Economie tunisie

Nizar El Bez, directeur marketing de «YallaFid»: «Notre rêve est de voir tout le monde bénéficier de la technologie africaine»

Lancée il y a près d’un mois par Wajih Belaid, un jeune entrepreneur tunisien aguerri, avec sa forte expérience dans le domaine du commerce, «YallaFid» est une startup qui vise loin. «Grâce à son programme de fidélisation client et à son business model innovant, l’application offre la possibilité au commerçant lambda, quelle que soit sa taille, de prendre le train du E-commerce en marche. «Ce qu’on cherchait réellement c’est de créer un écosystème semblable au marché réel», souligne le directeur marketing de YallaFid, Nizar El Bez. Dans cet entretien, il s’épanche sur les ambitions de l’équipe d’une startup qui vient de naître mais qui voit grand.

Présentez-nous YallaFid ? Et comment l’idée de créer une startup dans le domaine du E-commerce est venue ?

L’idée était de démocratiser le E-commerce et de fidéliser le client sur le marché économique nord-africain, d’une manière générale. On a commencé par la Tunisie, vu que c’est là où on connaît plus de monde et où on connaît l’écosystème et le comportement du client. «YallaFid» est réellement une plateforme plus qu’une application. C’est une plateforme où les commerçants de toutes tailles et les consommateurs tunisiens ou nord-africains, d’une manière générale, trouvent leurs comptes. Il faut peut-être commencer par expliquer un peu le contexte général. Actuellement, avec la crise Covid, on est passé à une cadence très rapide du développement du E-commerce de vente en ligne. Ce qui fait que nous avons eu un certain nombre de startup ou d’organisations internationales qui se sont implantées sur le marché. Leur business model est basé sur la participation des gains avec les commerçants. Ce qui a réellement fait grimper d’une manière colossale les prix d’au moins de 15% pour laisser éventuellement la part du marché pour les «marketplaces» existantes. Deuxièmement, actuellement on voit beaucoup de ventes en ligne qui se font à travers les réseaux sociaux : on collabore avec des entreprises ou peut-être des personnes même sans structures, on commande des articles et on reçoit parfois autre chose. On paie et on ne sait pas si on va recevoir le produit, on prend des risques. Ce qui fait que même si, en apparence, le marché tunisien se développe, réellement le marché n’est pas en train de se développer, en comparaison avec ce qui se passe à l’échelle internationale. Mais nous, on apprécie réellement ce changement de comportement chez les Tunisiens. La question des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux pose également problème aux commerçants qui veulent vendre et promouvoir leurs produits en ligne. Car, elles nécessitent des sommes colossales en devises alors que les montants en devises autorisés par l’Etat sont dérisoires. Aujourd’hui, il faut un minimum de 100 euros par jour pour faire de la pub sur les réseaux sociaux, alors que les boutiques en ligne paient beaucoup plus que cela pour commercialiser leurs produits. Il va sans dire que les coûts de la publicité en ligne se répercutent sur les tarifs applicables aux consommateurs. Ce qui rend les prix des produits vendus en ligne moins compétitifs et moins attrayants. Donc, voyant tout cela, on a pensé à mettre en place cette plateforme «Yalla Fid» qui aide un peu le commerçant à résoudre certaines problématiques. Sur «Yalla Fid» le commerçant, peut avoir, tout de suite, un programme de fidélité qui lui est adapté. Il a un certain nombre de fonctionnalités dans l’application. Il peut créer une carte de fidélité en un seul clic. Il peut voir son portefeuille clients et garder cette proximité entre clients-entreprises à travers les modifications et les échanges d’informations. Il peut aussi avoir sa boutique en ligne instantanément d’une manière ergonomique simple. On n’a pas besoin d’avoir un diplôme en informatique pour manipuler l’outil et on n’a pas besoin, non plus, d’avoir des compétences en marketing pour commercialiser ses produits sur la plateforme. Donc, plus de simplicité, plus de clarté surtout que notre Business Model n’est pas fait pour partager les gains avec les commerçants. Il est basé sur les coûts d’utilisation de l’outil lui-même.

