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Reconstitution des stocks de matières de base : Des réserves qui s’épuisent


Pendant près de 24 ans et jusqu’en 2012, la Tunisie n’a pas eu recours aux prêts du FMI. Mais tout au long de la décennie passée, la situation économique a commencé à se dégrader dangereusement en l’absence flagrante d’une politique claire et d’une vision stratégique. Les détenteurs du pouvoir étaient beaucoup plus occupés à se partager le «gâteau»,  comme l’a affirmé ce président provisoire non élu au suffrage universel.

Aujourd’hui, le pays est en train de payer cette mauvaise gouvernance et cet amateurisme économique. Tous les clignotants virent au rouge et les différentes agences de notation internationales nous attribuent des notes négatives. Les prestations de notre économie sont, toujours, en deçà de ce qui est attendu et les indices peinent à décoller. A cela s’ajoute une conjoncture internationale parmi les plus contraignantes, notamment avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Pétrole à 300 dinars/baril

Les sanctions imposées par les USA et les pays occidentaux à la Russie ont de graves répercussions sur tous les autres pays. La Tunisie subit, par conséquent, les contrecoups de cette donne mondiale. 

Aussi son approvisionnement en produits de première nécessité comme les céréales, les huiles, les divers matériaux et équipements s’en ressent-il. Les pays riches ont accaparé le plus grand stock de blé ukrainien ainsi que d’autres produits, ne laissant que des miettes aux pays pauvres. L’approvisionnement en produits pétroliers, lui aussi, est devenu plus problématique avec la réduction de la production de 2 millions de barils par jour. De ce fait, les perturbations au niveau des prix aggravent encore plus la situation budgétaire de notre pays qui est obligé d’importer le pétrole à des prix qui dépassent les 100 dollars (300 dinars environ).

Les retards enregistrés au niveau de nos approvisionnements seraient dus, selon des experts, à l’incapacité de la Tunisie à payer ses fournisseurs. Le manque de liquidité dans les caisses s’explique par le retard enregistré pour aboutir à un  accord avec le FMI pour l’octroi d’un prêt lui permettant de renflouer ses caisses et honorer un tant soit peu ses engagements envers ses créanciers. Ce qui fait qu’aujourd’hui, toutes les réserves en produits de première nécessité accusent des déficits, voire des manques flagrants. Cet état des choses n’a jamais été aussi critique. Tous les fournisseurs exigent d’être payés à l’avance avant de vider leurs cales dans nos ports. Or les liquidités ne sont pas toujours disponibles. Cela pousse à l’épuisement des stocks et à l’impossibilité de les renouveler de façon régulière comme cela devrait se faire. D’où, alors, ces pénuries en cascade qui se répètent tout le temps. A côté de ce phénomène, il y a, bien sûr, la spéculation qui s’active à plein régime profitant des difficultés ambiantes. 

Autosuffisance en céréales

Il suffit, en effet, de voir comment évolue la situation pour comprendre qu’il y a une grande volatilité entre l’offre et la demande. Tout est sous pression. Le consommateur obtient difficilement ce qu’il désire. Des produits comme l’huile subventionnée sont introuvables sur le marché malgré ce que disent les responsables. Le sucre, lui aussi, est rare. L’essence et, particulièrement le sans plomb, se fait rare dans les stations-services. 

Du côté des autorités, on s’efforce d’apporter des explications qui ne parviennent pas à convaincre. Alors que les experts financiers imputent ces pénuries aux manques dont souffrent nos stocks. Ceux-ci ne sont pas, toujours, reconstitués c’est ce qui provoque des ruptures et, par conséquent, des perturbations au niveau des approvisionnements des marchés. Les responsables ont beau rassurer en déclarant que la Tunisie ne s’approvisionne pas au jour le jour, mais qu’elle a des contrats sur le long terme, rien n’y fait. Le Tunisien juge sur le tas. Et ce qu’il voit est plus édifiant.

Nos réserves s’épuisent comme peau de chagrin et il semble qu’il est très difficile de les reconstituer aussi facilement sur le court terme.

D’ailleurs, un membre du syndicat de la Société tunisienne du sucre a déclaré, récemment, que le stock de réserves dans les entrepôts est estimé, annuellement, à 7.000 tonnes. Mais que c’est l’Office du commerce qui tarde à l’approvisionner en temps opportun. Du coup, ces stocks ne cessent de s’épuiser, entraînant les perturbations que l’on sait. Il ajoute, aussi, que ces stocks ne seront pas renouvelés systématiquement et que dans le meilleur des cas on ne parviendrait pas à en reconstituer la même quantité. A tout le moins pourrait-on en assurer 4.000 tonnes de nouveau stock.

Il en est de même pour les carburants où le déficit, entre la production nationale et la consommation, est très important. La production nationale de produits pétroliers est d’environ 35.000 barils/j, alors que nous en consommons environ 90.000. Or, les autorités sont tenues de disposer d’un stock capable de couvrir une période d’au moins 60 jours. Ce qui n’est plus le cas actuellement. Selon des sources syndicales les réserves disponibles ne dépasseraient pas la consommation de deux semaines tout au plus.

La tendance actuelle des cours du baril de pétrole est à la hausse. Comme on le signalait déjà, la réduction décidée par l’Opep+ ne fera qu’empirer les choses puisque le coût du baril risque d’atteindre des sommets. De plus, on s’attend à une reprise économique en Chine, ce qui est de nature à augmenter la demande et parallèlement le cours du baril.

En matière de céréales, la Tunisie n’a réussi à produire que 7.6 millions de quintaux pour la saison 2022. Les officiels assurent, en tout cas, que les quantités de blé dur produites localement nous permettraient de tenir jusqu’à fin décembre 2022. Les récoltes ont été suffisantes. Toutefois, il faudrait fournir plus d’efforts pour le blé tendre en augmentant les surfaces cultivables. Certains responsables vont plus loin encore en affirmant qu’il est possible d’assurer notre autosuffisance en céréales … dès l’année prochaine !

Pourtant, nous voilà en pleins préparatifs de la saison et tous les agriculteurs à travers toutes les régions se plaignent du manque de semences sélectionnées, d’intrants et autres Dap et ammonitrate…

Qui croire ?

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