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Kaïs Saïed ne comprend rien aux chiffres' Ni aux lettres'


 

Le président Kaïs Saïed a trois sortes de publics : les opposants qui ne ratent aucune de ses sorties médiatiques ; ses fans qui se sont arrêtés à celle du 25 juillet ; et les observateurs sceptiques qui ne savent pas quoi penser de ce président atypique.

Pour les premiers, Kaïs Saïed offre de la matière à chacune de ses sorties avec ses propos contradictoires, déconnectés de la réalité ou reniant des évidences. Pour les seconds, Kaïs Saïed est celui qui a balayé les islamistes du paysage politique et, rien que pour cela, il mérite toute la gratitude du monde, il faut juste lui donner du temps pour bien faire. Pour les derniers, ils ne savent plus quoi penser. Quand ils se rappellent de l’époque des islamistes, ils se disent que ça ne peut pas être pire avec Kaïs Saïed. Mais quand ils l’écoutent, ils deviennent convaincus qu’il ne peut pas être la solution pour sauver le pays du marasme dans lequel il est.

Jeudi 20 janvier, le président de la République a eu trois réunions avec, respectivement Najla Bouden, cheffe du gouvernement, Taoufik Charfeddine, ministre de l’Intérieur et Mohamed Rekik, ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières.

Chacun a son interprétation, mais il y a des faits têtus que ne saurait occulter un observateur objectif.

 

Kaïs Saïed a évoqué, encore une fois, l’indépendance de la justice et il dit respecter cette indépendance s’interdisant toute ingérence dans le travail judiciaire.

Cela est beau, sauf que durant la même journée, il s’est contredit lui-même à de multiples reprises. Il a ainsi évoqué le cas de ce « voleur » milliardaire libéré par la justice. Le président de la République ne se rend même pas compte qu’il remet en question la décision d’un magistrat qui a libéré une personne, innocente d’après les éléments qui lui ont été soumis ou l’investigation qu’il a menée. Le président dépasse carrément le principe de droit de la présomption d’innocence, en qualifiant un citoyen de criminel, alors qu’il a été innocenté par la justice ! Plus tard, au cours de la même journée, il répète la même chose devant le ministre de l’Intérieur en évoquant le cas de « terroristes » arrêtés par la police et libérés par un juge d’instruction. Le président de la République balaie d’un revers les décisions du juge et prend pour de l’argent comptant les rapports de son ministre de l’Intérieur !

 

Durant cette journée du jeudi 20 janvier, le président de la République évoque son projet de décret relatif à l’amnistie de citoyens ayant dérobé des fortunes appartenant à l’Etat. Son idée, maintes fois répétée, est de dresser une liste de personnes appelées à réaliser des projets d’infrastructure ou des bâtiments publics (hôpitaux, écoles…) dans les régions défavorisées. Celui qui a volé le plus investira dans la région la plus défavorisée et vice versa, répète le président en précisant que ces personnes n’obtiendront leur amnistie définitive qu’au bout de dix ans, le temps de garantie des projets.

En apparence, cela est beau. Mais concrètement, l’idée est des plus farfelues. Qui va dresser la liste des personnes impliquées et sur quelle base ? Il s’agit là d’un processus extrajudiciaire, puisque les principes de droit, de par le monde, imposent que ce soit une cour de justice qui décide si une personne est voleuse ou corrompue ou pas.

A ce propos, le vice-président de l’assemblée ose même une blague en attirant l’attention sur un point qui a échappé au président : « Quelle est la personne folle qui va publiquement associer son nom souillé à un projet d’infrastructure ? Tel pont a été construit par tel corrompu et telle école a été construite par tel voleur ! ».

 

Et la question principale à laquelle le président ne répond pas est : « combien ce décret d’amnistie va rapporter à l’Etat ? ».

Quand il s’agit de chiffres, le président est tout le temps dans la confusion entre millions et milliards. Il ne donne jamais de chiffres exacts. La nouveauté dans ses sorties médiatiques du jeudi 20 janvier est qu’il a avoué lui-même ne pas être fort en chiffres.

Mais puisqu’il n’est pas fort en chiffres, pourquoi alors évoquer publiquement des sujets qu’il ne maitrise pas ? 

Comme pour prouver ses propos, il évoque, par deux fois, son décret publié cette semaine à propos de la prime auto-octroyée par les membres du conseil supérieur de la magistrature. Par deux fois, il donne un montant erroné. Un détail qu’on aurait pu dépasser si le président n’a pas continué dans son déni des lois qui régissent ce pays en cherchant à réinventer le fil à couper le beurre. Il s’interroge comment on peut s’accorder soi-même des primes, alors que ceci est prévu par la loi et que le conseil en question bénéficie de son autonomie financière, d’après la constitution. Le président trompe son public en disant que les magistrats en question reçoivent déjà des salaires, mais omet de signaler que les primes sont en contrepartie de leur travail supplémentaire au sein du conseil de la magistrature.

 

Durant cette journée du jeudi 20 janvier, le président évoque enfin les projets de Jemna d’économie collaborative ou encore la question des terres domaniales qu’il veut octroyer aux jeunes. Il se perd en conjectures autour d’un sujet qu’il ne maitrise pas du tout.

En reniant des principes de droit, en évoquant des chiffres fantaisistes, en parlant de dossiers dont il ignore les portées et les limites, Kaïs Saïed démontre clairement qu’il ne maitrise ni les chiffres, ni les lettres.

Jour après jour, réunion après réunion, Kaïs Saïed élargit le cercle de ses opposants et pousse les sceptiques à les rejoindre devant des faits têtus et une réalité indéniable.

Quant à ses fans, dont le seul prisme de lecture politique consiste à éliminer les islamistes du paysage, ils finiront tôt ou tard par être face à la citation d’Abraham Lincoln : « Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps ; vous pouvez même tromper quelques personnes tout le temps ; mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. »

 

Raouf Ben Hédi

 


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