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Pénuries, ce que le gouvernement ne veut pas avouer


 

La situation est grave mais on fait comme si tout va bien. Alors que l’inflation bat son plein et que détourne la vérité et on minimise les faits. Mais, comme le dit un dicton tunisien : « on ne peut pas cacher le soleil par un tamis ». Et les pénuries des divers produits et denrées alimentaires sont le témoignage sans équivoque de la situation réelle du pays. Le bilan.

 

Depuis 2021, le pays vit sous le rythme des pénuries répétées touchant divers produits et denrées. Chose qui ne s’est jamais produite les années dernières malgré toutes les crises qu’a vécu le pays. Aujourd’hui, les perturbations d’approvisionnement et les pénuries sont devenues le pain quotidien du Tunisien. Et la crise a touché le secteur industriel qui se trouve à l’arrêt. A titre d’exemple, la filiale de la SFBT des boissons gazeuses avait fermé ses portes à cause de la pénurie de sucre. Idem Pour l’usine de biscuit de Saïda. Plusieurs employés se sont retrouvés ainsi en chômage technique. En outre, le manque de café, de sucre, d’eau minérale, etc. a perturbé le fonctionnement des cafés et salons de thé. La perturbation de l’approvisionnement en carburant qui dure depuis quelques semaines est en train d’occasionner, quant à elle, perte de temps et perte financière.

Beaucoup pensent à tort que le gouvernement s’est trompé dans l’élaboration de sa Loi de finances 2022, concernant l’hypothèse que la moyenne de prix du baril ne dépasserait pas les 75 dollars le baril de Brent. Or, dans le fait, les hypothèses de change ont pris tout le monde au dépourvu et la parité égale entre l’euro et le dollar, change la donne. Autre fait important, la hausse des cours de la matière première, et en particulier des denrées alimentaires, a déstabilisé les pays les plus puissant. D’où, l’inflation record au niveau mondial. La Tunisie comme tous les autres pays subit ces hausses, qui sont très loin de ses prévisions et donc qui n’ont pas été budgétisées.

En effet, les prix de la majorité des produits de grande consommation ont plus que doublé ces cinq ans et depuis le début 2021, les hausses des prix sont à deux chiffres, atteignant parfois les 20 et 25%.

 

En parallèle et avant même la guerre de l’Ukraine, la clôture du budget s’annonçait déjà difficile, le gouvernement n’ayant pas trouvé d’accord avec le Fonds monétaire international, le robinet des prêts et aides internationaux. Maintenant, la situation des finances de l’Etat est sûrement pire. Certes les prêts et aides alimentaires reçus de certaines institutions financières et de certains Etats amis ont atténué quelque peu les pénuries. Mais depuis août 2022, les choses se sont corsées et les Tunisiens ont découvert avec stupéfaction la vraie situation du pays malgré les divers démentis des autorités. Café, beurre, jus, boissons gazeuses, eau minérale, sucre, riz, carburant… les problèmes d’approvisionnement touchent maintenant divers produits, uniquement ceux importés par l’Etat (les autres, même si les prix ont nettement augmenté, demeurent disponibles), et le gouvernement ne peut plus le cacher mais continue à faire des cachotteries sur la situation des finances du pays.

La veille, dimanche 29 août 2022, la ministre de l’Industrie, de l’Energie et des Mines, Neila Nouira Gongi, a confirmé que la pénurie de carburant est due au fait que les fournisseurs veulent être payé en avance, mais que les procédures prennent du temps et c’est devenu un phénomène mondial. Outre le fait de prétexter des problèmes de logistique liés à la Ticad 8.

La vérité est que la Tunisie n’est plus solvable, à cause des retards des payements à ses fournisseurs tunisiens et étrangers. Désormais, les fournisseurs demandent à être payés avant de livrer la marchandise pour garantir leur payement. En effet, plusieurs entreprises et organisations publiques ayant le monopole d’importation sont dans le viseur. C’est le cas de la Stir, qui a le monopole de l’importation du carburant, de l’Office du commerce de la Tunisie (OCT) qui a le monopole de l’importation des produits de bases (sucre, café, thé, …), l’Office national de l’huile, qui a le monopole de l’importation de l’huile, l’Office des Céréales qui a le monopole d’importation des céréales, la Pharmacie centrale, qui a le monopole d’importation des médicaments, … . Désormais, leurs fournisseurs exigent que toute livraison se fasse en cash.

