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Sous le rouleau compresseur du 25 Juillet: Ennahdha au pied du mur 

Le parti n’offre plus aujourd’hui que l’image d’un mouvement affaibli par les divisions internes, isolé et pointé du doigt par une grande partie des Tunisiens après une décennie noire qui a laissé le pays au bord de la banqueroute au point de se demander si l’on n’a pas vécu, après la révolution, une démocratie illusoire.

Plus d’une centaine de démissions de hauts cadres du parti Ennahdha en septembre dernier n’ont pas pour autant acculé son président  à jeter l’éponge. Le huitentenaire est toujours à la tête de ce mouvement créé dans la clandestinité en juin 1981, refusant tout partage du pouvoir après la révolution et s’entourant d’une poignée de dirigeants qui ont considérablement porté ombrage au parti et favorisé le népotisme en son sein. La nomination de son gendre à la tête du ministère des Affaires étrangères en 2011, dont le mandat a été éclaboussé par le Sheraton Gate, fut par ailleurs le prélude d’une chute annoncée sur fond de profondes divisions qui se sont éclatées au grand jour. Esseulé, affaibli et totalement lâché par ses compagnons de route, Ghannouchi  botte toujours en touche et s’obstine à ne pas lâcher prise. L’affaire du lobbying et la descente dans le QG de son parti pourraient cependant lui changer d’avis car elles risquent de jeter une lumière crue sur le financement occulte de cette formation politique ainsi que bien d’autres dont les membres ont infecté le paysage politique, empoisonné la vie des Tunisiens et causé le gel de l’ARP.

Imed Hammami favorable aux décisions du 25 juillet

Que de critiques frontales adressées récemment par les deux dirigeants Abdellatif Mekki et Imed Hammami au cheikh  accusant, en substance, ce dernier d’être à l’origine de la décadence du parti à obédience islamiste. Plusieurs autres dirigeants dont l’ancien ministre Zied Laâdhari et Abdlehamid Jelassi  et l’ancien ministre et ancien porte-parole d’Ennahdha, Imed Hammami, ont été poussés à la porte de sortie. Depuis le gel de son adhésion au sein du mouvement en raison de «dépassements récurrents», Hammami, qui ne mâche plus ses mots quand il évoque Ghannouchi, a multiplié les diatribes contre ce dernier suite notamment au limogeage de tous les membres de son bureau exécutif. En dépit de cette situation implosive, le cheikh continue de mener en solo la barque et d’exercer tous les pouvoirs au sein du parti. Il semble qu’il n’a pas saisi le message du 25 juillet, martèle-t-il.

Hammami a accueilli favorablement les mesures d’exception annoncées depuis  cette date. Et d’ajouter à l’occasion d’une récente sortie médiatique que Ghannouchi s’est entouré d’une équipe qui a beaucoup nui au parti et au pays. Lors d’un entretien accordé à une radio privée ce mardi 26 octobre, Imed Hammami a renouvelé son soutien — non dépourvu de quelques critiques — au Président de la République et aux décisions du 25 juillet. La situation ne pouvait plus durer, a-t-il souligné.

Une nouvelle formation politique issue d’Ennahdha pourrait voir le jour si  Ghannouchi campait toujours sur ses positions, selon certains dirigeants démissionnaires qui ont fustigé les alliances contre nature avec des parties corrompues et le renvoi du congrès du parti aux calendes grecques. Ennahdha  n’offre plus aujourd’hui que l’image d’un mouvement affaibli par les divisions internes, isolé et pointé du doigt par une grande partie des Tunisiens après une décennie noire qui a laissé le pays au bord de la banqueroute au point de se demander si l’on n’a pas vécu après la révolution une démocratie  illusoire, comme l’ont fait savoir tout récemment le professeur de droit Amine Mahfoudh dans un post publié sur les réseaux sociaux et l’ancien membre du Comité supérieur des élections, Sami Ben Slama, lors de la tenue d’une conférence. Au lieu de se ressaisir, Ennahdha, ou plutôt la partie dirigée par Rached Ghannouchi au sein de cette formation politique, navigue à vue au gré des crises internes .Le dirigeant Abdellatif Mekki avait, à son tour, fustigé la conduite du cheikh en l’accusant d’avoir accaparé toutes les décisions au sein du parti. «Il est à l’origine de toutes les erreurs», déclare le dirigeant démissionnaire et ancien ministre de la Santé.

L’affaire du lobbying ne fait que commencer 

Ghannouchi, qui ne semble toujours pas retenir la leçon et s’accroche piteusement au pouvoir  après avoir causé le gel de l’Assemblée des représentants du peuple de par son silence complice à l’égard des fauteurs de troubles et ses ambitions démesurées marquées surtout par la diplomatie parlementaire, se trouve dans ce dernier quart d’heure au pied du mur. Une autre affaire lourde de conséquences, celle du lobbying,  a été ordonnée par les autorités judiciaires  ce lundi 25 octobre avec la descente d’une brigade sécuritaire dans le QG du parti Ennahdha à Montplaisir et la saisie pour analyse du serveur informatique par le juge d’instruction relevant du pôle judiciaire économique et financier de Tunis. L’affaire a été intentée en 2019 contre ce parti par l’ancien ministre Mohamed Abbou. L’ONG I Watch avait à son tour porté plainte contre ledit parti pour «financement de source inconnue et signature de contrats de lobbying avec des entreprises étrangères».

Le  financement occulte du parti Ennahdha, qui est sur toutes les langues depuis l’arrivée au pouvoir du mouvement islamiste et auquel aucune partie n’a pu pour le moment  apporter des preuves tangibles sur son existence, refait surface avec l’affaire du lobbying. En dépit de l’épais brouillard qui entoure ce financement, la justice tentera d’y voir plus clair en soumettant le serveur informatique à une analyse. Le rouleau compresseur de la justice n’épargne plus personne depuis le 25 juillet et d’anciens ministres ainsi que des hommes d’affaires ont été déjà écroués dans le cadre d’affaires de suspicion de corruption. Pour leur part, les services judiciaires de la Cour des comptes, dont les rapports ont épinglé certains partis politiques (notamment Ennahdha, Qalb Tounès et l’association Ich Tounsi), ont commencé à rendre leurs verdicts de première instance se rapportant aux violations et infractions enregistrées durant les élections de 2019, selon la déclaration de la juge Fadhila Gargouri. Du pain sur la planche pour la justice. Du côté du Montplaisir, l’heure n’est pas à l’emballement. En réaction à l’affaire du lobbying, Ennahdha souligne dans un communiqué qu’elle «respecte la loi dans toutes ses activités».


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