de la Tunisie, ces onze dernières années et, particulièrement, depuis le putsch du 25 juillet 2021.

 

Plusieurs économistes et hommes politiques, tels Hakim Ben Hammouda et Fadhel Abdelkéfi, ont averti depuis des mois les autorités que la Tunisie allait prendre le triste chemin du Liban. Business News a publié plusieurs articles alarmants. En réponse, les aficionados de Kaïs Saïed ont multiplié les injures et les menaces, jusqu’à la menace de mort, contre tous ceux qui critiquent le président de la République.

Ce qui arrive actuellement devait arriver depuis le début de l’année. La loi de finances 2022, publiée tardivement et sans aucun débat public, a écrit noir sur blanc que le gouvernement avait besoin d’un financement du FMI pour faire face à ses engagements. Ce financement n’est pas arrivé. La loi de finances a prévu une batterie de réformes pour équilibrer les finances publiques. Des réformes qui n’ont jamais été appliquées. Théoriquement, le gouvernement aurait dû jeter le tablier dès le mois de mars 2022. Comment a-t-il fait pour survivre depuis ?

Pour payer les salaires et honorer ses crédits depuis le début de l’année, le gouvernement a dû adopter le système D. Du vrai rafistolage de bricoleur du dimanche. Des dizaines de fournisseurs, tunisiens et étrangers, n’ont pas été payés dans les temps, ce qui a poussé à la faillite de plusieurs entreprises locales. Quant aux entreprises étrangères, elles ont tout bonnement blacklisté la Tunisie, exigeant désormais le règlement cash avant la livraison. C’est le cas des laboratoires pharmaceutiques et c’est ce qui explique la pénurie de centaines de médicaments. Le gouvernement a également fait appel à des emprunts obligataires et souscrit des crédits auprès des banques nationales. Ceci a fortement impacté la vie économique et la croissance, puisque les banques ne peuvent plus, désormais, financer les entreprises. C’est pourtant l’un de leurs rôles principaux.

Un décret, par ailleurs été publié pour autoriser l’Etat à emprunter des devises auprès des banques nationales. Conséquence directe, les agences de voyage ne peuvent plus réserver d’hôtels à l’étranger, faute de devises suffisantes.

Pour ne rien arranger, le président de la République a multiplié les déclarations publiques accusant d’hypothétiques spéculateurs d’être derrière l’inflation, le monopole et les pénuries. Un décret des plus sévères a été publié, punissant tout présumé spéculateur de poursuites pénales et des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité. En parallèle, il a ordonné à la police (depuis le ministère de l’Intérieur) d’opérer des descentes sur les entrepôts afin de traquer les spéculateurs où ils sont. Résultat immédiat, les grossistes évitent de constituer des stocks de marchandise de peur d’être considérés comme des spéculateurs. Ceci a fortement perturbé les circuits d’approvisionnement et de distribution. Ce qui explique, notamment, les pénuries d’eau minérale.

 

Kaïs Saïed s’est approprié les pleins pouvoirs depuis son putsch. Il a toutes les cartes en main et il ne peut accuser personne de lui mettre les bâtons dans les roues.

Sauf que voilà, ce super président est sans plan. Il ne distingue même pas entre les millions et les milliards. Son diagnostic est erroné et sa stratégie de sauvetage est inconnue. Sans aucune expérience de gestion administrative ou dans l’appareil de l’Etat, il a maquillé son ignorance par le populisme. Des discours vagues et anachroniques, des accusations légères fondées sur des posts Facebook ou des rapports de police, des références managériales moyenâgeuses de l’époque de l’épopée arabo-islamique… Des nominations de proches aussi inexpérimentés que lui dans la gestion des affaires de l’Etat, tels les gouverneurs de Tunis ou de Ben Arous.

Pire, Kaïs Saïed adore s’attarder sur les futilités à mille lieues des préoccupations des Tunisiens, comme c’était le cas cette semaine quand il a convoqué le ministre de l’Agriculture. Alors que la Tunisie pleure des dizaines de disparus en mer, enterrés en tant qu’étrangers inconnus, et que le pays vit la pénurie des carburants et de plusieurs produits alimentaires, l’intérêt du président s’est porté sur l’utilisation, par deux fonctionnaires du ministère, de véhicules administratifs pour aller à une réunion d’un parti politique. Il a accusé les deux fonctionnaires, dont les fonctions ont été citées ce qui facilite leur identification, de corruption ! La chose n’est même pas illégale puisqu’il est autorisé, aux hauts cadres, d’utiliser leur voiture de fonction à des fins privées.

La rencontre du président de la République avec le ministre de l’Agriculture donne, à elle seule, une idée sur les priorités de Kaïs Saïed et les contenus des rapports de renseignement qu’il reçoit !

 

Au vu de la situation financière du pays, au fait que les réformes nécessaires n’ont toujours pas été engagées et que le dossier du FMI est loin d’être bouclé, la question des pénuries et de rationnement va s’accentuer davantage dans les semaines et les mois à venir. Nous n’en sommes qu’au début. Et tant que Kaïs Saïed n’a pas admis son incompétence à diriger l’Etat, nous ne sommes pas prêts de voir le bout du tunnel.

 

Raouf Ben Hédi

NB : titre inspiré du post Facebook de Aïda Fehri, dirigeante du parti Massar.


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