Aujourd’hui, on offre des mois de gratuité pour lancer l’application, certes, pour permettre aux gens de l’utiliser et l’essayer. On va commencer, à partir d’un panier à 30 dinars par mois pour que ça soit accessible à tout le monde, même le commerçant du quartier. Il peut exposer sa marchandise, faire des promos, des remises et garder ce contact de proximité avec ses clients et les fidéliser. Du côté du client, l’application lui permet d’entrer en contact direct avec les commerçants et non pas à travers une boutique en ligne. Pour l’utilisateur, il va consulter la marchandise en ligne comme il souhaite suivant un flux de trafic qu’il va choisir lui-même en le personnalisant. Il y a un contact direct entre le commerçant et le client. En même temps, on garantit que chaque exposant sur notre «marketplace» dispose d’un document juridique qui prouve que c’est une entreprise réelle et que ce ne sont pas des personnes fictives. Cela peut aussi aider à formaliser certains business qui restent encore dans l’informel et qui commercialisent leurs produits à travers des pages sur les réseaux sociaux. De plus, le client a toute une panoplie de catalogues en ligne qu’il recevait auparavant sous forme de publipostage papier qui finit dans les poubelles. On a centralisé, en fait, tout ce qui est trafic de flyers, publipostages pour qu’ils soient diffusés d’une manière électronique sur la plateforme. En même temps, le client peut bénéficier de points de fidélité sur chaque article qu’il achète sur la plateforme. Ces points de fidélité (il reste quelques arrangements à trouver entre différents partenaires), seront, dans un futur proche, convertibles et donc utilisables chez différents commerçants. Par exemple, un client qui gagne des points de fidélité en se rendant dans un café à Sfax peut les utiliser pour manger dans un restaurant à Tunis. Le concept peut être applicable à une enseigne de prêt-à-porter qui peut tisser un partenariat avec une enseigne d’électroménager. Cela permet aux partenaires de gagner de nouveaux clients et de piocher chacun dans le portefeuille clients de l’autre.

Donc, vous estimez que la solution technologique proposée par «YallaFid», contribuera à la consolidation du E-commerce en Tunisie ?

Pourquoi aujourd’hui le E-commerce en Tunisie ne va pas aussi vite que dans d’autres pays frontaliers ? Ce retard peut être expliqué par différentes raisons. La première des choses c’est que le client ne fait pas confiance au commerçant s’il ne le connaît pas. Donc il a du mal à payer et à avancer de l’argent en ligne. On a résolu le problème du fait que le commerçant est identifié sur l’application. On peut consulter son profil, les produits qu’il vend, avec les prix qui sont affichés. Deuxièmement, nous garantissons que chaque partenaire a un document juridique qui prouve que c’est une entreprise. Et éventuellement, après l’expérience avec le commerçant, le client reviendra sur l’application pour laisser un commentaire et donner une note qui va servir, petit à petit, à créer le «branding» positif ou négatif du commerçant. Autre chose, avec le comportement actuel du Tunisien, il cherche de plus en plus de confort. Il aime bien être servi et livré chez lui, même pour des petits articles qu’il achète chez l’épicier. Donc, le fait de disposer d’une panoplie de produits et de services allant de l’électroménager jusqu’aux appareils médicaux (aujourd’hui, on a un partenaire qui vend des appareils médicaux), en passant par la confiserie, les gâteaux… et le nombre des partenaires est de plus en plus croissant, le client trouvera tout ce qu’il lui faut sur l’application, et donc il sera bien servi. Troisièmement, les commerçants ont du mal à commercialiser leurs produits, en raison des coûts très élevés des campagnes publicitaires. En effet, vous devez souvent faire partie d’une marketplace internationale implantée en Tunisie qui a un Business Model qu’elle applique à la lettre sans prendre en considération le comportement tunisien. Et puis, avec l’application «Yalla Fid» il n’est plus nécessaire de payer des montants en devises pour faire de la pub pour son produit en ligne. Pas de devises, alors moins de barrières à l’entrée. Le E-commerce sera, alors, accessible à tout le monde. Quatrièmement, l’application est simple, ergonomique et multiligue. Un service d’assistance est également mis à disposition des commerçants afin de les aider à vendre leurs produits. Normalement, on a inclus tout le monde dans ce concept. Donc il n’y a pas de barrières à l’entrée, on ne demande pas de devises, on ne demande pas de pourcentage sur la vente et on simplifie la vie à tout le monde. Il n’est pas nécessaire de réaliser des millions de dinars de chiffre d’affaires pour être un partenaire. On peut être un épicier, comme on peut être un café ou une grande enseigne.

Est-ce que vous vous attendez à un certain engouement pour «Yalla Fid» de la part des commerçants en Tunisie ?

