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La fédération tunisienne vole au secours des clubs endettés : Wadie Jary refait surface


Affaibli à la fin de la saison écoulée par les sombres affaires de la relégation non encore élucidées, le président de la FTF s’est éclipsé et a pris du recul. Pour réapparaître ces derniers jours et reprendre l’initiative et le contrôle d’une situation qui lui échappait…

Fin mars , Wadie Jary était aux anges.  Il venait de réaliser l’objectif qui lui tenait le plus à cœur et qui était en mesure de faire taire ses impitoyables détracteurs : une sixième qualification de l’équipe de Tunisie pour la Coupe du monde.  Il avait pensé que ses déboires et démêlés étaient ainsi gommés et finis, que le vent a tourné en sa faveur que ses « ennemis jurés» seraient forcés à enterrer la hache de guerre.  Mais ce ne fut, en fait,  qu’un un petit répit de quelques semaines . Pas même le temps pour savourer ce que la Fédération — sur laquelle on n’a pas cessé de tirer à boulets rouges — venait de réaliser. Il y a eu d’abord la nouvelle affaire avec le Croissant Sportif Chebbien  qui a trouvé, en la présence du président du club Africain, Youssef  El Almi,  aux alentours des vestiaires et de l’aire de jeu lors du match décisif contre le CA (alors qu’il était toujours suspendu en l’absence d’une décision à son égard qui l’ aurait rétabli à temps dans ses droits), une perche juridique inespérée  pour tenter de gagner sur le tapis ce match perdu sur le terrain et  qui l’a condamné à la rélégation d’office.  Après une bataille perdue en première instance puis en appel,  cette affaire est maintenant du ressort du tribunal de dernier recours,  le TAS. Il y a  eu ensuite la sombre affaire de la dernière journée de la phase du Play-Out avec la suspicion de matches arrangés et truqués , la décision aberrante de la Commission de discipline et de fair-play de faire jouer un match barrage entre l’ESM et l’ESHS pour désigner celui qui accompagnera l’ESZ en Ligue 2, le non respect et application  de cette décision et l’appel interjeté par le club du Bassin minier et le club de Zarzis pour remettre en question la régularité des résultats de cette phase et de réclamer son annulation . Ces deux affaires de taille, qui ont terni la fin de la saison, vont faire vaciller de nouveau le trône du président de la Fédération et lui faire vivre un été des plus chauds. Voire infernal. Le report au 6 septembre du verdict de la Commission nationale d’appel   va mettre de l’huile sur le feu.   D’abord assommé par ce report qui laisse le doute planer sur la nature de la compétition et sur les équipes qui vont la composer trois semaines avant le coup d’envoi fixé au 30 septembre,  Wadie Jary a découvert que c’est peut-être pour lui une occasion à ne pas louper pour se remettre debout alors qu’il était à deux doigts d’être mis à genoux.

En  sauveur

Face à des clubs au bord de la faillite financière , prêts à accepter la première main tendue , la Fédération qui roule,  elle , sur l’or et qui jongle avec les dizaines de milliards , est en position de force . Un atout et une belle carte à jouer . À quelques semaines de la reprise du championnat, le temps est on ne peut plus idéal pour rebondir,  séduire et amadouer ces clubs en grande  difficulté et qui ont besoin d’une  bouffée d’oxygène.  Wadie Jary,  en grand stratège,  commence par les grosses cylindrées et écuries.  Seule l’Espérance a manqué à son appel car elle n’en a pas besoin et le lui a fait indirectement savoir en « boycottant» la réunion du Bureau fédéral qui s’est tenue vendredi pour débattre et trancher de la nature du championnat et de la répartition des poules .Par contre ,  le Club Africain,  l’Étoile Sportive du Sahel et le Club Sportif Sfaxien,  eux, sont venus solliciter son aide pour rééchelonner leurs lourdes dettes et lever l’interdiction de recrutement dont ils font l’objet , afin de ne pas sombrer et rentrer dans les rangs et de ne pas perdre leur statut de clubs de premier plan . Ils ont  trouvé en lui le profil idéal de l’homme des moments difficiles et de sauveur qu’il aime arborer et qui lui sied comme un gant . Les images des réunions diffusées avec soin ont eu l’effet médiatique souhaité et les responsables des clubs, toutes divisions confondues, font désormais la queue devant son bureau . Le ST , le CSHL ,l’OSB ,  EGSG, l’ESM , l’ ASS ont tapé à sa porte et les autres sont dans la salle d’attente . Entretemps,  il a fait un petit clin d’œil anticipateur et bien étudié au football amateur et accorde 3 milliards d’aide à plus de 200 clubs et les met  pratiquement dans sa poche . Par cette opération coup de maître,  la ceinture de clubs qui lui sont entièrement dévoués est ainsi élargie et bien renforcée pour parer à toute éventualité.  On ne peut,  en effet , mieux se protéger et se mettre à l’abri de ceux qui ne désespèrent pas de le destituer un jour ou de le pousser à la démission.

