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Cartes sur table avec le ministre du Tourisme Moez Belhassine

 

A l’occasion de sa visite au gouvernorat de Tozeur le 5 et 6 novembre 2021, plusieurs journalistes dont ceux de l’équipe de Business News se sont entretenus avec le ministre du Tourisme, Moez Belhassine.

Durant cette rencontre, Moez Belhassine a expliqué que son département a élaboré un plan de relance de l’activité touristique basé sur trois axes : la diversification des marchés et des produits, la durabilité et la digitalisation.

« Le premier axe vise à lutter contre le phénomène de la saisonnalité. Il garantit l’accès à plusieurs activités touristiques tout au long de l’année. Nous avons un problème de zonage puisque nous classons certaines municipalités comme touristiques. Personnellement, je n’aime pas cette appellation. Toute la Tunisie est touristique. Nous devons aller vers la surpression des appellations zone, municipalité et ville touristique », a-t-il expliqué.

Pour ce qui est de la diversification, le ministre a cité l’exemple des modes d’hébergement. « Nous avons plusieurs unités d’hébergement alternatives telles que les hôtels de charme, les gîtes et les maisons d’hôtes. Nous devons, en tant qu’administration, accompagner cette dynamique », a-t-il dit.

Le ministre a révélé que son département a dépassé l’objectif en matière de nombre de touristes entrant sur le territoire tunisien pour l’année 2021.

« Le nombre de touristes entrant en Tunisie pour l’année 2019 était de 9.600.000 arrivées. Le secteur a enregistré 27 millions nuitées et une recette de 5,6 milliards au cours de la même année. Nous pourrons revenir à ces chiffres-là d’ici 2023. Le ministre s’était fixé comme objectif 20% et 60% des résultats de 2019 pour les années 2021 et 2022. Ceci reste tributaire de la situation sanitaire dans le monde et en Tunisie. De plus, la réouverture des frontières tuniso-algériennes stimulera le sectuer », a-t-il expliqué.

Moez Belhassine a considéré que la cadence à laquelle l’administration suivait le développement du tourisme alternatif n’était pas celle des professionnelles. Il a rappelé que l’administration jouait le rôle de précurseur dans le passé. Elle devance le secteur privé en réglementant le secteur.

« Or, dans le cas de l’hébergement alternatif, c’est l’inverse qui a eu lieu. La majorité des activités de l’hébergement et du tourisme alternatif ne s’inscrit pas dans le cadre du secteur formel. Nous essayons de formaliser et régulariser la situation des établissements. Prenons l’exemple de Tozeur, six établissements d’hébergement alternatif sont reconnus par le ministère du tourisme contre plus d’une dizaine d’unités informelles. Nous devons collaborer tous ensemble afin de structurer le secteur », a-t-il expliqué.

Le ministre a, également, mis l’accent sur l’innovation. Il a affirmé que le tourisme avant la propagation du Coronavirus n’était pas celui d’après. Moez Belhassine a expliqué que le secteur devait s’adapter aux changements et comprendre les attentes du consommateur. Il a rappelé que le ministère du Tourisme s’était doté d’une carte d’investissement comportant une liste des projets possibles par zone.

« Nous devons entamer un grand travail de réflexion afin de mettre en place le cadre juridique adéquat, soutenir les professionnels et accompagner les investisseurs. Beaucoup de jeunes sont porteurs d’idées et de projets mais ne trouvent pas le cadre ou l’accompagnement adéquat. Même le schéma de financement doit être revu. Le système des 30% de fonds propres contre 70% de fonds d’accompagnement et d’investissement a été mis en place dans les années 90 et est dépassé. Il constitue un frein à l’investissement. Nous devons trouver des solutions incluant les établissements bancaires… Nous ne sommes pas seuls sur le marché. Le tourisme est un secteur concurrentiel. Nous devons accélérer la réforme », a-t-il déclaré.

Le ministre a considéré que le secteur touristique devait se munir d’un code du tourisme. Le code de l’investissement, selon lui, est un texte classique qui ne prend pas en considération les mutations du marché du travail, de l’offre et de la demande et du profilage des prometteurs. De plus, il y a un éparpillement des lois d’où le besoin de promulguer un code. De son côté, l’administration a du mal à suivre les mutations du secteur.

