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« La fable de l’apolitisme du sport ne devrait pas survivre à 2022 »

Les Etats-Unis, la Grande-Brtagne, le Canada et le Japon ont décidé de boycotter diplomatiquement les Jeux olympiques d’hiver en Chine. CARLOS GARCIA RAWLINS / REUTERS

Si l’année qui s’achève a été très particulière pour la géopolitique par le sport, que dire de celle qui s’annonce ? 2022 démarrera à Pékin par des Jeux olympiques d’hiver qui cristallisent déjà les tensions internationales, et se terminera au Qatar par la Coupe du monde de football la plus controversée de l’histoire.

L’Euro de football a pris des allures de tournant, l’été dernier : tensions entre l’Ukraine et la Russie, entre la Grèce et la Macédoine du Nord, pressions contre les lois homophobes de la Hongrie de Viktor Orban, genou à terre de certains footballeurs en référence au mouvement Black Lives Matter…

« L’UEFA y a perdu sa virginité politique et ne pourra plus se parer des habits de la neutralité », avait estimé Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS. Si la FIFA ou le Comité international olympique (CIO) s’accrochent à ces oripeaux, la WTA s’en est dépouillée dans l’affaire Peng Shuai, choisissant la confrontation avec la Chine en soutien à la joueuse de tennis.

Le sportwashing menacé

L’instrumentalisation par les pires régimes des compétitions internationales les plus prestigieuses – des JO de Berlin en 1936 à la Coupe du monde en Argentine en 1978 – n’a rien d’une nouveauté. Mais elle a pris la forme plus moderne et plus sophistiquée du soft power, efficace exploitation géopolitique du sport-spectacle mondialisé.

Affectés par leur gigantisme et par des contestations croissantes au sein des démocraties en raison de leurs coûts prohibitifs, les grands événements sportifs sont plus souvent tombés dans le giron des Etats autoritaires ou illibéraux. Peu embarrassés par leurs opinions publiques, ceux-ci ont, non sans succès, misé sur l’efficacité du sportwashing.

Les résistances ont été moindres que la complaisance des gouvernements du sport et des médias diffuseurs, et le terrain a été très favorable à ces stratégies d’influence. En octobre, l’Arabie saoudite a ainsi confirmé son entrée dans le jeu en rachetant, via un fonds souverain, le club anglais de Newcastle United, à la grande joie des supporters.

Aujourd’hui, ce match n’est plus gagné d’avance. Il n’est plus certain, comme l’assurait le président de la FIFA Sepp Blatter en 2014, à propos de l’organisation de la Coupe du monde 2018 par la Russie, que le football « est plus fort que n’importe quel mouvement protestataire » – tandis que son secrétaire général d’alors, Jérôme Valcke, confiait : « Un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde ».

Les acteurs – fédérations, athlètes, sponsors, médias – ne peuvent en effet plus ignorer ces enjeux en les glissant sous le tapis de ces « grandes fêtes populaires ». Ils sont au contraire invités à s’engager, quand ils n’en prennent pas eux-mêmes l’initiative. Ni la repolitisation des sportifs, ni la « désanctuarisation » des stades n’ont été anticipées par les géostratèges.

Arènes politiques

La publicité mondiale qu’offrent ces événements tend à se retourner contre ses commanditaires en accordant aussi une chambre d’écho médiatique aux organisations de défense des droits humains, voire à des contre-offensives de la part d’autres Etats – comme l’Allemagne lors de l’Euro.

Le Qatar ne connaît pas encore la balance coûts-bénéfices de « son » Mondial. Obtenu en 2010, il devait constituer l’apothéose sa diplomatie sportive, mais apparaît aujourd’hui comme une bombe à retardement. La lumière projetée sur l’émirat n’a, à tout le moins, pas été aussi flatteuse qu’espéré.

Non seulement cette attribution a précipité la FIFA dans un cycle de scandales, mais elle a nécessité de déplacer la compétition en hiver pour échapper à des conditions climatiques impossibles, au prix d’un bouleversement des calendriers internationaux.

A l’absurdité écologique de la construction de huit grands stades (climatisés !) dans un micro-Etat se sont surtout ajoutées les enquêtes sur les conditions de vie et de travail des étrangers employés sur les chantiers qataris. Il sera difficile d’évacuer l’image terrible d’une compétition disputée sur un charnier – 6 500 morts en dix ans, selon The Guardian.

Les répliques comme le « boycottage diplomatique » sont certes d’une efficacité incertaine, et la fascination qu’exerce le spectacle du sport pourra encore l’emporter sur les scrupules. Mais la fable de l’apolitisme du sport ne devrait pas survivre à 2022, année dont on attend qu’elle démente un peu plus la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, quand elle affirmait en juin dernier que « le sport n’est pas une arène politique ».

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