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La Tunisie sera-t-elle impactée par le conflit Russie-Ukraine '


 

La Russie a lancé, à l’aube du jeudi 24 février 2022, une invasion de l’Ukraine. Si le conflit est géorgraphiquement éloigné de nos frontières, il n’est pas sans incidence sur la Tunisie.

En effet, outre les ressortissants tunisiens, notamment les étudiants, qui se sont retrouvés piégés sur place, la sécurité alimentaire du pays dépendrait de cette région du monde (Ukraine-Russie). Ainsi, l’incursion des forces russes sur le territoire ukrainien aura indéniablement des répercussions sur la Tunisie.

 

La Tunisie est connue pour être un grand consommateur de pain et de pâtes ainsi qu’un grand importateur de céréales. Selon la ministre du Commerce et du Développement des exportations, Fadhila Rabhi, le pays importe 100% de ses besoins en blé tendre, 50% de ses besoins en blé dur et 100% de l’orge destiné au fourrage. Certes, nos importations de céréales proviennent de divers fournisseurs, mais à leur tête se trouvent l’Ukraine et la Russie.

 

Et même si la ministre s’est montrée rassurante, en soutenant que le pays était capable de subvenir aux besoins des citoyens en blé et en farine d’ici le mois de mai – qui coïncide avec la prochaine moisson – la réalité des choses est que le prix des céréales va s’envoler, suite à ce conflit, alors que les ressources du pays sont au plus bas. Des hausses de prix toucheront, évidement, d’autres denrées et produits, notamment le gaz et le pétrole.

Mme Rabhi avait évoqué dans sa dernière intervention téléphonique que l’approvisionnement en huile végétale subventionnée, qui venait de Russie, avait enregistré des retards, à cause des tensions avec l’Ukraine alors que le conflit armé n’avait pas commencé. Ce qui augure d’un autre retard pour l’approvisionnement à partir de la Russie.

Donc, outre le problème d’approvisionnement, la Tunisie sera confrontée à un problème de ressources financières.

 

Concernant la liste des produits importés de ces deux pays en conflit, Business News n’a pas trouvé de réponse. L’Institut national de la statistique supposé fournir le pays en données est en grève depuis quelques semaines, sous le silence des autorités de tutelle. Le ministère du Commerce ne dispose pas de l’information. Le ministère de l’Agriculture ne répond pas au téléphone, idem du coté de l’Office des céréales, et ce, malgré les nos multiples tentatives.

On se contentera des données publiées sur le site du ministère du Commerce sur la répartition géographique des exportations et importations. Ainsi, on apprend que nous importants des produits d’une valeur de 1.498,3 millions de dinars de Russie (2,4% du total de nos importations) et de 1.382,5 de l’Ukraine (2,2% du total de nos importations). Mais, on ne pourra pas connaitre en quoi ces pays nous approvisionnent (si les produits fournis sont de première nécessité, ndlr) et en quelle quantité.

 

Cependant, on sait, selon un article publié par Business News en décembre 2021, que le besoin annuel de la Tunisie en céréales est d’environ 30 millions de quintaux, ce qui équivaut à 3 millions de quintaux par mois, répartis à peu près comme suit : 1,07 million de quintaux de blé dur, 1 million de quintaux de blé tendre et 0,95 million de quintaux d’orge. Le pays produit environ 10 millions de quintaux seulement par an et importe donc 70% de ses besoins en céréales.

La valeur des importations de céréales – blé tendre, de blé dur et d’orge – a doublé au cours des dix dernières années, alors qu’en 2011, elle s’élevait à 756,30 millions de dinars et 1,54 milliards de dinars en 2019, la valeur des importations de céréales a atteint 1,94 milliards de dinars en 2020.

D’abord, il n’est pas surprenant que la valeur des importations de céréales ait augmenté en 2020, compte tenu de la crise qu’a connue le marché mondial en raison de la pandémie du Covid-19. Crise qui a impacté les prix mais aussi l’offre et la demande. En outre, il faut noter que la quantité de céréales collectées en Tunisie a connu une baisse entre 2019 et 2021 justement en raison de la crise économique et sanitaire qui a négativement impacté le secteur.

 

Selon le média en ligne basé à Londres Middle East Eye, les importations ukrainiennes représentaient 47,7% des importations tunisiennes en blé en 2019. Celles de la Russie étaient d’à peine 4%. Or, le site évoque les perspectives d’une chute de la production de blé russe en 2021-2022, conséquence des mauvaises conditions climatiques. Il rappelle que la Tunisie fait face à une sécheresse, qui pourrait impacter négativement la production de céréales.

 

Importations de blé en Tunisie en 2019

 

 

La même source indique que les importations de céréales de la Tunisie devraient atteindre un niveau moyen de 3,7 millions de tonnes pour l’année commerciale 2021-2022, un volume inchangé par rapport à l’année précédente.

 

Le conflit ukraino-russe va impacter la Tunisie, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en céréales. Dans quelle proportion, c’est difficile à détreminer. Ajouter à cela, la crise économique et financière aigue que vit le pays, la prochaine période risque d’être difficile, pour les Tunisiens et leur pouvoir d’achat.

 

Imen Nouira


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