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Réseau ferroviaire rapide (RFR) | Retards cumulés Une attente interminable !

 

Dans le flou total qui entoure le projet du Réseau ferrovaire rapide (RFR), les habitants des régions concernées ne savent pas ce qui les attend. Pendant ce temps, les rames acquises subissent les aléas climatiques dans les dépôts de Sidi Fathallah. Leur coût se chiffre à des centaines de milliards.

La société du RFR vient de sortir de son silence par la publication d’un communiqué en date du 14 décembre 2022. Dans ce document, ladite société a essayé d’apporter des réponses aux nombreuses questions que se posent les usagers depuis plusieurs années, mais auxquelles il n’y a aucune amorce d’éclaircissements.

Vrai ou faux ?

Il faut préciser, toutefois, que les données publiées sur la situation et les différentes explications concernant les difficultés qui ont causé les retards successifs du lancement de la ligne E restent peu convaincantes et méritent plus de précision. Cela est d’autant plus vrai que les responsables de cette société sont incapables de déterminer la moindre date ou la moindre échéance (même approximative) pour le démarrage des dessertes par ce premier tronçon.

Les informations apportées par ce document qui a été rendu public il y a près d’un mois soulèvent plus d’interrogation qu’elles n’apportent de réponses. Car, précisément, ces “clarifications” viennent trop tard.

Le Tunisien a été très longtemps maintenu dans l’ignorance totale des intentions des responsables et des raisons des retards de l’achèvement de la ligne E. Trop d’infos ont circulé sur le projet sans qu’il n’y ait une réaction appropriée des parties concernées pour y mettre fin en apportant les vraies raisons de ces contre performances.

Aujourd’hui, encore, personne ne prend pour argent comptant ce qu’on avance comme argument pour expliquer ce qu’il se passe.  

La situation du transport public et toutes les complications qui en découlent ne font qu’aggraver les souffrances des usagers. Tout le secteur du transport est affecté par une détérioration de la qualité et des prestations. Le matériel roulant de toutes les sociétés est dans un état lamentable, faute d’entretien et de rénovation du parc. Alors que la demande augmente, l’offre ne fait que reculer. Sans parler des mouvements de grèves ou d’arrêts intempestifs des dessertes.

Ceci pousse les usagers à chercher la solution ailleurs. C’est-à-dire dans le privé. Et c’est justement là que réside la vraie réponse. Taxis individuels, louages, taxis collectifs, transport clandestins, etc. en profitent et investissent le domaine sans trop se soucier de la bourse des citoyens. Ces derniers sont obligés de dépenser plus que le budget prévu pour le transport s’ils veulent aller au travail ou à l’école ou ailleurs. Devant la détérioration du pouvoir d’achat, cela devient un fardeau supplémentaire.

Uberisation rampante du transport

N’oublions pas ce phénomène qui vient de faire son apparition sur la scène et qui a trait aux applications proposant des services de transport grâce à des véhicules privés. C’est ce qui a provoqué l’ire des taxis individuels. Ces derniers reprochent aux autorités leur laxisme face à la prolifération de ces nouveaux modes de transport qui ne garantissent pas les conditions de sécurité. Une mobilisation des professionnels a, d’ailleurs, eu lieu lundi 16 janvier pour rappeler aux autorités leur engagement et souligner la gravité de l’existence de ces réseaux parallèles de transport.

De son côté, la Fédération générale de transport relevant de l’Ugtt a programmé deux jours de grève dans le secteur du transport (air, terre, mer) les 25 et 26 janvier.

On n’exclut pas une anarchie dans ce secteur si ce n’est pas encore le cas. Certains y voient, même, un encouragement clair du privé aux dépens du public. Le secteur privé est en train de se mettre en place et de s’imposer comme premier fournisseur de services de transport mais à des prix élevés. Le Tunisien devra alors payer très cher ses déplacements face à la démission des services publics.

Il est, donc, évident de trouver des explications logiques aux différents reports du lancement de la première ligne d’un nouveau mode de transport. A savoir le Rfr. Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’impact direct de ce vaste projet sur la vie des habitants du Grand Tunis. On ne reviendra pas sur l’apport certain qu’il ne manquera pas d’avoir sur la qualité, la rapidité et la sécurité. 

