Culture

Polémique autour de la pièce «Nmout A3lik» de Lamine Nahdi et Moncef DHOUIB : La loi froide du public


Lamine Nahdi est un grand comédien, personne ne le conteste. Lamine est un des meilleurs comiques populaires, c’est indéniable. Le landerneau médiatique et théâtral est agité ces jours-ci,  quelques-uns doutent même de ses capacités artistiques, après son passage le 31 juillet au Théâtre romain de Carthage, cet illustre théâtre où le comédien s’est produit plusieurs fois, avec  un succès jamais démenti. Que s’est-il passé dans la soirée du 31 lors de la représentation de Nmout Âlik, dialogue et réalisation de Moncef Dhouib ?  Un malentendu, un changement de public ou des raisons inexplicables qui ont poussé ce même public «à bouder» la pièce ?

Théâtre bondé, le public réclame son idole en scandant son nom, sept ans que Lamine n’est pas monté sur scène, ça se fête, lui, comme à son habitude,  sans le moindre trac, sûr de lui-même, entre dans la scène nue ( sans décor, sans lumière élaborée), applaudissements insistants, apparemment en forme, Lamine, sans accessoire, seul, au centre comme un grand endosse son rôle, il se lance dans ses tirades. 

Le sujet : Âyache, un citoyen quelconque, ordinaire (ou presque), sans prétention,  est chômeur, pilier de bar, porté sur la bouteille. Pendant qu’il tue le temps en buvant, sa femme se saigne aux quatre veines pour faire nourrir la famille, — entendez le message de l’auteur «vive les femmes de ce pays» —,  le public n’ignorant  pas cette situation, ne rigole pas. Un quiproquo plus tard, Âyache est coincé dans la cuisine, Âyache porte une arme dans sa poche, on conclut à une tentative de suicide, les voisins, les cousins, les habitués de bar  accourent, les médias se mettent en branle, l’affaire prend des dimensions nationales. On est en période de trouble social et politique, les intégristes cherchent une victime, un futur héros à mettre  à leur compte, ils kidnappent Âyache, l’encagoulent,  l’isolent dans une grotte… Suit un long descriptif des ignobles comportements et des idées de l’idéologie islamiste, ces actes barbares ont été lus dans la presse, entendus à la radio,  vus à la télé, discutés dans les cafés, critiqués jusqu’à plus soif,  Lamine remet toutes ces situations  sur le tapis sur un mode comique, à sa façon gagnante dans ses précédentes pièces, toujours la même gestuelle, la technique, la même intonation. Dans son discours, il  appuie sur les phrases censées faire réagir le public, lequel semble de marbre,  ne réagit pas, silence lourd. Précisons au passage que le comédien est au meilleur de lui-même que lorsque le public réagit, c’est même souvent dans cet état qu’il trouve et puise son énergie créative, ce soir du 31 juillet à  Carthage, hélas,  un souffle froid traverse les esprits. Lamine continue, son héros Âyache est entre des féministes, le texte en rajoute une louche ou deux sur leur mouvement, elles sont minoritaires et sectaires, etc, — publics, entendez-vous le message ? — S’ajoutent aux féministes les homos qui veulent récupérer le pauvre Âyache, on a droit au hammam, aux attouchements, aux  tirades impudiques,  aux œuillades à la limite de l’obscénité ( de notre côté, on n’a rien contre), bref aux allusions qui visent sans cesse au plus bas pour mieux faire rire, sans résultat, hélas !

Aucun signe du public, pas de rires sonores habituels, d’adhésion au discours, de réponses aux appels du pied, de complaisance envers le comédien, de respect du texte, de gratitude… rien, nada, son silence est mortel. Ce public versatile que Moncef Dhouib critiquera plus tard dans un post acerbe sur sa page Fb.

Âyache serait donc une belle prise pour toutes les organisations, les ministres, les responsables véreux, les trafiquants, les hommes au pouvoir, les corps constitués,  les déviants sexuels, personne n’est épargné  ( sauf les syndicats) dans cette société malade, le texte en rajoute, Lamine se démène, fait du pied au public, rien n’y fait, celui-ci ne réagit pas, des spectateurs, dispersés d’abord,  en rang d’oignons ensuite, suivis par d’autres en groupes quittent le théâtre. Pas de signes de désapprobation, aucune huée, juste un silence qui en dit long sur le ressentiment et l’amertume. 

La guerre à travers les médias

Lamine sans applaudissements, sans encouragement, sans rappel, c’est désolant, c’est triste. Des mauvaises langues en rajoutent, c’est le déclin, la fin d’une époque ; le spectacle de trop. Ce public qui l’a longtemps encensé sans réserve semble lassé. Rappelons au passage qu’un acteur a toutes les chances de tomber dans la facilité, l’autosatisfaction, sinon dans la suffisance. L’apprentissage des techniques  n’est pas une étape difficile, ce qui l’est, c’est de se méfier du savoir acquis après l’avoir maîtrisé et pourquoi pas de changer de direction. Avec ses succès éclatants, Lamine, sur les textes de Dhouib, avait toutes les chances de séduire le public, il en a profité à fond, jusqu’à user la corde.   

Dehors, les reporters, caméras en main, sont à l’affût, des spectateurs interviewés déclarent leur déception au micro d’une radio privée, la journaliste culturelle, professionnelle au long cours, recueille les avis,  conclusion du reportage : le public est déçu. Les réseaux sociaux répercutent les opinons, c‘est la loi actuelle, la journaliste  est prise à partie par  Nahdi junior, fils de Lamine, qui monte au créneau, ouvre les hostilités (à quel titre ?), rameutant les médias et criant au complot et à l’amateurisme de la journaliste ( ah, ces journalistes quand ils ne sont pas flatteurs, ils sont toujours des fouteurs de m…). Les réseaux sociaux s’en mêlent ( peut-il en être autrement), chacun y va de sa chanson, des artistes par esprit de corps s’en émeuvent, des journalistes nourris par le même esprit soutiennent leur consœur, une petite guerre de tranchées est déclarée. Il faut avouer qu’à travers la capture de ce sujet «brûlant, à scandales», l’écho et les retombées sont garantis. Conséquence douloureuse : le spectacle programmé dans 25 festivals est annulé, la facture va être colossale, l’opinion du public (versatile soit-il) est implacable, pire que celle des pouvoirs en place qui ont fait de Âyache une sympathique victime.

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