Culture

Notes de lecture: Parcours. Chemins et sentiers de Tijani Haddad

Par Mustapha KHAMMARI

Il y avait foule dimanche dernier au Sheraton pour célébrer un livre et un itinéraire de vie passionnant, celui de Tijani Haddad, figure connue pas seulement du tourisme tunisien dont il avait présidé les destinées en tant que ministre, après avoir été pionnier de la presse touristique en Tunisie. Il a publié le premier magazine tunisien au contenu exclusivement dédié au tourisme, la Gazette Touristique, consacrée aux informations, points de vue et statistiques à propos du tourisme tunisien. On y trouvait toujours un regard sur l’évolution du marché touristique international dans sa relation avec le développement du tourisme tunisien. Le gouvernement projetait d’en faire un levier important au service du développement de l’économie tunisienne.

Pionnier de la presse touristique en Tunisie

Suivront L’Hebdo Touristique puis Tunisia News et Kaous Kouzah, revue à succès pour enfants qui fournissait du travail à l’imprimerie « Tunis Carthage » appartenant à l’auteur.

A la tête de la fédération internationale des journalistes et écrivains du tourisme, après avoir contribué à la création de fédérations africaines et méditerranéennes de tourisme, Tijani Haddad, qui a plusieurs cordes à son arc, a toujours été sur tous les fronts. Servir était son crédo. Le lecteur découvrira les facettes d’un communicateur né à l’abord facile, toujours prêt à répondre à ceux qui lui demandaient conseil. Il n’hésitait pas à faire aboutir des sollicitations de jeunes journalistes — et pas seulement — lorsqu’il se rendait compte qu’il pouvait leur rendre service. Il bouillonnait d’idées et communiquait son enthousiasme autour de lui pour faire bouger les jeunes en les exhortant à agir en concrétisant — par le travail et l’effort — leurs engagements dans les secteurs d’activité ou ils pouvaient faire valoir leurs compétences.

Le compter-sur-soi, valeur suprême

Tijani Haddad le souligne en postface  de son livre : « J’ai voulu, écrit-il, adresser un message aux jeunes de notre pays et leur prouver que le compter-sur-soi est la seule voie de la réussite », ajoutant: « Les écoles et les universités ne peuvent leur ouvrir qu’un chemin et c’est à eux de le parcourir selon leur choix, à leur rythme et en fonction de leur capacité d’endurance, de leur persévérance et de leur volonté de réussir ».

On perçoit en parcourant les « chemins et sentiers » cette volonté chez l’auteur de ne pas abdiquer devant les difficultés et les épreuves. Il a réussi son parcours parce qu’il croyait en la valeur travail et avait le don de savoir faire partager et adopter ses idées par ses interlocuteurs. Il a pu ainsi obtenir de banquiers et d’hommes d’affaires leur soutien pour ses projets et notamment son imprimerie. Jamais à court d’idées et d’arguments, il a, en journaliste fin connaisseur des arcanes de la scène nationale, su naviguer à travers les méandres de la  politique tunisienne en y laissant parfois des plumes lorsque son imprimerie transgressait les normes alors que ses rotatives tournaient pour imprimer un quotidien ou un magazine dissident ou appartenant à un parti d’opposition affichant un avis critique face à l’absence d’ouverture politique et démocratique.

Le marteau et la montagne

Le « Parcours, chemins et sentiers » est une chronique de belles années malgré les aléas qui les ont marquées. Elles affichaient une effervescence tantôt créatrice, parfois traduisant les hésitations et les erreurs d’une phase de construction d’un Etat qui, l’indépendance acquise, livrait une difficile bataille contre le sous-développement. Les errements rétrogrades de ce que le leader Habib Bourguiba appelait les démons du tribalisme, nourris par des haines, des ego démesurés et des divisions malmenaient le cheminement cahoteux des premières décennies de l’indépendance : Il fallait livrer bataille contre les conflits entre les néos et les anciens parrains du conservatisme rétifs aux coups de boutoir des néos qui narguaient l’inanité — et le ridicule — du défi illusoire «de l’impuissance du marteau face à la montagne. »  Des velléités d’émancipation des jeunes loups, fraîchement débarqués de la Sorbonne, la tête pleine d’idées, de Montesquieu et d’Auguste Comte, exprimaient leur hâte d’émancipation et leur opposition à l’immobilisme sclérosant.

J’évoque cette période parce qu’elle est le décor dans lequel évoluait le pays à moins de deux décennies de la proclamation de l’indépendance. Le parcours raconté par Tijani Haddad n’est pas étranger à cette phase de l’histoire de notre pays.  « Parcours. Chemins et sentiers » fait de son auteur un témoin de son temps. En scout « toujours prêt » à agir et à secouer les somnolences, il a, dans ses charges officielles et privées, tenté de créer les conditions d’une meilleure tenue du tourisme tunisien pour qu’il attire non seulement les touristes du monde entier mais  également  leur assurer les meilleures conditions d’accueil et de séjour. A travers les étapes de son parcours, on décèle sa volonté de marquer le tourisme tunisien de son empreinte, en innovant les méthodes de gestion et de promotion. Fort de son expérience multisectorielle, le ministre du tourisme, tel qu’il apparaît à travers le livre, a mis son expérience et ses connaissances en matière de communication et de contact avec les personnes et les entreprises et autres associations nationales et internationales compétentes qui pouvaient aider à faire connaître la destination Tunisie.

Louis de Funes, gendarme de Tunis

Il raconte les détails d’une première initiative promotionnelle de grande envergure : amener l’acteur français Louis de Funès alors en vogue pour sa série tropézienne et new-yorkaise de « gendarme ». Vêtu d’une tenue de policier de la circulation, il a joué « le gendarme à Tunis » in live, au centre de la capitale dans ce qui était la place d’Afrique, avenue Bourguiba, réglant la circulation devant les caméras de journalistes étrangers invités pour l’occasion. Les retombées de leurs reportages ont contribué à faire connaitre la Tunisie et à attirer un flux important de touristes.