« Il y a beaucoup de cahiers des charges et qui ne couvrent pas l’ensemble des activités telles que pour les bases nautiques. Le texte de base des activités touristiques est un décret-loi datant de 1973. Ceci demande des réflexions, un benchmarking et des consultations élargies avec l’ensemble des acteurs du secteur touristique. D’ailleurs, des projets d’arrêté relatifs aux nouvelles normes de classements des hôtels et des restaurants touristiques seront bientôt présentés. Nous devons nous adapter aux changements et retirer les textes obsolètes… Nous devons, aussi, opter pour des mesures plus souples pour accompagner et soutenir les startups et les jeunes porteurs d’idées », a-t-il ajouté.

Moez Belhassine a, aussi, révélé que son département a pris contact avec les banques et le ministère de la justice afin de débloquer la situation des hôtels fermés et faisant l’objet d’une procédure de redressement judiciaire ou traversant une situation financière difficile.

« Le ministère compte aussi sur le soutien et les efforts des médias en relayant les différents avis et propositions des acteurs régionaux, des professionnels et de l’administration. Chaque région est capable de prendre les choses en main à travers les organismes de gestion d’une destination touristique (DMO). Il s’agit du meilleur exemple. Ces organismes permettent aux composantes d’un écosystème touristique de décider en les regroupant. Ils ne seront plus dans l’obligation d’attendre une décision émanant du niveau central de l’administration », a-t-il poursuivi.

Au sujet de l’appui aux structures touristiques impactées par la propagation du Coronavirus, le ministre a affirmé que son département suivait de près ce dossier. Il a rappelé que l’accès à ces fonds était soumis à plusieurs conditions telles que l’affiliation à la CNSS et la préservation de ressources humaines.

« Certes, l’Etat dispose de moyens très limités, mais nous avons mis en place un crédit Covid, une aide individuelle de 200 dinars et une formation pour les agents du secteur touristique, soumis au chômage technique en collaboration avec la GIZ, en plus de plusieurs autres mécanismes. Le secteur de l’artisanat a, également, bénéficié d’un appui à travers une ligne de crédit de dix millions de dinars. Bien évidemment, ce n’est pas suffisant. Nous aimerions bien avoir accès à vingt ou trente millions de dinars. L’Etat a déployé toutes les ressources disponibles », a-t-il ajouté.

Moez Belhassine a, aussi, rappelé que son département prenait en considération l’importance du tourisme culturel. Il a estimé qu’il n’y avait pas lieu de parler de tourisme sans développer l’activité culturelle. Le ministre a assuré que son département avait développé plusieurs projets et propositions à ce sujet.

« Nous devons étudier la touristicité de chaque site. Ceci inclut également l’accès et le transport. Prenons l’exemple du site de Dougga. Le site est magnifique mais il n’est pas facilement accessible. Il n’y a pas de moyens de transport. Une personne sans voiture ne peut pas s’y rendre. En m’y rendant, j’ai constaté des lacunes au niveau de l’accueil, de l’infrastructure, de la médiation culturelle. Un tel site ne possède pas de musée ou de boutique de souvenirs. De plus, le site accueille seulement trente visiteurs par jour. Or, les actions structurantes nécessitent beaucoup de temps. Nous devons envisager des actions rapides et efficaces. Nous devons stimuler la demande et les opérations financières au sein des sites en offrant des possibilités de dépense de l’argent dans les sites », a expliqué le ministre.

Le ministère a souligné l’importance de l’accessibilité des destinations touristiques. Au niveau du gouvernorat de Tozeur, Moez Belhassine a cité le développement du transport aérien.

« Pour développer l’activité touristique, les compagnies aériennes, notamment, le pavillon national, doivent développer davantage leurs activités. Or, elles exigent une amélioration de l’offre et de l’attractivité de la région. Nous nous sommes retrouvés face au paradoxe de l’œuf et de la poule. En tant qu’Etat, nous avons investi quarante millions de dinars dans le développement de l’aéroport et de l’infrastructure. Maintenant, c’est aux compagnies aériennes de s’engager davantage. Nous devons, également, étudier l’élaboration de nouvelles incitations à ces entreprises telles que Ryanair ou EasyJet. Ces incitations doivent conduire à la création d’une base aérienne de la compagnie au sein de l’aéroport de Tozeur », a-t-il déclaré.

