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Gouvernement Bouden – UGTT : d'accord pour être en désaccord !


La relation entre l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et le gouvernement de Najla Bouden a connu de nombreux rebondissements depuis sa nomination à la date du 11 octobre 2021. Près d’un an après, l’entente semble être de plus en plus impossible en raison de la volonté de l’équipe Bouden de trouver un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) afin d’obtenir un prêt permettant de boucher les trous qui se dessinent dans le budget de l’Etat. L’UGTT n’avait pas hésité à exprimer sa réticence quant à la mise en œuvre du programme de réformes présenté par le gouvernement au FMI. Plusieurs leaders de la centrale syndicale avaient assuré être en possession d’un programme permettant de sauver le pays et de ne pas s’endetter encore plus.

De son côté, le gouvernement Bouden s’est illustré dans la politique de la fuite en avant. Il a surpris, tout au long des dix derniers mois, le peuple et l’UGTT en publiant la circulaire n°20, des limitations de prix sans consulter les structures concernées, en présentant son programme de réformes, ou encore en annonçant son projet de mesures économiques urgentes sans en informer l’UGTT. Le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, avait, à chaque fois, critiqué l’attitude du gouvernement, appelé au dialogue et tenu à rappeler le poids politique de l’UGTT. On en était même venu à l’annonce de grèves régionales et d’une grève nationale dans les entreprises publiques.

Par la suite, nous avons dû suivre de près les échanges et pourparlers portants sur la circulaire n°20, interdisant aux hauts cadres de l’Etat d’entamer des négociations avec les syndicats. On aurait dit qu’il s’agissait d’un long feuilleton mexicain à budget très limité ! Il n’y avait ni action, ni renversement, ni réplique ou citations incontournables. L’UGTT s’était attachée au retrait du texte et le gouvernement était resté fidèle à son mutisme et à sa politique de l’autruche. Tous deux s’étaient mis d’accord pour être en opposition au sujet de cette circulaire.

Par la suite, Noureddine Taboubi et Najla Bouden se sont enfin rencontrés ! Leurs retrouvailles avaient eu lieu dans le cadre d’une réunion de travail en présence du président de l’UTICA, Samir Majoul. La présidence du gouvernement annoncera qu’il s’agissait d’une rencontre ayant abouti à la signature d’un « contrat social ». L’UGTT s’y opposera dans l’immédiat et affirmera que rien n’a été décidé et qu’il ne s’agissait que d’un simple accord de principe : une contrevérité de plus annoncée par le gouvernement.

Le dernier épisode de cette comédie est celui de la réunion du 2 septembre 2022. Celle-ci portait sur les augmentations salariales. Le fait le plus surprenant de cette réunion était la position du gouvernement : l’équipe de Bouden était favorable à la chose, contrairement à ce qu’elle avait affirmé depuis le début de l’année. En effet, le gouvernement avait exprimé, à un nombre de fois incalculable, son attachement au gel des salaires et de la masse salariale. Il en avait même fait l’une des bases de son programme de réformes officiellement soumis au FMI. Le document, dont Business News s’était procuré une copie depuis le mois de janvier, indique qu’il y aura un gel des salaires pendant cinq ans. 

Nous voilà en septembre, soit huit mois après, avec un gouvernement adoptant une position complètement différente. La délégation gouvernementale avait même proposé à l’UGTT des décaissements prévus en 2023, 2024 et 2025 contrairement à ce que Bouden avait promis au FMI. Le gouvernement, cherche-t-il à duper le FMI ? Essaie-t-il de gagner du temps auprès de l’UGTT en lui proposant un accord inacceptable ? Le gouvernement Bouden se croit-il être plus intelligent que le reste du monde ? Il est toujours préférable de se dire que le gouvernement joue au plus malin que de penser que l’équipe Bouden a oublié ses engagements auprès du FMI ou pense trouver une solution à ce changement de position !

Cette politique d’accord à rester en désaccord caractérise le mieux la relation entre l’UGTT et ce gouvernement ou même ceux qui l’avaient précédé. La centrale syndicale avait négocié plusieurs augmentations et accords, mais qui n’ont toujours pas été honorés. Nous nous sommes retrouvés, à chaque fois, face au même dilemme. Une centrale syndicale criant à l’injustice et au respect des engagements du pouvoir exécutif en désaccord avec un gouvernement considérant que les accords signés précédemment ne l’impliquaient en rien et qu’il ne devait pas être tenu responsable de la chose. L’UGTT et le gouvernement Bouden, ceux qui l’ont précédé, et même ceux qui seront formés dans le futur, seront toujours en accord sur cette approche. Il s’agit d’une triste tradition qui a longtemps rythmé la dynamique politique tunisienne. Il nous suffit d’attendre les élections législatives anticipées de décembre 2022 pour découvrir la composition du nouveau gouvernement qui sera, de nouveau, en désaccord avec l’UGTT.

 

Sofiene Ghoubantini


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