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Tribune | Lettre ouverte au Président Kaïs Saïed : Pour une Constitution qui rassure

Par Chedly Ben AMMAR

Monsieur le Président,

Lorsque le 25 juillet dernier, vous avez mis un terme aux agissements grotesques de ceux qui défiguraient l’Assemblée nationale, nous avons été nombreux à applaudir, à la fois soulagés que ce cirque prenne fin et, dans le même temps, inquiets de la suite.

Vous avez certes travaillé, sans toujours communiquer sur vos intentions. Vous avez à cœur de réaliser les promesses faites à vos électeurs, cela devrait être le but de tous les hommes politiques qui respectent leur fonction. Vous avez lancé l’idée d’un référendum national et, intrigués, nous avons attendu.

Vous avez entrepris de réfléchir à une nouvelle constitution, c’était nécessaire dans la mesure où le régime établi en vertu de celle de 2014 devait changer, tant les blocages étaient nombreux, qui empêchaient la mise en œuvre des solutions à même d’améliorer la situation politique, financière et sociale du pays.

Vous avez fait appel à des juristes compétents en droit constitutionnel et en qui, sans doute, vous aviez confiance. Pendant tout ce temps, nous sommes restés attentifs et calmes, du moins la plupart d’entre nous, parce que vous aviez besoin d’une relative stabilité pour aller au fond des choses.

Et pourtant… nous avons été surpris et même déçus, après que le projet de nouvelle constitution a été rendu public et que, de toute évidence, les recommandations de la Commission compétente n’ont pas été intégrées au projet.

Monsieur le Président, je ne vous apprendrai rien en vous rappelant qu’une constitution, étant donné son rôle de socle législatif pour l’Etat, ne peut et ne doit être l’œuvre d’un seul homme : le pouvoir n’est pas éternel, et les subtilités du droit et leurs conséquences ne peuvent être envisagées par un homme isolé. Etablir un texte destiné à durer afin de consolider les bases de l’Etat et de la nation est une œuvre collective et par-dessus tout rassembleuse, fédératrice.

Un texte clivant ne saurait constituer un projet commun pour toutes les forces vives, un projet capable de mettre fin à la gabegie et au désordre que nous connaissons depuis onze ans, onze longues années pendant lesquelles les quelques progrès accomplis tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ont été sciemment démantelés.

Les Tunisiens, au fil du temps, ont changé. Ayant subi pendant soixante années un régime autocratique, ils ne se résigneront plus. Bon nombre d’entre nous savent que les différents pouvoirs doivent rester séparés, répartis de manière équilibrée, et non plus soumis à la volonté d’un seul homme, quand bien même il serait un despote éclairé. Le pouvoir grise, monsieur le Président, nous le savons, et nous ne saurions nous passer de garanties contre un tel péril, aussi grande soit la confiance que nous sommes nombreux à placer en vous.

En ce jour béni de l’aïd, vous avez amendé votre texte, et c’est tout à votre honneur. Vous avez entendu les hésitations et vous avez été sensible aux critiques. Il convient d’aller plus loin, de redonner confiance aux collègues juristes, de retravailler les textes et de les refondre en un projet qui pare à tout et qui soit à même de durer.

Vous seul pouvez aujourd’hui rassembler les Tunisiens sous la bannière d’une constitution qui redonne confiance et espoir à tous, d’un nouveau contrat social qui permette de se mobiliser pour redresser notre beau pays et lui faire reprendre la place qui lui revient au sein des nations.

Car, comme nous le savons, la situation aujourd’hui est critique, toutes les institutions sont dans un état déplorable et fonctionnent à grand-peine, nous sommes terriblement endettés auprès de tous les bailleurs de fonds de la planète, l’inflation, qu’on ne parvient pas à juguler, est littéralement galopante, le pouvoir d’achat des citoyens est en chute libre – et le contexte géopolitique international a de quoi faire frémir d’angoisse le plus optimiste de nos pairs.

C’est pourquoi aujourd’hui j’en appelle à votre patriotisme, j’en appelle à votre sens des responsabilités et à votre intégrité, Monsieur le Président : rendez-nous la fierté, rendez-nous les forces vives, motivez-nous à accepter les contraintes que nécessiteront les divers ajustements qui, n’en doutons pas, seront nécessaires pour redresser la barre et, tous ensemble, nous rebâtirons la Tunisie de demain.

C.B.A.

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