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Naufrage du système éducatif: Qui sont les coupables ?

Par Ridha ZAHROUNI | Président des l’Association de parents des élèves

Tout citoyen est tenu de se poser des questions au sujet de la réalité de notre école et de son avenir, notamment en tant que parent d’élève, la constitution l’a chargé, avec l’Etat, de défendre les droits de ses enfants à l’éducation et à l’enseignement, à côté de leur droit à la dignité et à la santé. Sur un autre plan, la loi autorise les  associations civiles, à évaluer le rôle des institutions de l’Etat et à formuler des propositions en vue d’améliorer leur rendement. Et dans ce contexte de devoirs et de droits, on devrait s‘interroger sur l’implication des responsables politiques de notre pays, ceux qui sont au pouvoir et ceux qui sont dans l’opposition, de nos professionnels de l’éducation, des spécialistes, de la société civile, également, avec son élite et ses défenseurs des droits de l’Homme dans le désastre que connaît notre système éducatif à cause de l’incompétence, l’opportunisme et la non-assistance à une enfance en danger et une jeunesse à la dérive.

Incompétence —  et on pèse les mots. Nos responsables, dans leur majorité, mélangent les principes élémentaires de la bonne gouvernance et de la vraie planification, ils sont incapables, à ce jour, de mettre en place des stratégies efficaces et bien conçues pour sauver le secteur de l’éducation avec des objectifs bien identifiés devant être réalisés dans un temps long et moyen, tout en répondant aux exigences de l’urgence et de l’immédiateté. Ils ne savent pas faire la différence entre vision stratégique, vision opérationnelle ou programmation annuelle et faire la distinction entre objectifs et actions et entre causes et effets.

Ils confondent les différentes fonctions de l’école, à savoir l’éducation, l’enseignement,  l‘habilitation et la culture et leur interaction mutuelle et avec les phases d’enseignement, le préscolaire, le primaire, le préparatoire, le secondaire, le supérieur et la formation professionnelle. Que chacune de ces fonctions et de ses phases d’enseignement a ses propres spécifications et exigences tout en étant complémentaires les unes  avec les autres.

Lorsqu’on constate que, jusqu’à aujourd’hui, ces responsables essaient de montrer notre école sous son bon côté, tout en continuant en même temps à patauger, en organisant réunion après réunion, séminaire après séminaire, et journée d’étude après journée d’étude, pour diagnostiquer les causes du décrochage scolaire, de la chute du niveau scolaire ou de la recrudescence de la violence scolaire, pour solliciter des recommandations, il faut croire qu’il y a de quoi s’inquiéter sérieusement.

L’opportunisme, le péché mignon des députés et des gouvernements passés. Pendant plus d’une dizaine d’années, ils n’avaient de souci que pour leur ego, leurs propres intérêts et les sièges sur lesquels ils sont assis. Ils se contrebalançaient de la situation de notre école. Certainement qu’ils ne se sentaient pas concernés car ils ont les moyens de payer les cours particuliers à leurs enfants, ou recourir à l’enseignement privé ou même à l’étranger. Les organisations professionnelles, de leur côté, ont fait de nos enfants une monnaie d’échange à chaque bras de fer qu’ils livrent avec la tutelle, pour des enjeux et des revendications purement professionnels, parfois politico-politiciens, mais toujours sans aucun lien ni avec les intérêts de l’élève, ni avec la qualité de l’enseignement, qui va de mal en pis. 

Non-assistance à une enfance en danger et une jeunesse à la dérive. Tout ce monde ose nous parler de liberté, de démocratie de dignité, de solidarité ou d’un avenir radieux pour la Tunisie, alors qu’ils restent muets et depuis des années sur la condamnation d’un peuple entier avec ses générations présentes et futures, nos enfants et nos petits enfants, à l’ignorance, l’analphabétisme et la marginalisation. Un gaspillage incommensurable de nos ressources publiques et humaines, voire de l’humanité de nos jeunes condamnés à l’impuissance intellectuelle, et à l’exclusion culturelle, économique et sociale.

Des accusations sans preuves pourraient être condamnables et condamnées. Des preuves, tous les Tunisiens voient de leurs propres yeux l’avenir incertain de leurs enfants, la montée de l’analphabétisme. Ils n’ont plus confiance ni dans l’école, ni dans les enseignants, ni dans les gouvernants, ni dans l’avenir. Celui qui a les moyens, financiers ou intellectuels, pourrait croire en quelque chose, et ceux qui ne les ont pas, ils ne croient plus en rien.  Ce tableau sombre caractérisant la période pré 25-juillet 20211 et post-14 janvier 2011, durant la quelle la Tunisie a connu une gestion irresponsable, pour ne pas dire criminelle.  Espérons qu’on réalisera la gravité de la situation et qu’on prendra conscience des priorités, notamment celle d’entre elles qui doit porter sur la mise en place d’un Conseil national de l’éducation et de l’enseignement et qu’on pourra étendre sa dénomination et sa fonction à la formation professionnelle. Ce conseil devrait engager et piloter avec professionnalisme en mettant les intérêts de l’élève et de la nation en ligne de mire,  le projet de la réforme de notre école en toute urgence. C’est notre salut à tous.

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