National

La gifle de l'Union européenne à Kaïs Saïed

Alors qu’il croit évoluer seul, dans son propre monde, Kaïs Saïed se heurte à une réalité qui lui est souvent hostile et qui le rappelle à l’ordre. La gifle lui vient aujourd’hui de l’Union européenne.

 

Kaïs Saïed ne voulait plus des produits de maquillage et des croquettes pour chien. Il avait appelé à restreindre l’importation des produits de luxe pour limiter le déséquilibre de la balance commerciale. La réponse de la Commission européenne  (CE) ne s’est pas longtemps fait attendre.

 

Dans une lettre adressée à la ministre du Commerce, Fadhila Rabhi, mercredi 19 octobre, la Commission européenne a appelé la ministre à échanger d’urgence sur ces sujets, l’invitant à suspendre l’application des mesures annoncées.

Tout en se disant consciente des difficultés économiques que traverse la Tunisie, elle a souligné la nécessité d’éviter « toute mesure de nature à restreindre les échanges pour poursuivre des objectifs économiques ».

Dans cette correspondance, la Commission européenne a fait part de son inquiétude par rapport aux mesures de restriction des importations annoncées et entrées en vigueur le 17 octobre. La CE a souligné que le système de contrôle technique à l’importation est complexe et peu transparent, qui ne semble pas basé sur une analyse des risques et représente une importante barrière à l’entrée ajoutant que l’introduction d’un contrôle préalable à l’importation ne fera qu’aggraver la situation.

« L’UE note par ailleurs avec regret que la Tunisie à ce stade n’a notifié à l’OMC ni la transparence de ses mesures douanières ni les points de contact pour la coopération douanière dans le cadre de l’Accord pour la Facilitation des Echanges. Ceci n’aide pas à la bonne gestion des échanges avec l’UE et les autres membres de l’OMC, ni à l’intégration de la Tunisie dans des chaînes de valeur » indique la CE.

 

Lors d’une rencontre avec sa cheffe de gouvernement, Najla Bouden, le 26 septembre 2022, Kaïs Saïed avait abordé la question « de l’approvisionnement des marchés et la lutte contre les spéculateurs et les dépassements enregistrés dans l’impunité ». Dans ce cadre, il avait souligné « la nécessité de restreindre l’importation des produits de luxe pour limiter le déséquilibre de la balance commerciale avec un certain nombres de pays, ce qui est de nature à nuire aux finances publiques, ce qui ne profite qu’aux pays exportateurs ».

« Comment expliquer l’importation de la nourriture des animaux domestiques ou celle des produits de beauté des plus grandes maisons cosmétiques et le fait de trouver l’argent en devises alors que les citoyens souffrent, pour la majorité, de l’indisponibilité des produits de première nécessité ? », pouvait-on dans le communiqué de la présidence de la République.

 

Quelques jours avant, il avait tenu le même discours. Face à Najla Bouden, Kaïs Saïed avait souligné la nécessité de rationaliser les importations des pays avec lesquels la Tunisie enregistre un déficit commercial s’aggravant de jour en jour. Le chef de l’Etat estime ainsi qu’il faudra donner la priorité à l’importation des matières premières puisque « le déficit résulte de nombreux choix antérieurs axés sur les produits et marchandises qui sont importés bien qu’ils ne se soient pas essentiels ».

 

Une annonce qui a immédiatement été très critiquée, l’impact de l’importation des produits dits de luxe n’étant pas autant significatif que le prétend le chef de l’Etat. On avait reproché au chef de l’Etat sa totale méconnaissance de la chose économique et d’être – et ceci est loin d’être une première – totalement à côté de la plaque.

 

Quelques jours après, le ministère du Commerce et du Développement des exportations, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie et le ministère de la Santé ont rendu public un communiqué conjoint, pour annoncer qu’il a été décidé d’adopter un système de contrôle préalable pour garantir la qualité des produits importés mais aussi la sécurité des consommateurs, tout en imposant l’importation des produits en question d’une manière directe auprès des usines productrices au pays exportateur. Les dispositions de ce communiqué sont entrées en vigueur le 17 octobre 2022.

 

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que cette proposition farfelue se heurte au monde. Rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’elle provient de celui-là même qui avait qualifié les agences de notation de « Ommek Sannefa ».

 

R.B.H


lien sur site officiel

Source :

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page