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Etude | Violence conjugale : Halte à la banalisation !


Les résultats de cette étude serviront de point de départ pour la mise en place de programmes de sensibilisation à la lutte contre ce phénomène, dans la mesure où son impact dépasse le milieu conjugal ou familial pour toucher toute la société. Donc, une mobilisation pour un large plaidoyer en faveur des conjoints.

La violence conjugale, ça se passe tous les jours ou presque dans pas mal de foyers tunisiens ! Est-elle encore un tabou entouré du plus grand secret ? Auparavant, on n’en parlait pas trop, mais on a, souvent, constaté ses douleurs physiques et psychiques. Ses séquelles pèsent lourd dans la vie des couples et des enfants. Et sur la stabilité de la famille toute entière. Toutefois, cette violence n’a jamais été perçue comme un phénomène de société. Soit une affaire privée dans laquelle personne n’a le droit de s’immiscer, et dont l’impact fut plus souvent banalisé, du moins limité dans le temps.

Et si le problème persistait ? Son évolution prit, alors, de l’élan. Chassez le naturel, il revient au galop. Aussi récurrente soit-elle, cette violence conjugale demeure un danger bien réel. Ceci semble d’autant plus évident qu’elle menace même les divers rapports sociaux. Ce qui implique d’y faire face et d’agir en toute connaissance de cause. C’est pour cela que l’Observatoire national pour la lutte contre la violence à l’égard des femmes vient, tout récemment, de publier sa première étude scientifique, depuis son instauration, intitulée «les déterminants des violences conjugales». L’annonce a été faite par le ministère de la Femme. Certes, il y avait eu autant d’études réalisées en la matière, mais la sensibilité des données privées traitées a rendu beaucoup plus complexe le traitement de ce phénomène. Sujet intime, en quelque sorte.

D’ailleurs, l’enquête menée en 1994 par l’Union nationale des femmes tunisiennes (Unft) a montré que 12.6% des hommes interviewées considèrent que la violence fait partie de la nature des relations conjugales. Et que la tolérance et la justification des comportements des époux violents sont présentes chez les hommes quel que soit leur statut socioprofessionnel: «58% parmi les cadres moyens et supérieurs, 56% dans le rang des journaliers et 53% des ouvriers». Ceux-ci incarnent, dit-on, une mentalité de dominance masculine et un héritage social normalisant avec la violence. Une tendance machiste bien ancrée dans notre société qu’on ne cesse, depuis, de dénoncer. Aujourd’hui, on n’en finit pas de stigmatiser et de pointer du doigt toute forme de violence basée sur le genre. C’est que le choix du thème de la violence conjugale n’est pas aussi fortuit, et encore moins arbitraire. Cette fois-ci, lit-on dans le communiqué du ministère de tutelle, on s’appuie sur les statistiques de la ligne verte 1899 relatives au signalement des cas de violence contre les femmes, mentionnant l’amplification du phénomène. A preuve, 75% des appels liés à la violence conjugale ont signalé des cas évidents. Halte à cette banalisation!

Nul n’est censé ignorer la loi !

Cette étude scientifique a aussi adopté une approche méthodologique multidisciplinaire qui tient compte du conceptuel et des déterminants qui pourraient influer sur la prévalence de la violence conjugale. Les causes sont si complexes qu’il est difficile de les appréhender et comprendre. «Deux facteurs semblent être nécessaires dans un sens épidémiologique: la position inégale des femmes dans une relation particulière (et dans la société) et la normalisation du recours à la violence lors des conflits. Ces facteurs interagissent avec un ensemble complémentaire pour produire la violence conjugale», précise l’étude. A cela s’ajoute une analyse jurisprudentielle des décisions afférentes à cette forme de violence. Soit un échantillon de 53 jugements correctionnels en matière de violence conjugale, en plus des entretiens avec 20 femmes victimes âgées de 25-64 ans et 10 hommes autour de 34-67 ans. Le but étant, selon l’étude, d’identifier les formes de violences conjugales, le profil de la victime et de l’auteur, ainsi que les causes et les répercussions du phénomène.

De même, l’aspect psychosociologique est aussi pris en considération. Car, toute violence physique est de nature à générer une violence psychologique. Et dans certains cas, les deux à la fois. Qu’en est-il de la loi 2017-58 visant l’élimination de la violence à l’égard des femmes ? Cinq ans déjà, on y revient pour dire qu’elle n’a pas encore donné son effet. D’autant plus qu’elle demeure encore méconnue, selon des entretiens conduits dans ce sens avec des conjoints. Mais nul n’est censé ignorer la loi. D’où la nécessité de réviser les comptes et renforcer les mécanismes et les moyens de suivi et de mise en œuvre tant au niveau sécuritaire que sur le plan judiciaire, et ce, dans l’objectif d’élaborer une stratégie nationale de lutte contre toute forme de violence faite aux femmes.

A noter  que les résultats de cette étude réalisée par ledit Observatoire en tant que mécanisme scientifique relevant du ministère de la tutelle, avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), serviront de point de départ pour la mise en place de programmes de sensibilisation à la lutte contre ce phénomène, dans la mesure où son impact dépasse son milieu conjugal ou familial pour toucher toute la société. Donc, une mobilisation pour un large plaidoyer en faveur des conjoints.

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