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Perspectives sombres du FMI : la Tunisie doit-elle s’attendre au pire ?


Comme les autres pays du monde, la Tunisie sera impactée par la conjoncture internationale morose, ce qui se traduira sur le pouvoir d’achat du Tunisien et son niveau de vie. Ces répercussions seront d’autant plus importantes si le pays n’arrive pas à mettre en place les réformes structurelles nécessaires et donc ne parvient pas à obtenir le financement du FMI. D’ailleurs, Fitch Ratings estime qu’une forte opposition sociale pourrait retarder un éventuel accord entre la Tunisie et le FMI poussant la Tunisie à s’adresser au Club de Paris.

 

Le Fonds monétaire international (FMI) vient de mettre à jour son rapport sur les perspectives de l’économie mondiale, qui fait ressortir un nouveau ralentissement de l’économie mondiale.

Selon ce document, « plusieurs chocs ont frappé une économie mondiale déjà fragilisée par la pandémie, ayant entraîné un ralentissement de la croissance, une baisse du pouvoir d’achat des ménages et un resserrement des politiques monétaires. L’inflation mondiale a été revue à la hausse du fait de l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, ainsi que des déséquilibres persistants de l’offre et de la demande. Elle devrait atteindre 6,6 % dans les pays avancés et 9,5 % dans les pays émergents et les pays en développement cette année. En 2023, la politique monétaire désinflationniste devrait faire sentir ses effets, et la production mondiale augmenter de seulement 2,9% ».

Pire, le FMI n’écarte pas « le scénario où les risques de baisse se concrétisent, l’inflation s’accroît encore et la croissance mondiale est ramenée à 2,6 % et 2,0% environ en 2022 et 2023, respectivement, soit un résultat qui se situe dans la tranche de 10 % inférieure de la distribution des résultats depuis 1970 ».

 

Entre temps en Tunisie, les autorités sont ailleurs : elles festoient, heureuses de la soi-disant victoire écrasante du projet de Constitution de Kaïs Saïed soumis au référendum. Mais se sont-elles préparées aux scénarios qui s’annoncent et qui font trembler de peur les plus grandes puissances mondiales, qui sont nos partenaires commerciaux mais surtout nos partenaires financiers ? Motus et bouche cousue ! Aucune idée et silence radio.

Cela dit, les différentes instances se complaisent à publier des indicateurs au vert, qui révèlent le prodige tunisien : hausse des investissements réels ou déclarés, inflation maîtrisée à 8,1% en juin 2022 par rapport à ce qui se passe dans le monde et un petit rapport sur le commerce extérieur, qui montre toutefois une aggravation du déficit, mais qui ne donne pas un aperçu détaillé sur la situation.

 

Rappelons que la Tunisie a misé sur un accord avec le FMI pour clôturer son budget 2022 et drainer un financement global de 12.652 MD, notamment de la part des partenaires de la Tunisie et d’autres bailleurs de fonds.

Or, le dernier communiqué de fin de mission de la délégation du FMI, le 18 juillet 2022, évoque des discussions « fructueuses » sur un nouvel accord au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) destiné à soutenir les politiques et les réformes économiques des autorités.

Mais, le soutien du FMI est-il garanti pour autant ? Ce n’est pas l’avis de plusieurs observations extérieurs.

En effet, dans un communiqué publié fin juillet 2022, l’agence de notation Fitch Ratings estime qu’une forte opposition sociale pourrait retarder un éventuel accord entre la Tunisie et le FMI poussant la Tunisie à s’adresser au Club de Paris. Certes, l’approbation de la nouvelle constitution sera perçue par les créanciers comme un appui à la stabilité dans la région et ils seraient disposés à apporter leur soutien. Toutefois, l’agence considère que les divergences entre le gouvernement et la Centrale syndicale constituent toujours un obstacle, en rappelant que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) avait certes exprimé sa prédisposition à collaborer avec le gouvernement mais s’était opposée aux points clés des réformes exigées par le FMI pour la conclusion d’un accord avec la Tunisie, ce qui « limiterait la capacité du gouvernement à maintenir sur la bonne voie le programme de réformes ».   

D’ailleurs dans son communiqué du 18 juillet, le FMI affirmait : « Nous espérons que les partenaires sociaux et les autres parties prenantes importantes pourront s’unir dans cette entreprise. Face à l’urgence de la situation, une vaste adhésion sera essentielle pour réduire les déséquilibres macroéconomiques, asseoir la stabilité et soutenir la croissance créatrice d’emplois, qui est nécessaire pour réaliser le potentiel économique considérable du pays au profit de tous les Tunisiens ».

 

Mêmes inquiétudes évoquées par de la banque américain d’investissement Morgan Stanley qui estime qu’alors que plusieurs pays africains sont en négociations avec le Fonds monétaire international pour l’obtention de financements, la Tunisie semble être le plus à risque.

Et d’expliquer qu’avec un déficit budgétaire de près de 10%, l’une des masses salariales du secteur public les plus élevées au monde, il sera difficile pour la Tunisie d’obtenir le financement escompté auprès du FMI. Pour elle, même si les tractations vont bon train depuis janvier 2022, aucun accord n’a vu le jour jusqu’à présent, en notant qu’une délégation du FMI est en visite en Tunisie depuis début juillet dans le but de lancer officiellement les négociations. Or, rien n’a encore été annoncé. 

En mars dernier, ce même établissement bancaire américain n’écartait pas un défaut de paiement de la Tunisie.

 

Dans sa mise à jour, le Fonds monétaires international a émis certaines recommandations.

« Alors que la hausse des prix continue d’amputer considérablement les niveaux de vie dans le monde entier, il faudrait en priorité que les décideurs modèrent l’inflation. Un durcissement de la politique monétaire aura inévitablement des coûts économiques réels, mais tout retard ne fera que les exacerber. Un soutien budgétaire ciblé peut contribuer à amortir leurs effets sur les couches les plus vulnérables de la population, mais devant des budgets publics déjà obérés par la pandémie et la nécessité d’adopter une politique macroéconomique globalement désinflationniste, il faudra compenser ces mesures par une hausse des impôts ou une baisse des dépenses publiques. En outre, le durcissement des conditions monétaires aura aussi une incidence sur la stabilité financière et obligera à recourir de façon judicieuse aux instruments macroprudentiels, et il sera donc d’autant plus nécessaire de réformer les dispositifs de résolution des dettes. Les mesures visant à remédier à des conséquences particulières sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires doivent être axées sur les catégories les plus éprouvées sans fausser les prix », a-t-il conseillé.

 

En Tunisie, nous sommes toujours dans l’euphorie, aucune inquiétude par rapport à ce qui ce passe dans le monde. Aucune communication par le gouvernement ou par les ministères sur ce qui se passe au niveau mondial et sur comment la Tunisie compte contrer ou plutôt réduire les effets négatifs de cette conjoncture qui ne peut que nous impacter.

 

Imen NOUIRA


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