Economie tunisie

Mourad Ben Mahmoud  — Expert-comptable: «70% des PME tunisiennes enregistrent une baisse de leur chiffre d’affaires»

En marge de la conférence de presse  organisée par la Conect et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), en collaboration avec le cabinet d’Audit et de conseil HLB GSAudit & Advisory et l’Institut de sondage One to One, nous avons rencontré  Mourad Ben Mahmoud, expert-comptable, qui nous a donné d’amples détails sur les résultats du baromètre de la santé des PME tunisiennes (Miqyes), un an après la propagation de la pandémie du covid.   

Un an et demi après la propagation de la pandémie du covid, comment évaluez-vous  les résultats de la cinquième édition de Miqyes ?

Il faut dire qu’on s’attendait, avec les mesures, les restrictions sanitaires et les perturbations d’ordre logistique engendrées par le covid, à une forte détérioration de la santé des PME en Tunisie durant les deux dernières années 2020 et 2021. Les quatre premières éditions de Miqyes (2016-2019) ont montré que presque le quart du tissu des PME tunisiennes était déjà en difficulté commerciale et financière. Avec le covid, c’est environ la moitié des PME sondées qui se considèrent fragilisées. Pour 2020, 70% ont enregistré une baisse de leur chiffre d’affaires et seulement 41,6% ont déclaré avoir réalisé un bénéfice comptable.

La situation est critique, parce que quand la majorité des entreprises deviennent en difficulté, quel que soit leur secteur d’activité ou leur taille, le secteur privé n’est plus capable de se redresser.

Le baromètre Miqyes montre que l’employabilité est incertaine au sein des  PME. Quelle est votre perception sur cette situation ?

L’enquête Miqyes montre que le solde net des emplois chez les PME a été négatif de -0,7 poste en moyenne en 2020, alors qu’il était nettement positif lors des précédentes éditions. C’est le secteur du commerce qui a enregistré la plus grande perte d’emplois. En effet, le solde net d’emplois pour ce secteur est de -1,5 poste en moyenne par entreprise.

Le secteur de l’industrie s’est montré, quant à lui, le plus résilient en maintenant son capital humain.

Quant au secteur des services, il a enregistré une baisse relative de son solde net des emplois de – 0,7 poste, principalement des non -cadres.

Il faut préciser que ce sont les PME de taille moyenne (de 20 à 99 salariés) ou grande (de 100 à 199 salariés) qui emploient le plus et qui ont un impact positif ou négatif.

Par ailleurs, le solde net des emplois dans le secteur de l’industrie était techniquement moins touché que les autres secteurs. En effet, durant la crise sanitaire, l’industrie avait plus de visibilité que les autres secteurs, comme le tourisme, le transport, la restauration ou les loisirs et la culture. Bien que perturbée par le dérèglement des flux logistiques d’importation et d’exportation des biens et des services, elle pouvait toujours mobiliser ses effectifs dans des préparations de commandes, des travaux de maintenance…etc. De plus, le dérèglement logistique rend la disponibilité immédiate d’une main-d’œuvre opérationnelle, un facteur important pour l’entreprise industrielle pour honorer ses engagements.

Est-ce que ces entreprises ont bénéficié des aides de l’Etat ?

Il faut d’abord savoir que 68% des PME en Tunisie sont petites, employant entre 6 et 9 salariés. Ces PME, ayant le plus de difficultés financières, ont moins bénéficié des mesures de sauvetage mises en place par le gouvernement. Sachant que la plupart des PME n’en ont pas adhéré aux programmes d’aide et celles qui y ont adhéré n’en ont pas bénéficié.

A titre d’illustration, la mesure la plus populaire, qui a le mieux fonctionné et qui consiste en l’octroi d’une aide de 200 DT par employé, n’a mobilisé que 41,2% des entreprises contactées, bien que près de 60% des entreprises demandeuses déclarent en avoir effectivement bénéficié.

Pour les quatre autres mesures phares ciblant les entreprises, celle de l’échéance des charges fiscales n’a pas eu un grand engouement, puisque peu d’entreprises ont déclaré y avoir eu recours (16,3%) et 52% des demandeurs déclarent en avoir bénéficié. Pour la mesure relative au report des charges sociales, 1/4 des entreprises demandeurs en ont bénéficié.

Quant à la restitution du crédit de TVA, seulement 11% des entreprises l’ont demandée, moyennant un taux de 34,5% de réponses positives.

Enfin, pour l’obtention d’un prêt garanti par l’Etat, 1/5 des entreprises ont déposé des demandes, dont 28% seulement en ont bénéficié. Bref, le taux de réponses positives à l’ensemble des mesures est assez modeste, comparé à l’ampleur des dégâts immédiats et projetés des restrictions sanitaires imposées sur les entreprises.

Face à cette situation de crise, les banques jouent un rôle très important dans le financement des PME. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le problème réside dans la relation des entreprises avec les banques. Nos différentes éditions de Miqyes montrent que les PME recourent de moins en moins aux crédits de gestion et autres instruments bancaires de financement  d’exploitation. La demande s’est accentuée en 2020. Ainsi, 17% des PME ont recouru aux crédits de gestion.

Le faible financement des entreprises par les banques rend hypothétique tout recours au système bancaire comme levier pour soutenir le secteur privé.

Le rôle du secteur financier, pour réduire l’impact du covid, est difficile à cerner. Les banques sont soumises à une réglementation et disposent d’une indépendance de décision et de gestion.

Dans ces conditions, il faudrait impérativement installer un programme  ambitieux d’accompagnement des PME visant l’identification de leurs besoins financiers et logistiques.

A ce titre, la coordination avec les experts comptables et les structures de promotion de l’entrepreneuriat, comme les centres d’affaires,  fournira un accompagnement adapté aux PME dont la majorité  est de petite taille.

Il est aussi important de mettre en place des actions de suivi et d’évaluation pour débloquer les fonds et réconcilier les banques avec les PME.

En conclusion, l’opération de sauvetage des PME tunisiennes permettra de sauver les emplois. On devrait adapter rapidement les mécanismes et programmes existants de l’emploi pour préserver les emplois existants, réintégrer les personnes ayant perdu leur travail.

L’article Mourad Ben Mahmoud  — Expert-comptable: «70% des PME tunisiennes enregistrent une baisse de leur chiffre d’affaires» est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.


lien sur site officiel

Source :

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page