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Noura Nouioui, Vice-présidente du GDA Pure Nature: «Rompre avec le stéréotype de l’ouvrière agricole»

Noura Nouioui est une femme guerrière, coriace. Originaire de Aïn Draham, une région appauvrie, connue pour son patrimoine forestier, mais aussi, pour ses hivers très et rudes, la vie ne lui a pas fait de cadeau. En bonne négociatrice, elle sait dénicher les subventions pour faire évoluer son exploitation agricole. Aujourd’hui, elle préside le GDA «Pure Nature» qui fédère plus de 300 artisanes et agricultrices de la région. Nous l’avons rencontrée, dans le cadre d’une visite effectuée lors de la distribution d’un don en nature (équipements de distillation)  accordé par l’ONG FNH 360, grâce à un financement provenant de l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie.

C’est dans sa maison située dans le village perché dans les montagnes de Kroumirie, Babouch (Ain Draham), que Noura Nouioui nous a reçus. Le sourire de bienveillance qui ne quitte pas ses lèvres et ses yeux qui pétillent d’intelligence trahissent sa détermination et son courage. Âgée de 57 ans, elle vient, tout juste, de partir à la retraite. Elle a derrière elle une longue carrière dans l’enseignement. Mais sa passion pour l’agriculture le dispute à sa vocation d’enseignante. Fille d’agriculteur, Noura est une femme active, dynamique et entreprenante. Les plantes aromatiques et médicinales constituent tout son monde. Autrefois, elles étaient la bouée de sauvetage à laquelle elle s’accrochait pour sortir de l’abîme dans lequel la maladie l’a plongée. C’est en tout cas ce dont elle est convaincue. Aujourd’hui, elle se consacre entièrement à ce qu’elle aime le plus: l’agriculture et plus particulièrement la culture des plantes aromatiques et médicinales. Elle est la vice-présidente du GDA «Pure nature», un groupement agricole qui a été créé en 2018 et qui regroupe plus de 300 femmes artisanes et agricultrices de la région. Elle est également présidente de l’association «Khemir environnement et développement».

Exportation des huiles essentielles et de la farine à base de glands de chêne de liège

Aujourd’hui, le GDA «Pure Nature» travaille sur plusieurs chaînes de valeur et filières : la fabrication de produits laitiers caprins, la filière des plantes aromatiques et médicinales et les produits qui en sont issus (les huiles essentielles, de massage et les produits cosmétiques) et le produit de la farine sans gluten à base des glands de chêne de liège. «La Tunisie est le troisième producteur mondial de farine à base de glands de chêne de liège. Elle est destinée aux personnes atteintes de la maladie cœliaque (intolérance au gluten). C’est un produit de qualité, si on le compare avec la farine de riz et de maïs», précise-t-elle. Noura voit grand et ne recule pas devant les difficultés. Être une agricultrice qui veut entreprendre et agrandir ses projets n’est pas une sinécure. Mais Noura est une femme coriace. Aujourd’hui, elle vise les marchés internationaux. «Nous sommes désormais certifiés Bio et nous obtiendrons bientôt la certification ISO 22000. Nous travaillons actuellement sur l’exportation vers le marché américain. La bonne nouvelle, c’est que nous avons désormais obtenu des commandes de clients français, britanniques et américains. Les Américains s’intéressent à l’huile végétale de lentisque et à l’huile essentielle d’eucalyptus et de cyprès. Mais nous exportons également la farine sans gluten à base des glands de chêne de liège vers le marché britannique. Quant au marché français, il est demandeur de tous les types d’huiles essentielles que nous fabriquons», ajoute-t-elle. En contact permanent avec les ONG et les agences de coopération internationales, elle ne rate pas les occasions et sait dénicher les subventions. Son seul souci est d’agrandir son exploitation, faire évoluer son activité et son groupement agricole.

Travaillant de concert avec les artisanes du groupement, elle est actuellement en train d’aménager une ferme pédagogique. «Quand un client nous rend visite, il peut cueillir les plantes aromatiques, voir le processus de production du fromage caprin ou de distillation des plantes médicinales. Il peut profiter du paysage forestier et se délecter des produits du terroir», explique-t-elle.

Prendre le taureau par les cornes

Mais les difficultés auxquelles elle fait face sont légion. Les faibles moyens dont disposent ces débrouillardes et vaillantes artisanes, le manque d’espace, la faible capacité de production face à l’évolution de la demande croissante des produits qu’elles fabriquent, et surtout l’absence d’appui des départements administratifs, s’érigent en obstacles au développement de leurs activités. Mais loin d’être défaitistes, Noura Nouioui ainsi que les artisanes de son GDA ont pris le taureau par les cornes et se sont retroussé les manches. Elles viennent d’acheter une parcelle pour y cultiver les plantes aromatiques. «Nous voulons vraiment développer et faire évoluer notre activité, agrandir la surface cultivable, accepter de nouvelles adhérentes au GDA qui fédère des femmes diplômées et non diplômées. Il est vrai qu’une bonne solidarité lie ces femmes vaillantes qui ne lésinent pas sur les efforts pour faire bouger les lignes», précise-t-elle. Dans le cadre de l’Action collaborative pour les exportations artisanales (Acea), un projet financé à hauteur de 15,5 millions de dinars par l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie et implémenté par l’ONG FNH 360, le GDA «Pure Nature» travaille, actuellement, de concert avec 11 GDA de la région du Nord-Ouest dans le cadre du cluster des plantes aromatiques et médicinales «Wiki Pam». L’objectif du clustering est de consolider les capacités de production de ces GDA. Le projet les a aidées à renforcer leurs compétences entrepreneuriales, commerciales et techniques. «Nous avons reçu plusieurs formations en communication, gestion de conflits, technique de vente, calcul de prix, pour acquérir des compétences soft skills mais aussi techniques. Cela nous a permis de nous affranchir des barrières à notre développement. On sait aujourd’hui, par exemple, comment faire le calcul des prix, on connaît toutes les caractéristiques médicinales des plantes aromatiques. Ce sont des formations qui nous ont permis d’acquérir les compétences nécessaires à la gestion et l’épanouissement de nos activités», fait savoir Nouioui. Elle ajoute: «L’initiative de fédérer des GDA issus des diverses régions du Nord-Ouest remporte un franc succès parce qu’au sein de la région, nous avons les mêmes us et coutumes et nous sommes confrontés aux mêmes difficultés. Tous les facteurs nous unissent et nous rapprochent».

Tous les GDA du cluster «Wiki Pam» travaillent de concert pour, in fine, arriver à vendre et exporter des produits de qualité. «C’est l’objectif même du concept de l’économie sociale et solidaire qui n’est pas, malheureusement, encore concrétisé», renchérit Noura. Le message qu’elle souhaite véhiculer, c’est qu’elle veut « rompre avec le stéréotype de l’ouvrière agricole».

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