Oui. Et en réalité, ils sont plus séduits par le programme de fidélité, qu’ils peuvent mettre à disposition de leurs clients, que par la boutique en ligne. Même si on a sous-estimé le fait que les commerçants cherchent aujourd’hui à fidéliser leurs clients et ils en sont aujourd’hui conscients, indépendamment de leurs niveaux intellectuels ou de culture générale. Aujourd’hui, ils sont réellement séduits par le fait d’avoir les mêmes mécanismes de fidélisation clients que les grandes enseignes. La fidélisation client est restée longtemps limitée aux grandes enseignes du fait des contraintes budgétaires et puisqu’elle nécessite aussi des compétences techniques. Aujourd’hui, avec ce concept, n’importe qui peut fidéliser ses clients. Les cartes de fidélité sont électroniques, (donc il n’y a plus de coût d’impression de cartes). Les programmes de fidélité sont inclus dans l’outil, le partenaire, aujourd’hui, peut utiliser l’application «Yalla Fid Partenaires» pour piloter ses programmes de fidélité. Pour les chevronnés, ils peuvent ouvrir l’outil sur un PC et, du coup, ils ont intégralement un tâche board qui leur permet de voir l’évolution du comportement client, le panier moyen, le chiffre d’affaires réalisé et aussi d’exploiter le portefeuille clients. Cela leur permet d’étudier les comportements et orienter un peu stratégiquement ce qu’ils peuvent vendre ou, au contraire, laisser tomber. Ils sauront sur quel bouton appuyer pour développer leurs ventes. Je dis bien que tout le monde pourrait le faire. Après, il va y avoir le système de notification pour informer les clients des nouveautés, des remises, des promos et qui permet aux commerçants d’échanger directement avec leurs clients.

Vous ne craignez pas la concurrence ?

La vérité, on ne craint pas une concurrence. Eventuellement, dans n’importe quel domaine, il doit y avoir de la concurrence. En tout cas, le monopole en Tunisie n’existe plus depuis quelques années. La solution que nous proposons est innovatrice et généraliste. On ne craint pas la concurrence. Au contraire, la concurrence ne peut que développer davantage le marché. Si je vais être un peu plus mathématicien, je vous dirais qu’aujourd’hui, si on a 5% de parts de marché à acquérir, demain, avec la concurrence on aura 10%, 15% et il y aura toujours des parts de marché pour tout le monde. Au contraire, la concurrence va développer le business. Aujourd’hui les parts de marché du E-commerce en Tunisie, c’est epsilon par rapport à ce qu’on pourrait faire dans les années à venir. Et on voit très bien les exemples dans les pays nord-africains comment ils se sont développés. C’est très rapide.

Depuis quand le projet a-t-il été lancé ?

Le projet a été lancé depuis plus de deux ans. L’application a été lancée au mois de juin précédent. A ce jour nous comptons près de 4.000 utilisateurs et une quarantaine de partenaires issus de différentes villes et de différents domaines d’activités. Et c’est ce qu’on cherchait réellement : créer un écosystème semblable au marché réel. On ne voulait pas se concentrer sur une niche spécifique. Et ce qu’on cherchait surtout c’est d’adopter des secteurs d’activités qui n’étaient pas inclus dans le E-commerce. En gros, il y avait des activités qui ne vendaient pas en ligne, tels que les artisans qui commercialisent, souvent, leurs produits grâce au bouche-à-oreille et aux recommandations. Ce sont des gens qui ne communiquaient pas. Aussi, tout ce qui est activité B2B, avant, était limité à une niche et aux commerciaux de terrain. Aujourd’hui, on a compris qu’avec la communication grand public, je peux toucher la niche visée.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées lorsque vous avez décidé de vous lancer dans ce projet ? 

