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LES CHUCHOTIS DU MARDI | Chefs de la diplomatie dans le monde arabe : ces hérauts qui n’ont rien d’un héros !

Crédit : RYAD KRAMDI / © AFP

Par Abdel Aziz HALI

La suspension de la cheffe de la diplomatie libyenne, Najla Al-Mangoush, de ses fonctions par le Conseil présidentiel (CP), lui interdisant de surcroît de quitter le territoire pendant la durée de l’enquête « pour des violations administratives », a non seulement pris à contrepied le gouvernement Dbeibah, mais aussi laissé plusieurs observateurs s’interroger sur le statut d’un ministre des Affaires étrangères au pays de Omar Al-Mokhtar.

Mme Al-Mangoush est-elle vraiment la patronne de la politique étrangère du gouvernement libyen de transition ou tout simplement un simple fonctionnaire dans un cabinet ?

Doté d’un Parlement bicaméral — le Haut Conseil de l’État (la chambre haute, l’équivalent du Sénat) à Tripoli et la Chambre des représentants (la chambre basse) à Benghazi—, et pourtant le Conseil présidentiel — l’organe à la tête du pays depuis le 10 mars 2021, dirigée par une Troïka représentant chacune des trois régions historiques de la Libye: le président Mohammed el-Menfi (Cyrénaïque) et les deux vice-présidents Moussa al-Koni (Fezzan) et Abdullah Hussein Al-Hafi (Tripolitaine) — agit comme s’il était le « Congrès général du peuple » de l’époque de Kadhafi.

De la terra nullius politique sous le chapiteau de la Jamahiriya et son livre vert au partage des pouvoirs sous la règle du consensus et du respect des équilibres des forces tribales et armées du pays, en passant par une décennie de guerre civile, la Libye ne fait pas l’exception en termes de gouvernance dans le monde arabe.

Si les monarchies arabes concentrent tout le pouvoir et surtout le volet de la politique étrangère entre les mains du souverain en place ou celles du prince héritier, les autres républiques ne dérogent pas à cette règle, en réduisant le rôle de leurs ministres des Affaires étrangères à de simples vecteurs ou à de modestes hérauts pour transmettre des messages et des proclamations solennelles.

Nous sommes à des années-lumière du charisme de l’ex-chef de la diplomatie irakienne Tarek Aziz (1983-1991) ou de l’aura de l’ex-ministre des A.E. tunisiennes (1962-1964) et ex-président de l’Assemblée générale des Nations unies (1961-1962) Mongi Slim, voire du rayonnement diplomatique de l’ex-secrétaire général des Nations unies (1992-1996) et de la Francophonie (1997-2002) l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, qui fut également ministre des Affaires étrangères par intérim sous la présidence d’Anouar el-Sadate (pendant 5 mois du 17 septembre 1978 au 17 février 1979) ou de la roublardise de l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika en tant que « boss » de la diplomatie de son pays entre 1963 et 1979.

Dans des pays qui respectent le portefeuille régalien du ministère des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie est pratiquement le numéro deux du pouvoir et un personnage haut en couleur qui incarne la force du pays et les grandes lignes politiques du pouvoir en place (ex: Sergueï Lavrov en Russie ou Mevlüt Çavuşoğlu en Turquie ou le célèbre 56e secrétaire d’État des États-Unis Henry Kissinger de 1973 à 1977).

D’ailleurs, dans plusieurs démocraties occidentales, par exemple, le deuxième parti formant une coalition gouvernementale hérite toujours de ce poste comme ce fut le cas, moult fois, en Allemagne ou au Royaume-Uni.

Alors comment voulez-vous que les grandes puissances puissent respecter les pays du monde arabe si les gouvernants dans notre région considèrent leurs chefs de la diplomatie comme de simples salariés dans une boîte privée ou dans une entreprise publique qui peuvent faire l’objet d’un questionnaire disciplinaire ou d’une enquête administrative, voire carrément d’une mise à pied comme c’est le cas de Najla Al-Mangoush ?

A.A.H.

 

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