Aussi peut-on comprendre pourquoi on a tout fait pour “saboter” la mise en service du tronçon E voire de tout le programme. Lorsqu’on énumère les faits rapportés par les responsables et par les rumeurs on comprend qu’il y a anguille sous roche et qu’on ne veut pas dévoiler la vérité. Les vols d’équipements (câbles et autres composants électriques ou électroniques) ne doivent pas être considérés comme de simples faits divers (ce qui est, malheureusement, le cas). Ce sont, à n’en pas douter, des éléments d’un plan visant à empêcher le pays de se doter d’un réseau de transport moderne. Au profit de qui ? C’est à une enquête bien menée de le montrer.

Il est vrai que les vols en question concernent des équipements qui peuvent rapporter gros aux voleurs mais cela aurait dû inciter les responsables à plus de prudence et à assurer une plus grande vigilance pour préserver ses biens. Comme la situation est exceptionnelle, les mesures à prendre doivent l’être aussi. Une attitude plus ferme doit être adoptée à l’égard des actes de vols et de sabotages commis. Il n’est pas normal de continuer à subir sans réagir avec l’énergie et la sévérité requises.

Explications 

De plus, le ministère du Transport doit agir avec plus de fermeté dans le dossier sans trop laisser les choses traîner, comme cela se fait actuellement. Le citoyen est exaspéré par cette longue attente dont on ne voit pas la fin. Il a besoin de se rassurer quant à son sort. Il n’accepte pas que l’Etat reste impuissant devant les saboteurs et n’arrive pas à clarifier la situation en donnant des dates et des délais.

Autant de reports ne font qu’alimenter les soupçons qu’il y a quelque chose de caché visant à privilégier un secteur par rapport à un autre.

Du côté des parties officielles, on se « barricade » derrière des justifications en apparence objectives et sans équivoque. Dans le communiqué de la société du Rfr, celle-ci se contente de nous rappeler l’historique du projet. Selon elle, plusieurs sociétés et bureaux d’études ont pris part à sa réalisation. 

Parmi les principaux points qui seraient à l’origine des retards, la société du Rfr rappelle les difficultés rencontrées pour résoudre la question foncière et la  déviation des réseaux (Steg, Sonede, telecom, Onas, etc.). Cela remonte, déjà, à une bonne dizaine d’années. Sans parler de l’idée de réalisation de ce vaste projet qui a démarré bien avant.

Sur un autre plan, la Société évoque la résiliation du contrat avec une société en 2017 pour manquement à ses engagements et la signature d’un autre accord avec une nouvelle société en 2019.

L’autre point (le plus énigmatique à notre sens) est celui de l’interdiction opposée par la municipalité du Bardo depuis 2019 (depuis 4 ans !). Cette municipalité ne  veut pas que le Rfr passe par la ville. Le conflit n’a pas trouvé de solution. Les responsables municipaux ont même réquisitionné des engins qui travaillaient dans le chantier pour montrer leur détermination. Un Etat dans l’Etat, voire au-dessus de l’Etat ! C’est pourquoi on se demande, justement, où se trouve l’Etat ?  

Les raisons invoquées (le passage du Rfr coupera la ville en deux !) sont-elles les seules ou y a-t-il des vérités cachées liées à des intérêts particuliers (commerces, professions exercées par des riverains). Ces derniers verraient-ils d’un mauvais œil l’arrivée de ce nouveau moyen qui bousculerait leur train-train ? 

Ne pas parvenir à résoudre cette question demeure, pour le simple mortel, une véritable énigme.

Concernant la ligne E, il y aurait un progrès puisque ce tronçon est prêt mais il faut achever les tests techniques nécessaires avant d’autoriser son exploitation. Ces tests ont fait ressortir des insuffisances et des défauts qui nécessitent d’être pris en compte dont le reprofilage des roues pour éviter les risques dans les virages.

La distance entre les quais et les voitures doit, aussi, être revue par le rapprochement des rails. Autant de “déchets” techniques n’auraient pas dû  se produire. 

Pourvu que ces difficultés soient surmontées dans des délais plus raisonnables et qu’il y ait plus de coordination entre les deux sociétés impliquées dans ce projet, à savoir la Sncft et la société du Rfr. D’ailleurs, on ne comprend pas, jusqu’à maintenant, pourquoi il y a deux opérateurs engagés sur un même projet. N‘aurait-on pas pu le confier à la Sncft la plus indiquée depuis le début ?

Pendant ce temps, les rames acquises subissent les aléas climatiques dans les dépôts de Sidi Fathallah. Leur coût se chiffre à des centaines de milliards sur des prêts accordés à la Tunisie s’élevant à près de 83 milliards d’euros, rien que pour la Bei (Banque européenne d’investissement).

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