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Situation critique des entreprises publiques : Un inquiétant gouffre financier ! 

 

C’est une question qui est au cœur des négociations entre la Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI). C’est aussi une situation qui nuit considérablement aux finances publiques et s’avère une source de tension entre les autorités et les parties syndicales. Aucun gouvernement n’a pu ouvrir le dossier de la restructuration des entreprises publiques au vu du fardeau financier auquel fait face l’Etat.

Dernièrement, un rapport publié par le ministère des Finances rouvre le débat autour de la situation des entreprises publiques dans une phase de crise que connaît le pays. Au fait, le rapport dresse un bilan des fonds de subvention et d’appui auxquels accèdent les entreprises et établissements publics, dont la majorité est en difficulté financière.

Ainsi, en 2022, le total de ces transferts s’est élevé à 12,4 milliards de dinars contre 10,7 milliards de dinars en 2021. Cela signifie que l’appui annuel au budget de l’État pour les entreprises et les établissements publics non administratifs s’élève à 29% du budget des dépenses et 9,3% du produit brut, tandis que les institutions économiques représentent 70,7% des transferts.

Ce constat exprimé par ce lourd gouffre financier fait état clairement d’une détérioration de plus en plus accentuée du secteur public en Tunisie. Si certains expliquent cette situation par une mauvaise gestion des entreprises publiques, d’autres déplorent une hémorragie des finances de l’Etat qui se trouve à chaque fois contraint de venir en aide de ces structures, mais à quel prix ?

Au fait, c’est le secteur de l’industrie et de l’énergie qui a bénéficié le plus des garanties de l’Etat accordées aux entreprises publiques et aux établissements publics non administratifs.

A cet égard, la Société tunisienne de raffinage a reçu une garantie de 245 millions de dinars afin de financer ses importations de pétrole. L’Office des céréales a, quant à lui, bénéficié d’une garantie de 254 millions de dinars afin de couvrir les opérations d’importation. Pour ce qui est de la Société tunisienne d’électricité et du gaz (Steg), elle a bénéficié d’une garantie de près de 393 millions de dinars et un prêt de 312,5 millions de dinars. L’État a, par ailleurs, accordé une garantie de 77,4 millions de dinars à l’Office du commercea de Tunisie.

Le dilemme des entreprises publiques

Il importe de rappeler que l’Etat, actionnaire dans les entreprises publiques, se charge de plusieurs missions en relation avec ces entreprises. En effet, il délimite les orientations stratégiques des secteurs de production et contrôle les actes de gestion au regard de la législation et de la réglementation en vigueur. Aussi, il intervient dans certains secteurs par l’ajustement des prix au niveau du marché des biens et services. Mais surtout il finance l’échec de ces entreprises à assurer leur autonomie financière et à atteindre une meilleure rentabilité.

Déjà, 78 entreprises publiques ont enregistré durant la période 2017-2018 des résultats d’exploitation agrégés négatifs successivement de -498,5 MD en 2017 et -820,2 MD en 2018 soit une régression d’une valeur relative de 64,6% et d’un montant de -321,7 MD. Il s’agit notamment des caisses sociales, des sociétés de transport, des entreprises dans le secteur de l’énergie…

Ces équilibres financiers défaillants s’expliquent aussi par les dettes de ces entreprises publiques. A titre d’exemple, les dettes de la Steg en 2018 ont atteint 11.397,4 MD contre 8.594,5 MD en 2017, enregistrant une augmentation de 32,6%. L’endettement auprès des banques étrangères représente 67,9% de l’endettement total de la Steg en 2018 d’une valeur de 7.745,1 MD et envers les banques locales il est de 4,7% d’une valeur de 532 MD. De plus, les dettes de la Steg envers les fournisseurs ont augmenté pour atteindre 1.901,1 MD en 2018 contre 1.163,5 MD en 2017, enregistrant ainsi une augmentation de 63,4%. Aussi, les dettes de la Steg envers les entreprises publiques et notamment l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap) ont augmenté en 2018 de 7,5 % par rapport à 2017.

Dans le même contexte, la situation de liquidité des entreprises publiques au cours des années précédentes a permis de constater une tendance à une régression significative en raison de la baisse des revenus de ces entreprises due à la diminution du volume de leur activité économique, en plus des difficultés rencontrées par ces entreprises dans le recouvrement de leurs créances auprès de leurs clients.

Que faire ?

Le bilan est certes triste, mais que peut faire l’Etat pour remédier à la situation ? Par où commencer et comment procéder ? Ces chiffres témoignent en effet d’une mauvaise, voire de l’absence d’une gouvernance de ces entreprises qui emploient pourtant des milliers de Tunisiens.

Depuis plusieurs décennies, ces entreprises sont malheureusement livrées à elles-mêmes sans aucune visibilité. Le contexte national et économique hostile à la compétitivité et à la créativité a nettement réduit le rendement de ces entreprises gérées longtemps sur la base du gaspillage et de la dilapidation de l’argent public loin de toute forme de compétitivité et de productivité.

Certains économistes ont proposé de nombreuses solutions pour remettre à flot ces entreprises et institutions, des solutions qui tournent autour de leur privatisation, mais cette option pose d’ores et déjà problème. Si à aucun moment, les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont prévu une telle solution, la centrale syndicale s’est toujours opposée à leur privatisation affirmant qu’il s’agit d’une ligne rouge.

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