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Le G7 valide très diplomatiquement la “grande faucheuse” décrétée par Kais Saied

Se focaliser sur la partie pleine du verre ou la partie vide… C’est l’éternelle question dans les communiqués des diplomates. Je parle de la diplomatie de haut vol, celle des grands pays. C’est le cas du dernier texte signé par le groupe des 7 pays les plus puissants de la planète, communément appelés G7. Il y a à boire et à manger dans cette sortie qui a fait beaucoup jaser en terre tunisienne, et pour cause : l’heure est grave et ce qui est dit dans ce communiqué l’est tout autant, mais avec les termes feutrés traditionnels, savamment dosés de la grande diplomatie pour épargner toutes les susceptibilités. Raté, puisque les soutiens du chef de l’Etat, Kais Saied, sont montés au front et ont attaqué sec. En fait tous ceux qui ont interprété le texte ont raison, les pro comme les anti-Saied, mais il y a une phrase, une seule, qui pèse lourd sur la balance et change toute la donne.

Le G7 a fait fort, très fort

Le gros du texte martèle la nécessité de ne pas fouler au pied les acquis de la Tunisie post-14 janvier ; grosso modo il ne faut pas fragiliser les avancées de l’État de droit et de la démocratie, il ne faut pas rogner une once de droit et liberté. Mais il y a aussi cette phrase : “Alors que la Tunisie s’apprête à prendre des décisions souveraines en matière de réformes économiques, constitutionnelles  et électorales”. Il y a surtout le mot “souveraines”. Ce mot a un sens : la Tunisie est absolument maîtresse de son destin et est libre de prendre les décisions qui lui semblent les meilleures pour assurer sa stabilité, en toute indépendance…

On pourra toujours épiloguer sur le degré d’indépendance de la Tunisie vis-à-vis de ces partenaires et financiers, mais le fait est qu’ils reconnaissent sa souveraineté. De toute façon il ne peut pas en être autrement car ces ambassadeurs occidentaux sont avant tout des émissaires de grandes démocraties et ont aussi des comptes à rendre à leurs opinions publiques. Ils ne peuvent pas s’autoriser à exiger des autres pays ce qu’ils n’acceptent pas pour les leurs. Or quel est le tableau en Tunisie ?

Éreintés par des années d’errance politique et institutionnelle, de naufrage économique et moult tragédies qu’ils sont vécues dans leur chair, les Tunisiens ont bien envie d’essayer autre chose pour sortir de l’ornière. C’est pour ça qu’ils ont applaudi le couperet du 25 juillet. Kais Saied a certes laissé des plumes – selon les sondages – dans ses hésitations, ses approximations et son amateurisme, mais les Tunisiens ont encore majoritairement foi en lui, c’est un fait, foi en sa capacité à bouter hors du système les prédateurs et fossoyeurs de la République. C’est cette popularité qui est l’atout-maître du président de la République et qui le protège, pour l’instant, de la frappe des Occidentaux.

Quand al-Sissi plaide pour Kais Saied

Pour ceux qui arguent que Saied va enterrer la Constitution, le Parlement, le Conseil supérieur de la magistrature, etc., et que les partenaires étrangers doivent l’en empêcher je rappelle juste que la Révolution de 2011 a aussi enterré la Constitution de Ben Ali et bâti de nouvelles institutions. Pourtant ces mêmes partenaires qui ont signé ce communiqué étaient là pour soutenir l’élan de la Tunisie post-révolutionnaire. Tout cela pour dire que ce qui compte avant tout, en Tunisie et ailleurs, c’est qu’il y ait une ferveur populaire derrière les actes que posera la président de la République après le 17 décembre…

Nous n’avons pas les mêmes soubresauts que l’élan révolutionnaire de décembre 2011, mais le basculement est bien là. On l’entend dans les salons de thé, les cafés, dans la rue, dans les lieux de travail et on le voit surtout dans tous les sondages : Les citoyens-électeurs exigent une rupture, nette et sans appel. Et les enquêtes d’opinons ça compte pour les partenaires de la Tunisie, c’est la manifestation moderne et pacifique de la volonté populaire. C’est bien mieux que les affres et débordements sanglants d’une révolte populaire. Les amis et soutiens du pays savent qu’il faut absolument éviter ça, ils savent que la Tunisie n’a pas les moyens de se payer un second soulèvement populaire. Et ils savent pertinemment que bloquer la main de Kais Saied et faire revenir ceux qui ont rongé le pays porterait les germes d’une explosion sociale incontrôlable.

Les mêmes qui ont signé ce communiqué font des affaires avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi ; ils savent ce que ce dernier a fait aux islamistes, ce qu’il fait en ce moment à ses opposants. Personne ne l’ignore, pourtant ils misent plus que jamais sur lui pour freiner le péril extrémiste et terroriste dans la région. Le chef de l’Etat égyptien a même reçu en décembre 2020 la distinction suprême en France, la grand-croix de la Légion d’honneur, des mains de son homologue français, Emmanuel Macron. Saied ne fera jamais la même chose aux Frères musulmans en Tunisie, il n’est pas al-Sissi et la Tunisie n’est pas l’Egypte. Mais le président tunisien devra agir, sévir. Ses partenaires étrangers ne moufteront pas. C’est surtout sur la gestion de l’après-17 décembre qu’il se sera jugé et très sévèrement, en Tunisie et ailleurs…

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