Passage en force 

Cette confiance regagnée de la grande majorité des clubs va  donner des ailes au président du Bureau fédéral pour porter l’habit d’un homme de dialogue et de consensus et fixer avec les clubs une feuille de route , choisir un  système de championnat en deux phases,  avec deux poules de 7 clubs , la qualification des 4 premiers de chaque poule pour une phase de play-off avec 8 clubs avec bonus ( 4 pour le premier,  3 pour le second,  2 pour le troisième et 1 pour le quatrième) et des 3 derniers de chaque poule pour une phase du play-out avec 6 clubs avec un bonus quand même étrange (4 pour le cinquième,  2 pour le sixième et 0 point pour le septième qui sera logiquement condamné sauf miracle à la rélégation). La VAR sera obligatoire pour le Play-Off et facultative pour le Play-Out comme si la triste mésaventure de la saison passée n’était pas encore à l’esprit et n’avait pas laissé une plaie profonde avec des stades à l’abri de l’œil des images télévisées et de la  VAR où toutes les exactions  ont été permises. La question qui se pose est la suivante : et si la Commission nationale d’appel rend le 6 septembre un verdict inattendu et spectaculaire qui remettrait tout à plat et brouillerait toutes les cartes ? Et si la Fifa donne raison au Croissant Sportif Chebbien,  en plein milieu de la compétition, et obligerait la FTF à faire marche arrière et à tout reprendre à zéro ? Ce passage en force, qui peut paraître comme un pas autant « arrogant » que risqué, témoigne bien que le président de la FTF ira jusqu’au bout pour défendre son approche et décider ce qui lui paraît utile pour le bien du championnat.  Le nouveau contrat de sponsoring signé avec Panini, la vente assurée des droits TV à des chaînes prêtes à acheter à prix d’or le produit de notre championnat, la recherche de nouveaux partenariats et sponsors pour améliorer les revenus et ressources, la contribution  à  la rénovation de stades vétustes, montrent bien cet appétit de bien faire pour desserrer l’étau et retrouver une unanimité et une légitimité contestées. Et peut-être ouvrir une page nouvelle avec le ministère qui suit de très près le paysage sans intervenir et qui attend le verdict de la Commission nationale d’appel et celui du TAS pour voir l’issue des litiges et les décisions qui en découleront. Mais il sera désormais difficile de déstabiliser une Fédération riche et quasi  intouchable, devenue la vache à lait des clubs en détresse et de tout un football professionnel et amateur en panne d’argent . Wadie Jary s’en sort bien en ce moment, mais cette position de force, réacquise après tant de frayeurs et de sueurs froides, doit l’inciter à plus d’humilité et à se débarrasser de cette image et de cette étiquette d’homme autoritaire qui écoute rarement et qui travaille en solitaire. Le fait d’avoir sorti la tête de l’eau et refait surface, après avoir évité le naufrage,  n’est qu’un nouveau répit pour lui et un dernier sursis. Tout nouveau faux pas lui est désormais interdit.

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