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Tunisie – Cette douceur hivernale qui devrait nous effrayer !

 

28 degrés en décembre, aucune goutte de pluie depuis des mois et les plages prises d’assaut pour les vacances de fin d’année. Le tableau peut sembler idyllique et la douceur une vraie aubaine si ce n’est qu’en réalité ce qui se passe cet hiver est une vraie catastrophe qui annonce les pires des scénarios…   

 

En Tunisie, l’été 2022 a été marqué par une hausse remarquable et exceptionnelle de la température et première exception, cette hausse a été particulièrement ressentie au cours du mois de juin, qui s’est classé au premier rang des mois de juin les plus chauds, a noté l’institut national de météorologie (INM) dans son bulletin du mois d’octobre 2022.

D’autres records de températures maximales ont été enregistrés faisant de l’été dernier le deuxième été le plus chaud en Tunisie depuis 1950. La température moyenne générale a dépassé la moyenne de référence (1991-2020) d’un écart de +2,0°C. Première conséquence de ces températures exceptionnelles, un manque d’eau qui a imposé des mesures drastiques dans certaines villes du pays. À Mahdia et Sousse par exemple où par souci de rationnaliser cette ressource désormais rare, des coupures quotidiennes ont été appliquées, parfois à partir de 19 heures et jusque très tôt le matin suivant, en pleine canicule.

Durant le mois d’octobre 2022, la moyenne de la température générale a été de 23.3°C dépassant aussi la normale (1991-2020) de 1.4°C ce qui classe octobre dernier comme huitième mois d’octobre le plus chaud depuis 1950.

Donnée plus grave, le cumul du mois d’octobre, en termes de pluviométrie, était de 92.8mm représentant uniquement 9 % de la normale du mois qui est de 835 mm, et donc un déficit de 90%, ce qui classe le mois d’octobre de cette année comme le deuxième le plus sec après octobre 1960.

Ces changements ne sont toutefois pas propres à la Tunisie et sont observés partout ailleurs depuis des années. Les experts et les lanceurs d’alerte ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, rien n’y fait. Les considérations économiques l’emportent toujours sur la question des enjeux climatiques et le réchauffement de la planète s’accélère inéluctablement.

Le réchauffement climatique est dû, principalement, à l’émission de Gaz à effet de serre. Les activités humaines rejettent, en effet, d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Selon le Centre national de la rechercher scientifique français (CNRS), ces gaz d’origine anthropique, et donc directement liés à l’activité humaine, sont très probablement responsables des tendances climatiques observées.

Il s’agit principalement du gaz carbonique (CO2) qui provient en majorité de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel) utilisées pour les transports et le chauffage et, d’une façon moindre, de la déforestation ainsi que le méthane (CH4), abondant dans les zones humides naturelles ou anthropiques telles les rizières, également issu de la digestion des ruminants, des décharges et des pertes lors de l’extraction, du transport et de l’utilisation du gaz naturel.

En Tunisie, les émanations nettes des gaz responsables du réchauffement ont atteint en 2000 l’équivalent de 32,1 millions de tonnes de CO², ce qui représente l’équivalent de 3,4 tonnes de CO² par habitant. La Tunisie, comme d’autres pays, connaît une situation de vulnérabilité et l’impact du réchauffement climatique s’y font déjà fortement ressentir.

Entre septembre 2022 et la mi-décembre 2022, les réserves d’eau dans les barrages de la Tunisie ont reculé de 318,78 millions mètres cubes par rapport à la moyenne de la période (420,98 millions de mètres cubes) et de 330,57 millions de mètres cubes par rapport à la moyenne de la période correspondante l’année dernière. Les réserves d’eau actuelles étaient estimées à 102,11 millions de mètres cubes. 

 

Les gouvernorats du nord disposent de 88,63 millions de mètres cubes alors que leurs réserves d’eau l’année dernière étaient de 418,31 millions de mètres cubes. 

 

Les barrages du Cap Bon sont eux presque vides. Les réserves d’eau ont été estimées à 1,27 million de mètres cubes alors que l’année écoulée elles étaient de 8,56 millions de mètre cubes. 

 

Les gouvernorats du centre se portent mieux avec des réserves d’eau qui ont augmenté de 5,80 millions de mètres cubes en 2021 à 12,20 millions de mètres cubes au terme de l’année en cours. 

Le taux de remplissage des barrages n’est que de 29% et le total des réserves d’eau enregistré cette année est de 677,72 millions de mètres cubes, contre 952,30 millions de mètres cubes, l’année écoulée. 

Le réchauffement climatique est un phénomène mondial qui affecte tous les pays. Selon les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la Tunisie a connu une augmentation de la température moyenne de 0,7 °C au cours des 50 dernières années, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale de 0,6 °C. On prévoit que cette tendance se poursuivra, avec une augmentation de la température moyenne de 1,5 à 3,5 °C d’ici la fin du siècle.

Le réchauffement climatique a des impacts sur l’environnement et sur les activités humaines en Tunisie, notamment en ce qui concerne les ressources en eau et l’agriculture. Les périodes de sécheresse et de fortes chaleurs seront de plus en plus fréquentes, ce qui va entraîner des pertes de récoltes et des problèmes d’approvisionnement en eau.

 

Dans l’indifférence quasi générale et une inconscience sidérante, la terre poursuit sa transformation pour devenir un lieu de vie hostile aux hommes. Aujourd’hui encore on râle quand l’eau est coupée sans penser que ces mesures finiront fatalement par être plus récurrentes et, à terme, généralisées. Personne ne veut entendre les discours alarmistes et le sursaut de lucidité ne dure malheureusement jamais longtemps. Peu de gens réalisent que l’eau qui coule de leur robinet est une chance et que c’est à tout un chacun de faire l’effort nécessaire pour que cette ressource si précieuse ne vienne pas à manquer. Peu de gens aussi semblent comprendre que ce n’est pas la terre qui en pâtira car la terre survivra sûrement aux hommes. Entre temps, on continue de vivre comme si tout était acquis, jusqu’au réveil qui sera sans nul doute très douloureux…

 

Myriam Ben Zineb


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