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Suicide d’un militant d’Ennahdha: Ghannouchi refuse de faire son mea-culpa

Un suicide qui ne passera pas sous silence et aura de graves retombées sur un parti déjà secoué par les démissions. Place au deuil pour le moment, mais rien ne sera plus comme avant dans les jours à venir pour le Cheikh.

Encore un militant qui préfère passer de vie à trépas en guise de protestation plutôt que de vivre dans le besoin, sans travail. Amère et consternante réalité pour plusieurs personnes qui se sont révoltées des années durant contre la dictature, qui ont scandé «travail, liberté et dignité nationale» un certain 14 janvier 2011 pour se retrouver, une décennie après, sous le seuil de la pauvreté. S’immoler par le feu au siège du parti au sein duquel il a longtemps milité est un message très fort de mise en garde adressé aux dirigeants politiques d’un parti de plus en plus en rupture avec les attentes et aspirations de sa base. 

Un corps calciné au premier étage 

Dans l’après-midi de ce jeudi, 9 décembre, tout paraissait calme à proximité du QG du parti Ennahdha à Montplaisir (Tunis) lorsque éclate un incendie, acculant certains occupants à fuir par les fenêtres.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux la scène est choquante et terrifiante à la fois. Le vice-président du parti et ancien chef du gouvernement, Ali Laârayedh, se jette par la fenêtre  pour échapper aux flammes. Grièvement blessé, il a dû être évacué et transporté d’urgence à l’hôpital. Le président du conseil de la Choura, Abdelkarim Harouni, a été lui aussi blessé lors de l’incendie .

Comme à l’accoutumée, les rumeurs les plus folles ont enflammé la Toile quant aux réelles raisons qui ont provoqué l’incendie avant que le ministère de l’Intérieur ne précise qu’un corps calciné a été retrouvé dans les locaux dudit parti.

La même source ajoute que le corps a été identifié et qu’il s’agit d’une personne née en 1970, habitant à la cité Ettahrir (quartier populaire de Tunis). Ce dernier travaillait auparavant comme agent d’accueil au siège du parti. En tout, 18 personnes ont été blessées dans l’incident et une enquête a été ouverte en coordination avec le ministère public en vue de déterminer les circonstances et les causes de l’incendie.

De son côté, le procureur général qui s’est rendu sur les lieux de l’incident  a expliqué que les premiers éléments de l’enquête démontrent que la victime s’était immolée par le feu dès son arrivée au  premier étage  du bâtiment,  

 Ennahdha sur la défensive  

Comme il fallait s’y attendre, le président du parti, Rached Gahnnouchi, n’a pas manqué de botter en touche sur les raisons qui ont conduit la victime à mettre terme à sa vie. Dans sa déclaration aux médias devant le siège du parti, il a fait savoir que la victime a été poussée à cet acte en raison de la marginalisation après tant d’années de militantisme  contre la dictature. Relançant le débat autour de la non-application des  décisions de l’IVD, Ghannouchi a regretté qu’il n’ait pas été possible à  la victime de  vivre dans la décence après la révolution.

Toutefois, ce ne fut pas la position d’une autre grande partie de militants du parti qui ont clairement pointé du doigt «les erreurs commises» par Ghannouchi et son obstination à ne pas lâcher prise et à ne pas démissionner de la présidence du parti malgré son âge avancé et en dépit du nombre grandissant des dirigeants et adhérents qui ont préféré se retirer de toute activité.  La récente démission d’une quinzaine de dirigeants du conseil de la Choura n’a fait que confirmer la grogne et l’opposition au cheikh qui persévère toujours dans la politique de fuite en avant. 

Dans les milieux du parti, certaines informations font état de la révocation de  la victime de son travail en tant qu’agent d’accueil au siège d’Ennahdha alors que d’autres évoquent le mépris et le dédain des dirigeants à son égard au moment où il n’avait besoin que d’un travail  pour nourrir sa famille. 

La victime était connue pour son militantisme au sein du parti depuis son bas âge alors même qu’il était au lycée. «Il a passé une quinzaine d’années à la prison mais il a été privé de son droit au travail et n’a reçu aucun soutien de la part de son propre parti. Ennahdha fête l’arrivée de nouvelles personnes  mais tourne le dos aux anciens militants», regrette l’un des membres dudit parti.

Un suicide qui ne passera pas sous silence et aura de graves retombées sur un parti déjà  secoué par les démissions. Place au deuil pour le moment, mais rien ne sera plus comme avant dans les jours à venir pour le cheikh. Sami Essifi était un militant de base et vivait dans la précarité comme tant d’autres membres auxquels le parti et l’Etat ont tourné le dos.

Photo : Abdelfettah Belaïd

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