Economie tunisie

Plan triennal de développement 2023-2025 | Ce que prévoit le gouvernement

 

En termes d’objectifs quantitatifs, le gouvernement table sur un taux de croissance de 2,1%, l’accroissement du revenu individuel        (de 13,6 mille dinars à 16,1 mille dinars par an en 2025) et de la part des investissements privés à 57,6% du total des investissements.

Le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions? Telle est la question qui taraude les experts dont les commentaires fusent après le lever de rideau sur le plan de développement 2023-2025. Présenté, au cours de la semaine dernière, par le ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Saïed, lors d’une conférence de presse qui a été tenue en présence des différents ministres, le plan triennal a été félicité par beaucoup d’observateurs pour ses objectifs jugés “ambitieux”, mais aussi, vigoureusement critiqué par d’autres qui pointent une discontinuité de la vision stratégique et des promesses qui sonnent creux.

En termes d’objectifs quantitatifs, le gouvernement table sur une croissance de 2,1% sur les trois prochaines années. Un taux estimé “faible” par l’expert économique et président de l’Observatoire civil du progrès en Tunisie «Tunisia Progress», Mohamed Hammadi Jarraya,  qui souligne qu’ “une croissance aussi faible peut être réalisable par le mécanisme classique sans effort supplémentaire”. En effet, il estime qu’une croissance à deux chiffres est indispensable pour redresser l’économie nationale au moment où le pays est plongé dans une grave  crise financière. “  A mon avis, il y a  un secteur sacrifié, auquel on n’accorde pas suffisamment de rigueur et d’attention et qui nous accable, c’est le secteur du phosphate. Il faut que la machine productive du phosphate et des produits dérivés se remette obligatoirement en marche. Cela permet de nous épargner le recours à l’endettement international et d’avoir des ressources financières pour réaliser un plan ambitieux comme celui-là”, a-t-il affirmé dans son intervention sur les ondes d’une chaîne radio.

Remise sur les rails

Le plan prévoit également l’accroissement du revenu individuel qui devrait passer de 13,6 mille dinars par an à 16,1 mille dinars en 2025. En outre, le gouvernement compte augmenter le taux d’investissement à 17,8% du PIB et accroître la part des investissements privés à 57,6% du total des investissements d’ici à trois ans. Une orientation qui n’est pas, pour autant, passée sous les radars. “Dans ce plan de développement, le focus a été mis sur le secteur privé en tant que locomotive principale de l’action du développement”, a fait remarquer, en ce sens, l’expert et professeur d’économie, Lotfi Ben Aïssa, lors de son passage dans l’émission économique hebdomadaire de la Télévision tunisienne. Il estime que l’Etat continue à réduire son effort d’investissement favorisant, de ce fait, le partenariat public, privé. Pour l’universitaire, le secteur privé ne peut pas se substituer à l’Etat investisseur soulignant que cette nouvelle réalité a aggravé la crise et a contribué au développement du secteur informel.

Sur le plan emploi, le programme triennal prévoit la réduction du taux de chômage de 15,3% à 14%. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement compte, notamment, encourager l’investissement dans les secteurs innovateurs, pourvoyeurs d’emplois et à forte valeur ajoutée, mais, aussi, promouvoir l’entrepreneuriat et l’employabilité des demandeurs d’emplois. Le nouveau plan de développement table, également, sur l’augmentation de l’effort à l’export qui devrait dépasser les 45% en 2025 ainsi que sur la maîtrise du déficit de la balance commerciale.

L’économie sociale et solidaire figure parmi les enjeux qui sous-tendent le plan triennal 2023-2025. Ainsi, en vue d’appliquer la loi relative à l’ESS, une mise à niveau de l’arsenal juridique et réglementaire est programmée au cours de la période à venir avec des efforts de valorisation des structures de l’ESS. Côté développement régional, l’accent sera mis sur la clusterisation, essentiellement pour améliorer l’accès des PME au financement, mais, aussi, sur le développement des filières et des chaînes de valeur dans plusieurs secteurs agricoles et miniers, tels que l’huile d’olive, les produits de pêche et les dattes.

D’importants investissements publics 

38,2 milliards de dinars est le chiffre clé à retenir de ce plan à trois ans. Il s’agit du montant des investissements publics prévus par le gouvernement au cours de cette même période, répartis comme suit: 11,2 milliards de dinars à travers les entreprises publiques et 27 milliards prélevés sur le budget de l’Etat, dont 18,8 milliards de dinars consacrés à l’achèvement des projets en cours.  Selon la planification, ces investissements vont crescendo, à partir de l’année en cours (6 milliards de dinars) pour passer à 8,5 milliards en 2024 et 12,5 milliards en 2025. Ces montants colossaux renvoient à l’importance du déblocage des projets publics toujours en suspens et qui représentent 50% des projets prévus dans le plan quinquennal 2016-2020. En effet, le document du ministère de l’Economie et de la Planification identifie  les principaux obstacles qui entravent l’exécution desdits projets. Il cite notamment, le manque de suivi, de coordination et d’arbitrage; la complexité des procédures administratives, mais aussi celles du changement de vocation des terres agricoles; l’absence des ressources de financement ainsi que la ribambelle d’intervenants qui contribuent au ralentissement de l’avancement des projets et rallongent les délais de réalisation.

Selon le ministre de l’Economie, Samir Saïed, le décret 68-2020 devrait  pallier ces insuffisances et  accélérer la mise en œuvre des projets bloqués.

Le plan quinquennal 2016-2020 a échoué dans ses objectifs

Les experts expliquent que pour rebondir et éviter de reproduire les erreurs du passé, il faut tirer les enseignements des échecs. Car  en jetant un regard dans le rétroviseur, on s’aperçoit que le plan quinquennal 2016-2020 n’était que des plans sur la comète. Les résultats du plan précédent, eux, ne mentent pas : une croissance molle, des projets publics en suspens, une baisse du taux d’investissement et de l’indice national du développement régional et une hausse du taux de pauvreté. C’est pourquoi prudence et réalisme étaient le mot d’ordre qui caractérisait l’élaboration du nouveau  plan de développement, affirme Saïed.

Les axes stratégiques

A en croire le plan triennal 2023-2025, le gouvernement  mise sur la vague de l’innovation et de la durabilité. Le capital humain (en tant que levier du développement durable et inclusif); l’économie du savoir; la compétitivité et la diversification de l’économie; l’économie verte; l’équité sociale et l’aménagement territoriale intégré, outre les réformes basées sur la digitalisation et la modernisation du secteur public  sont les principaux axes qui sous-tendent le plan de développement qui cadre, à son tour, dans la vision stratégique 2035.  Une feuille de route pour le développement de l’innovation et de l’économie du savoir (comprenant entre autres le start-up Act 2) ainsi qu’une stratégie nationale pour l’amélioration de l’environnement des affaires (déclinée en 12 axes, dont, notamment, la fiscalité, l’entrepreneuriat, le code de change et les marchés publics) ont été identifiées, à cet effet.

“Les objectifs sont très ambitieux,  les orientations stratégiques  sont très prometteuses, mais est-ce que ce plan est faisable dans la conjoncture actuelle ?”, s’interroge l’expert  Mohamed Jarraya. Car la situation économique est difficile, les marges de manœuvre budgétaires sont très réduites et les perspectives économiques mondiales s’assombrissent d’autant que les tensions géopolitiques se cristallisent.

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