Un expert du pétrole avait précisé la semaine dernière qu’«il y a des bateaux en rade aux ports de Tunis, Bizerte et Skhira, mais ils refusent de livrer tant que la Stir ne paie pas » et que les banques avaient refusé d’avancer à la Stir les crédits nécessaires. Chose qu’avait indiquée il y a une quinzaine de jour la Fédération générale du pétrole et des produits chimiques, relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui avait précisé que deux pétroliers étaient arrivés au port de Bizerte, le 3 août 2022. L’Etat a pu opérer, le 10 août dernier, le règlement financier du premier chargement d’essence sans-plomb, qui a, donc, pu être déchargé, mais n’a pas pu le faire pour la seconde cargaison qui est toujours au quai de Bizerte.

Mieux, le syndicat avait avoué que le gouvernement a dû recourir au stock de sécurité, qui a baissé depuis juin 2022.

 

Les problèmes financiers du pays ne touchent pas seulement les fournisseurs extérieurs, mais aussi les fournisseurs nationaux. Les retards de payement s’accumulent et certaines entreprises en ont fait les frais : elles se trouvent prises dans un cercle vicieux où souvent la faillite est la seule issue. Ainsi, ces sociétés n’étant plus payées, ne peuvent plus régler impôts et cotisations sociales et à cause de cela, l’Etat ne les paye plus en retour. A titre d’exemple, plusieurs entreprises de bâtiments et travaux publiques se sont retrouvées en péril et certaines ont dû déposer le bilan.

D’autres souffrent du non-paiement de la compensation. Si certains secteurs ont temporisé les augmentations salariales, d’autres se retrouvent dans une situation très difficile et carrément en péril.

C’est le cas du secteur laitier, l’Etat n’ayant pas payé la compensation aux industriels depuis treize mois, quatorze en comptabilisant le mois de juillet 2022. Aujourd’hui, l’Etat doit aux quatre usines qui restent sur les huit qui existaient, 260 millions de dinars jusqu’à fin juin 2022. Ce qui a obligé les industriels à recourir à l’emprunt pour combler cet afflux de trésorerie manquant mais ils ont atteint les limites de leurs capacités d’emprunt.

Idem pour les boulangers. Ils avaient décidé de ne pas augmenter leurs salariés n’ayant pas reçu leur dus de la Caisse de compensation depuis plus de douze mois. Et la grève a été évitée de justesse, grâce à la promesse du ministère du Commerce et du Développement des exportations de verser une partie des dus des boulangers de la Caisse de compensation. Même chose pour les stations-service qui refusent de signer l’avenant de l’augmentation salariale. Le gouvernement n’ayant pas augmenté leur marge bénéficiaire. En effet, sur les cinq augmentations successives du prix du carburant opérées depuis 2021, aucune hausse de la marge brute bénéficiaire des kiosques n’a été réalisée. Ainsi, leur marge est passée de 4,5% à 3,3%, soit un manque à gagner de 21 millimes par litre. Or, les professionnels ne réclament que 6,5 millimes de hausse, afin de faire face aux différentes hausses qu’ils ont subies et pour faire face à la prochaine augmentation salariale de leurs employés.

 

L’Etat vient d’ouvrir les souscriptions à la troisième tranche de l’emprunt obligataire national 2022, afin de mobiliser un montant de 350 millions de dinars. Dans les faits, les fonds levés au niveau national sont loin d’être suffisants et chaque mois doit s’endetter à court terme auprès des banques locales pour payer les salaires de la fonction publiques. Ne pouvant plus faire face à ses dépenses, il temporise le payement de ses fournisseurs et s’endettant avec des taux d’intérêt exorbitants à court terme pour le payement des salaires. Donc, il favorise la consommation à la production, portant atteinte à ses fournisseurs qui se trouvent dans des situations difficiles.

Une situation intenable. Depuis la révolution, l’Etat est devenu un pompier qui fait face qu’aux incendies déclarés. Aujourd’hui, cela doit cesser. Le pays est dos au mur et doit engager les réformes qui s’imposent pour sauver le pays. Ce n’est plus un choix mais un impératif, non pas dicté par le FMI ou une autre instance ou pays, mais uniquement par le bon sens. La Tunisie doit maitriser ses dépenses et les orienter à l’amélioration des conditions de vie (infrastructure, éducation, santé, etc.) et ne plus se contenter de verser les salaires et combler le déficit des entreprises publiques déficitaires. Plus que jamais, le pays a besoin d’entamer des réformes structurelles et de mettre en place un plan stratégique, permettant le changement du modèle économie. Ce qui permettra de drainer les financements nécessaires à ce changement de cap, pour une Tunisie meilleure.

 

Imen NOUIRA


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