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Déficit commercial, Kaïs Saïed parle encore d'un sujet qu'il ne connait pas


Déficit commercial, Kaïs Saïed parle encore d’un sujet qu’il ne connait pas

 

Le président de la République, Kais Saied a reçu, mercredi 21 septembre 2022, la cheffe du gouvernement, Najla Bouden à qui il a souligné la nécessité de rationaliser les importations des pays avec lesquels la Tunisie enregistre un déficit commercial qui s’aggrave de jour en jour. Le chef de l’Etat estime ainsi qu’il faudra donner la priorité à l’importation des matières premières puisque « le déficit résulte de nombreux choix antérieurs axés sur les produits et marchandises qui sont importés bien qu’ils ne se soient pas essentiels».

 

Croyant que tout peut changer avec les seules directives qu’il donne, Kaïs Saïed montre une nouvelle fois qu’il ne maitrise nullement les sujets d’ordre économique et méconnait tout du système de fonctionnement du commerce, aussi bien national qu’international.

Ainsi, et après avoir parlé des dizaines de fois, des spéculateurs et de leur supposé rôle dans l’inflation à l’échelle nationale, Kaïs Saïed s’attaque maintenant au commerce mondial.

 

En langage simple et vulgarisé, il faut savoir que l’essentiel des importations de la Tunisie sont des matières premières.

Les industries mécaniques, électriques et manufacturières ont représenté 60,9% de nos importations en 2021, d’après les chiffres officiels du ministère du Commerce. Au deuxième rang, on trouve l’énergie qui a représenté 13,1%.

Les matières premières et les demi-produits représentent à eux-seuls quelque 34,6% de nos importations.

Si Kaïs Saïed voulait toucher à ces secteurs d’activité, c’est tout le système économique et industriel qui va être déstabilisé. En clair, nos usines ne peuvent plus importer leurs matières premières et ne pourront donc plus exporter ensuite.

 

Par zone géographique, Kaïs Saïed doit savoir que le premier fournisseur de la Tunisie est l’Europe (47,7% en 2021) avec l’Italie au tout premier rang (13,5%) et la France (11,4%).

Or la balance commerciale avec l’Europe, et tout particulièrement la France et l’Italie, est positive en faveur de la Tunisie. Ainsi, la Tunisie a exporté à l’Italie pour 8,5 milliards de dinars en 2021 pour des importations de quelque 8,4 milliards. Avec la France, la Tunisie enregistre un excédent commercial de quelque quatre milliards de dinars avec des importations de 7,181 milliards pour des exportations de 11,182 milliards de dinars.

Si Kaïs Saïed voulait rationnaliser les importations de cette zone Europe, il va remettre en question les accords de libre échange que la Tunisie a signé avec elle et risque de compromettre nos exportations et donc notre balance commerciale.

L’autre zone qui enregistre un excédent commercial en faveur de la Tunisie, c’est la zone du Maghreb Arabe avec un excédent de deux milliards de dinars, composé de +1,588 milliard avec la Libye, 337 millions avec le Maroc et 47,8 millions avec la Mauritanie.

Avec l’Algérie, en revanche, on enregistre un grand déficit commercial de l’ordre de 1,554 milliard de dinars.

Mais ici aussi, Kaïs Saïed ne peut rien faire pour rationnaliser les importations algériennes puisqu’il s’agit de toucher à l’énergie. A moins qu’il ne veuille rationnaliser la consommation de l’électricité et du gaz en Tunisie.

 

S’il faut voir avec qui la Tunisie doit rationnaliser ses importations, c’est forcément avec ceux qui nous enregistrons un déficit commercial important.

Quels sont ces pays ?

Le plus gros déficit de la Tunisie c’est avec la Chine avec -6,325 milliards de dinars. La Tunisie importe des marchandises chinoises de quelque 6,534 milliards de dinars et n’exporte que pour moins de 209 millions de dinars. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’essentiel de ces importations se compose de matières premières pour nos industriels.

Il y a ensuite la Turquie (-2,656 milliards), l’Ukraine (-1,44 milliard) et la Russie (-1,369 milliard). Entre l’importation de matières premières, d’énergie et de blé, la Tunisie a très peu de marge de manœuvre pour toucher aux importations de ces pays.

Autre déficit commercial important enregistré par la Tunisie, ce sont les pays arabes. Dans cette zone, la Tunisie enregistre un déficit commercial de quelque 1,77 milliard de dinars (hors Algérie).

La palme d’or revient à l’Arabie saoudite (-1,211 milliard), suivie de l’Egypte (-567 millions) et les Emirats arabes unis (-209 millions de dinars).

On doute fort que Kaïs Saïed puisse faire quoi que ce soit avec ces pays amis.

 

En clair, quelle marge lui reste-t-il pour concrétiser ses directives données à Najla Bouden ? Aucune !

Au vu de ces chiffres, il est évident qu’il n’a même pas étudié le dossier avant de convoquer sa cheffe du gouvernement. Il a juste eu une idée qui lui est passée par la tête et il lui en a fait part.

Il lui aurait suffi de jeter un coup d’œil sur l’état de nos importations et exportations, leurs natures et leurs nationalités pour éviter de donner ce genre de directives.

Pourquoi le fait-il donc ? Kaïs Saïed fait juste du populisme et cherche à montrer qu’il est en train de trouver des solutions aux problèmes du pays. Concrètement, les données sont là et offrent très peu de marge de manœuvre aux décideurs politiques.

La solution réside ailleurs en revanche. Il faudrait assainir le climat d’investissement pour améliorer nos exportations. Ce n’est qu’ainsi que la Tunisie peut réduire sa balance commerciale. Pour ce faire, Kaïs Saïed doit avoir des relations apaisées avec les chefs d’entreprise et les investisseurs. Mais comme il a dit qu’il ne veut jamais s’afficher avec les riches, il exclut de fait l’unique solution qui lui reste.

 

Raouf Ben Hédi


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