Éventuellement, comme n’importe quelle start-up, on rencontre tout le temps des difficultés. Pour commencer on peut parler des procédures. Parfois, on a des textes de loi qui ne sont pas appliqués. Il y a un texte de loi très généraliste qui ne précise pas spécifiquement les critères d’éligibilité permettant de bénéficier d’un tel avantage. Il y a, aussi, la réactivité des institutions financières. Aujourd’hui, on a des start-up, des idées très novatrices. En fait, il y a plein d’autres solutions dans d’autres domaines d’activités qui sont aussi innovatrices mais les institutions financières ne suivent pas. On est toujours sur le modèle archaïque et la valorisation du patrimoine pour pouvoir aller de l’avant et investir dans un tel projet. On voit mal aujourd’hui qu’une application pouvant rapporter gros, même si on voit tout le temps des licornes qui lèvent des millions de dollars en un seul coup. On est vraiment sur un système où la sécurité doit être à 10% et le risque à 0% et on ne voudrait pas prendre de risques avec les jeunes aujourd’hui. Après, au niveau des compétences, on ne cherche qu’à se développer. On a tout ce qu’il faut dans cette jeunesse tunisienne, on croit beaucoup à nos idées, il faut surtout concrétiser les idées.

L’Afrique est un marché que vous ciblez. On sait que c’est un marché à la fois prometteur et difficile. Comment comptez-vous vous y prendre et quels sont vos objectifs pour la période à venir ?

En termes d’objectifs, notre principal but est beaucoup plus noble qu’un chiffre d’affaires. Notre rêve est que chaque Africain puisse avoir une application «YallaFid» adaptée à son pays, ses articles, ses partenaires et ses propres clients et que tout le monde puisse aussi bénéficier de la technologie africaine. Aujourd’hui, on a trouvé un très fort appui du côté de nos amis algériens. Ils ont été les premiers qui ont investi dans cette application. Ils nous ont supporté et nous ont ouvert grandes les portes. On vient de signer un premier accord avec eux. Et on va se lancer très rapidement parce qu’on a trouvé l’appui demandé du côté algérien. On a aussi des contacts par-ci par-là, et ce n’est pas un réseau de contacts d’amis et de familles. Ce sont des gens qu’on a pu rencontrer sur les réseaux sociaux professionnels et auxquels on a frappé à leur la porte et expliqué le concept. Ils étaient convaincus par l’idée. On leur a apporté tous les éléments. On les a séduits par notre idée. Actuellement, on a des négociations avec la Mauritanie. On a de très bons contacts avec eux. Le Sénégal aussi et le Burkina Faso. On a des contacts un peu partout. Le marché africain est extrêmement sollicité, depuis des années. Avant, il était hypersollicité par les Européens et très peu exploité par les Africains eux-mêmes. Les Chinois ont découvert récemment l’opportunité africaine. Il y a plus d’échanges commerciaux aujourd’hui entre Afrique-Europe qu’entre Afrique-Afrique. Et on voit les ONG internationales qui s’implantent un peu partout en Afrique et qui essaient de trouver une collaboration gagnant-gagnant entre Africains. Aujourd’hui, les Africains optent pour les partenariats avec les Africains plus qu’autre chose. Ils croient vraiment aux compétences africaines. En outre, culturellement parlant, on n’est pas vraiment très loin l’un de l’autre. On a presque les mêmes comportements d’achat. En termes d’infrastructures, il y a certains pays dont le niveau est au-dessus de celui de la Tunisie et d’autres en-dessous mais on est semblable. On parle le même langage même si on ne parle pas la même langue. On a les mêmes objectifs : développer ce continent. Pour eux, n’importe quel projet innovateur qui se crée en Afrique est un exploit pour tous les Africains. Au contraire, ils sont fiers de collaborer avec une entreprise africaine, plus qu’autre chose. Pour moi, il y a beaucoup de points communs et il y a plein de points positifs surtout, avec les pays nord-africains avec lesquels on a une étroite collaboration et avec lesquels les frontières s’estompent quand on échange entre nous.

Que direz-vous en guise de conclusion ?

Aujourd’hui, on a l’idée et il reste encore d’autres pas à franchir pour développer la vente en ligne et le E-commerce en Tunisie. Je voudrais qu’on franchisse le pas. Si on n’est pas aujourd’hui en train de commercialiser nos produits et services en ligne, c’est qu’on est un peu en retard par rapport à ce qui se passe dans le monde. Le commerce en ligne est l’avenir et si vous pensez développer votre business, c’est maintenant ou jamais de prendre le train et de franchir le pas et d’aller vraiment exposer vos produits et services en ligne. Aujourd’hui, l’application offre l’opportunité gratuitement à tous les partenaires qui frappent à notre porte d’être assistés et accompagnés pour exploiter l’outil et développer leur façon de faire, le comportement client et fidéliser leur clientèle. Nous espérons que cette startup tunisienne aille de l’avant et ait davantage d’opportunités sur le continent africain.

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