Au sujet de l’attractivité de certaines villes, le ministre a déploré la situation environnementale et la présence d’ordures et de déchets dans les rues.

« L’embellissement est une question de volonté de faire avancer les choses. Certaines municipalités font des efforts. Ce n’est pas le cas de la municipalité de Tozeur. Le gouverneur a dû organiser une campagne de nettoyage en collaboration avec les ministères de l’Equipement et de l’Agriculture car la municipalité n’avait pas fait son travail. Nous fournissons un appui financier aux municipalités touristiques dont celle de Tozeur. Celle-ci a eu accès, depuis 1994, à près de 5,6 millions de dinars de la part du ministère du Tourisme. La municipalité a eu récemment accès à 50 mille dinars dédiés à la propreté. Ces fonds ne sont pas dédiés à l’embellissement et aux grands projets ! Comment voulez-vous que Ryanair ou EasyJet s’intéressent à Tozeur ! Il y a un problème de propreté dans l’ensemble de la Tunisie. Malheureusement, nous nous y sommes habitués. Nous sommes surpris face aux endroits propres ! », a-t-il déploré.

« Nous devons trouver une solution permanente. Il y a un problème de gestion des déchets. Si j’en avais la possibilité, je déciderais d’interdire l’utilisation du plastique dans les écosystèmes fragiles tels qu’à Djerba ou à Tozeur. Ça me fait mal au cœur de voir les sacs et les bouteilles en plastique dans le désert », a-t-il déclaré.

Concernant les marchés touristiques visés par la Tunisie, Moez Belhassine a expliqué que plusieurs contraintes limitaient la marge de manœuvre de la Tunisie.

« Pour le moment, nous traversons un contexte particulier et exceptionnel. L’absence de touristes en provenance de certaines destinations n’est pas une question de choix de l’Etat. Ceci résulte des classements des pays par rapport à la situation sanitaire. La France nous a classés dans la zone orange. Or, nous méritons d’être sur la liste de la zone verte. Nous sommes encore classés zone rouge par les autorités italiennes. Du côté de l’Espagne, l’absence de touristes résulte principalement de l’absence de connexion aérienne. Nous opérons sur le marché de l’Europe centrale et de l’est en plus des pays limitrophes. Le monde arabe représente, aussi pour nous, un marché émergent. Il y a de la demande de la part de l’Irak et de la Jordanie. La levée des restrictions et des barrières par les pays étrangers contribuera au retour des touristes en provenance des marchés classiques ordinaires. Nous avons prévu des actions de relations publiques dans le cadre du plan de relance. Récemment, un reportage sur le tourisme en Tunisie a été diffusé sur la première chaîne en Ukraine. Ceci résulte d’un voyage de presse organisé par le ministère », a-t-il dit.

« L’avenir du tourisme tunisien est l’Afrique subsaharienne, le tourisme intérieur, tout en continuant à opérer au niveau des marchés européens… Le Moyen-Orient fait, également, partie des marchés du futur. Nous pouvons fournir des produits adaptés à leurs besoins. Nous avons des unités de logement de luxe qui peuvent répondre à leurs attentes. Il y a des lacunes au niveau de l’infrastructure car nous ne nous sommes pas focaliser sur cette clientèle. Nous devons étudier le marché et consommateur. Sincèrement, en Tunisie nous n’avons pas la possibilité d’attirer une clientèle qui dépense dix mille dollars en 24h », a ajouté le ministre

Pour ce qui est des représentations de la Tunisie à l’étranger, le ministre a assuré que celles-ci exécutaient leurs missions. « Ils ont gardé le contact avec nos partenaires et ont contribué à la préparation de la reprise de l’activité touristique. Ils procèdent, aussi, à la veille en élaborant des notes de conjonctures quotidiennes et hebdomadaires. Les représentations contribuent à la préservation et au développement de l’image de la Tunisie », a-t-il dit.

 

  S.G


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