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Consommateur tunisien : Entre arnaque et économie de la paresse


« L’Ukraine a bon dos et le Covid-19 a laissé des traces ». C’est le commentaire d’un client quittant un supermarché, le visage cramoisi de colère. Nous pourrions ajouter les conséquences d’une inflation galopante et les séquelles d’une politique économique et financière qui ont mis le pays à genoux.

Le ticket de caisse qu’il tenait à la main expliquait en fait les raisons de son mécontentement. Et pour cause, la chevauchée fantastique des prix, qui, surtout dans les grandes surfaces, ont dépassé tout entendement.

Mais il n’y a pas que cela. Le consommateur tunisien a beau se lamenter et hurler à mort face à cette situation, qui, empressons-nous de le signaler, n’est pas une exception, dans ce monde où tout a changé. L’opulence est en Europe ou aux Amériques, mais en Afrique ou en Australie n’est plus qu’un vague souvenir.

Là, les conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui a entraîné dans son sillage les puissances occidentales, se ressentent à tous les niveaux. Les longues attentes devant les stations services, les prix qui s’affolent au niveau des grandes surfaces comme des petites supérettes du coin sont devenus monnaie courante. Les manifestations contre ces augmentations et ces pénuries ont lieu partout.

Pris entre deux feux

Les observateurs les plus avertis ont fini par conclure que des changements radicaux sont en train de s’opérer au niveau des consommateurs. Et plus rien n’est comme avant.

A moins de vouloir stocker et dérégler par voie de conséquence le marché, le consommateur ne remplit plus son caddie, n’achète plus au kilo, mais à la pièce ou seulement ce dont il a besoin ce jour-là.

Ces consommateurs se trouvent ainsi pris entre deux feux : subir directement les effets des pénuries ou se trouver contraints de faire reculer l’échéance en stockant victuailles et carburants. Mais ce réflexe, primaire et inconsidéré, s’avère en fin de compte peu opérationnel et on finit par se laisser déborder par la vérité du terrain. On réserve des matinées à parcourir les marchés en quête d’une bonne affaire. C’est ce qui se passe en Tunisie comme partout ailleurs dans le monde depuis quelques mois, et c’est ce qui confirme que l’opulence est un vague souvenir, que le futur n’est garanti pour personne face aux menaces qui pointent.

Revenons sur nos terres

Ces pénuries, qui se suivent dans un certain nombre de domaines au niveau des biens de consommation quotidienne, ont permis tout d’abord la floraison de « petits commerces» informels qui, sur internet, proposent de faire livrer ce dont on a besoin.

On peut tout commander. Et tout est livré jusqu’au pas de la porte dans la demi-heure qui suit. Cela va d’une portion de pizza à des provisions de toutes sortes pour une semaine ou plus. Bien entendu, les prix, il vaudrait mieux ne pas insister. Ils sont prohibitifs. Mais tout y est. Comment et par quel miracle ces « fournisseurs », qui ne possèdent ni patente ni domicile fixe (on a un numéro de téléphone qui change fréquemment mais jamais d’adresse), qui emploient du personnel non assuré ni socialement ni contre les éventuels sinistres, sont-il en mesure de satisfaire leur clientèle ? C’est un mystère qui demande à être élucidé, car par les temps qui courent, un parfum de spéculation entache ces prestations de services.

Des commerces fantômes

Cette économie de la paresse, qui fait que ces commerces…fantômes tournent sans effort pour les uns et sans taxes et impôts pour les autres, s’explique par ces soubresauts que vit le pays au niveau de ses approvisionnements. On est obligé de faire la queue et d’attendre son tour pour avoir du …. carburant (cela ne fait pas partie de ces commerces, il est vrai), du café, du sucre, du riz, etc.

Au temps de la pandémie, tout pouvait s’expliquer. Mais ces plateformes de livraison, qui ont essaimé un peu partout, semblent avoir accaparé l’attention de ceux qui découvrent dans leur disponibilité un remède efficace à leurs maux quotidiens : trouver ce dont ils ont besoin, sans effort ni inquiétude.

Arnaque et mystification

Ainsi donc, aux côtés de ces nouveaux petits commerces juteux, nous relevons les manipulations qui ont permis aux producteurs de certaines denrées ou produits de gagner, sans avoir l’air d’y toucher, un argent fou. C’est le cas des boissons gazeuses. Nous étions habitués à des bouteilles d’un litre et d’un litre et demi. Les prix ont augmenté et…l’aspect de l’emballage ne semble pas avoir changé. Il s’est seulement adonné à une cure d’amaigrissement et la bouteille contient moins de produit. Il y a moins de produit et il faudrait avoir de bons yeux pour relever ce qui est imprimé en petits caractères.

Les tubes de dentifrice ont gardé le même emballage, mais le tube est légèrement plus petit et une bonne partie est remplie d’air. Les promotions de yaourts (qui sont devenus des produits hors de portée des familles modestes) mentionnent certes le grammage, mais il faudrait le chercher. Les bouteilles d’huile d’olive donnent l’impression qu’elles sont d’un litre mais en contiennent moins alors que le Tunisien est habitué à cette unité. D’autres promotions de conserves sont offertes à des prix acceptables, mais personne ne vous dira que la date de péremption est toute proche. Les produits surgelés sont enrobés d’eau et cela fait que le consommateur paie le prix de cet enrobage protecteur au prix fort. Les bottes de persil ou de blettes sont de plus en plus légères mais leur prix augmente de manière quotidienne. Dans le coin, sans vergogne, un bonhomme dénoue les bottes en retire une partie, pour la rajouter à celle qu’il a retirée de la précédente.

A dire, en conclusion, qu’il faudrait bien du temps pour restaurer la confiance entre le consommateur et les producteurs. Et ce n’est point facile.

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