Les initiatives innovatrices
se sont multipliées.

Encourageant d’une part les régions à créer leurs propres produits touristiques en organisant des festivals qui font revivre les traditions régionales et locales avec la promotion de leur riche patrimoine. Des voyages sont organisés surtout vers le sud avec des animations attractives qui mettent l’artisanat comme la cuisine locale à contribution et font connaître les vestiges archéologiques et les paysages féériques de la Tunisie.

Un effort particulier ciblait le Sud tunisien avec  son désert, ses oasis, ses canyons, son lever et coucher du soleil qui suscitent l’émerveillement des touristes du monde entier.

Outhna, site romain ressuscité

Parmi les initiatives spectaculaires prises par le ministre qu’il fut, l’auteur cite « la renaissance d’Uthina. C’est, écrit-il, «la plus grande et la plus importante de ces opérations(..) en faveur de la culture et du tourisme, la renaissance du site archéologique romain d’Uthina (aujourd’hui Outhna), un site majeur de cinquante hectares enseveli sous terre à trente km au sud de Tunis. »

L’auteur souligne les détails « d’une œuvre gigantesque » dont il a défendu la réalisation auprès de son successeur Mohammed Jegham à la tête du tourisme. Notre confrère Tahar Ayechi, féru de tourisme et auteur d’une page hebdomadaire de La Presse sur les richesses régionales et locales du tourisme tunisien, a bien mené l’opération en tant que chef de ce grand chantier.

Une œuvre colossale qui a mis en lumière un fabuleux site romain. Je me souviens du dîner romain organisé dans ce site en présence d’une foule d’invités, réveillant les arômes de recettes romaines à base de figues et d’herbes aromatiques.

D’autres évènements importants sont cités sur le parcours de l’auteur et des anecdotes dont certaines concernaient la première rencontre avec le Président Ben Ali —  Dieu l’accueille dans Sa grande Miséricorde — et qui a failli faire avorter l’audience.

Tijani Haddad explique que le Président Ben Ali — l’avait reçu sur recommandation du regretté Slah Maâoui, alors conseiller du chef de l’Etat, qui a demandé à Slah Maâoui, journaliste et ex-directeur du journal La Presse de lui proposer une liste de personnalités qui pouvaient servir le pays.

La lecture de ces anecdotes et des sentiers de la vie publique par lesquels est passé l’auteur est révélatrice et intéressante à suivre parce que ces anecdotes permettent de connaître les péripéties peu connues d’une période dans laquelle se déroulent les évènements racontés par l’auteur.

C’est une phase clé dans l’histoire de notre pays dont les acteurs qui ont meublé les péripéties — excepté, heureusement rares, ceux qui faisaient de la figuration dans tous les domaines — sont appelés à écrire leurs parcours et en proposer le contenu aux Tunisiens qui veulent connaître l’Histoire afin d’en tenir compte pour le présent et l’avenir, en éviter les errements et en tirer le bon exemple à suivre.

Dans l’avant-propos de son livre, l’auteur écrit : « Le devoir m’interpelle pour contribuer un tant soit peu, ne serait-ce que par une participation d’idées, à la sauvegarde de notre Tunisie ». Il ajoute : « Je ne suis pas de ceux qui à la première épreuve, aussi grande qu’elle soit, baissent les bras. » L’auteur place ainsi le cadre dans lequel il a écrit son livre et les objectifs auxquels il aspire en mettant à la disposition des lecteurs l’itinéraire édifiant d’un Tunisien qui a cru que son pays peut bien progresser et peut prétendre occuper les hautes cimes du progrès.

Apprendre un métier, c’est garantir son avenir

La Tunisie dispose d’atouts naturels, de compétences et les Tunisiens peuvent  transcender leurs difficultés lorsqu’ils se mettent au travail et comptent sur leurs propres capacités pour atteindre le meilleur. L’auteur offre a travers son propre parcours l’exemple de son enfance et de sa jeunesse  à Sfax, indiquant qu’il est issu d’une famille plutôt modeste dont le père, « un petit commerçant de quartier qui  n’a jamais failli à nous procurer  le nécessaire ». Il suivait à la loupe ses activités à l’école « mais également mes activités extrascolaires ». Il faut dire qu’à travers le livre, on perçoit combien il voulait le pousser à  compter sur lui-même et vaincre les difficultés qui pouvaient  se dresser devant son cheminement. « Il  me répétait toujours le proverbe réputé à Sfax : « Apprendre un métier, c’est garantir son avenir ».Expression d’un moment d’émotion intense lorsque l’ auteur écrit : « Aujourd’hui (…) je pense à mon père et à ma mère qui ont enduré les soucis de mon enfance et qui  n’ont pas goûté aux fruits de l’arbre qu’ils avaient entretenu » .

Parcours. Chemins et sentiers est un plaidoyer exaltant les valeurs cardinales que sont les vertus du travail et du compter-sur-soi ainsi que l’attachement aux valeurs universelles de coexistence, d’entraide et de solidarité.

J’ai lu le livre et je suis heureux d’en présenter une première lecture que La Presse a bien voulu publier.

Je le relirai avec plaisir pour en apprécier davantage les chemins et les sentiers qui décrivent une période vécue par une génération dont je fais partie. J’ai trouvé dans ce livre un cheminement passionnant et j’attends de mon ami Tijani haddad qu’il aille plus loin dans un prochain livre dans l’analyse des hauts et des bas d’une période faste dont les choix bons et mauvais pèsent encore sur la vie économique et politique de notre pays.

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