Economie tunisie

Jean-François Le Romancer, docteur en énergétique à La Presse : « Nous visons la construction du premier système Stolect à l’export en Tunisie »


Jean-François Le Romancer, docteur en énergétique avec un parcours varié en recherche, innovation et financement dans l’énergie : Ifpen, à la Direction Générale de l’Énergie et du Climat, Bpifrance, Poweo qui a été le premier énergéticien alternatif en France.  Ce parcours lui a permis de développer une expertise approfondie dans le domaine de la transition énergétique, des énergies renouvelables et du stockage de l’énergie en particulier. En 2010, il a décidé de créer une première entreprise Keynergie, société d’ingénierie spécialisée dans le dimensionnement de systèmes énergétiques. Puis en 2019, il a fondé la start-up industrielle Stolect qu’il a le plaisir de représenter aujourd’hui à Tunis. Interview.

Pouvez-vous nous donner un aperçu sur « Stolect » et comment elle propose une technologie innovante ?

« Stolect » développe une batterie de Carnot, une technologie basée sur la conversion de l’électricité en chaleur. Cette technologie est radicalement différente des solutions qui existent aujourd’hui, principalement les centrales hydroélectriques de pompage-turbinage (Step) et les batteries au lithium. « Stolect » propose en effet une solution qui peut être installée partout et qui ne dépend pas de matériaux rares, comme le lithium ou le nickel utilisés par les batteries.

Comment le stockage d’électricité permet de répondre au besoin accru de flexibilité sur le réseau lié au développement des énergies renouvelables ?

Les énergies renouvelables qui vont représenter l’écrasante majorité des nouvelles capacités sont le solaire et l’éolien, sauf que ces énergies ne sont pas pilotables, elles dépendent de l’ensoleillement et du vent. Il est donc nécessaire d’avoir un système capable de fournir de l’électricité lors des creux de production. Mais ce que l’on voit c’est que l’énergie nécessaire pour alimenter le réseau devient vite très importante. Les batteries ont une capacité trop limitée pour cet usage, il est nécessaire de proposer une autre solution, c’est là que l’on intervient. Nous ne sommes donc pas en concurrence avec les batteries, mais plutôt complémentaires.

Selon vous, le stockage massif d’électricité est un outil indispensable pour atteindre son équilibre ?

Bien sûr, sans stockage, il faut faire appel à des moyens de production pilotables fossiles, comme le gaz ou le fioul. Ce n’est pas possible d’atteindre le 100% d’énergie renouvelable dans ce cas-là ! Ce besoin s’est encore accentué ces derniers mois avec l’envolée des prix du gaz et le besoin de solutions autres que les batteries électrochimiques est aussi accentué par l’augmentation des prix des métaux critiques utilisés dans les batteries électrochimiques.

Est-il vrai qu’il existe plus de 50 milliards de dollars et 150 GWh dans le monde dans le secteur énergie ?

Toutes les estimations des agences internationales et des différents analystes de marché sont très importantes, et ont même tendance à augmenter d’année en année. Aujourd’hui, il est clair que les besoins se chiffrent en centaines de GWh et en centaines de milliards de dollars, c’est une opportunité énorme. Il est aussi évident que plusieurs technologies doivent, chacune, proposer des solutions adaptées à des marchés et des besoins différents.

Quels sont les principaux obstacles que vous avez rencontrés ?

L’innovation est toujours un parcours semé d’embûches, le projet « Stolect » a été initié en 2014, il faut faire preuve d’endurance pour mener à bien les innovations. Je pense que le plus important pour affronter ces difficultés est de s’appuyer sur les bons partenaires, et il faut aussi savoir profiter des opportunités, notamment pour le financement.

La technologie de stockage d’électricité « Stolect » permet d’intégrer massivement les énergies renouvelables et de décarboner le mix énergétique en offrant une électricité propre et pilotable. Pouvez-vous nous expliquer cela avec plus de précision ?

Dans un réseau électrique on doit avoir à chaque instant un équilibre entre la production et la consommation. Avec le développement des sources d’électricité renouvelables variables comme principalement l’éolien et le solaire, l’équilibre du réseau électrique devient plus complexe. Il faut toujours des moyens de production pilotables pour s’adapter aux consommations des clients qui varient, à la météo, aux imprévus… Ce rôle est aujourd’hui  celui des fossiles, gaz, fioul ou même charbon, qui peuvent adapter rapidement leur production. Pour éliminer ces énergies fossiles, et donc décarboner le mix énergétique, il faut du stockage. Et dans l’idéal, il faut choisir les technologies de stockage les plus respectueuses de l’environnement et économes en ressource.

Sa conception fait elle-même une technologie de rupture adaptée aux besoins et aux contraintes du marché ?

Nous en sommes convaincus, nous avons déjà beaucoup d’industriels et de producteurs d’énergie renouvelable qui se montrent intéressés. Ils attendent les résultats du premier démonstrateur que nous construisons en France sur un site de la « Sncf » avec impatience ! Nous sommes aussi convaincus que cette solution est particulièrement pertinente en Tunisie, en Afrique du nord, au Moyen-Orient et dans de nombreuses régions du monde, dans lesquelles la production d’électricité est encore très carbonée. Notre souhait est de construire le premier système « Stolect » à l’export en Tunisie. En ce moment, avec un pool d’entreprises françaises, nous collaborons avec les équipes de la Société nationale d’électricité et de gaz pour un futur projet. Je souhaite vivement que ce projet se réalise, ce serait une superbe collaboration technologique entre la Tunisie et la France. Ce serait d’autant plus formidable que certains de nos actionnaires sont d’origine tunisienne, ils en seraient ravis et moi aussi. 

« Stolect » offre-t-elle une solution économiquement compétitive sur un marché en très forte croissance ? 

C’est un des avantages majeurs de « Stolect ». Vu que la technologie n’utilise pas de matériaux rares, mais, au contraire, des matériaux disponibles en très grandes quantités partout dans le monde, et également facilement recyclables, il est possible d’atteindre des coûts très compétitifs. Quant au marché, comme on l’a déjà indiqué, oui il est gigantesque. Ce besoin est encore accentué par la crise géopolitique et énergétique actuelle. En France en particulier, les prix de l’électricité s’envolent avec ceux du gaz. Le gaz était une alternative pratique à la variabilité des énergies renouvelables quand il était peu cher, la donne a complètement changé ces derniers mois. Aujourd’hui, il est plus économique de prévoir des installations d’énergies renouvelables couplées à du stockage. Ce contexte tendu et tragique est extrêmement favorable à notre technologie.

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