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CAN 2021 | L’œil de l’expert – Ali Selmi : «Ne pas caler d’entrée !»


S’il croit dur comme fer en l’aptitude de notre sélection nationale d’aller loin en cette CAN du Cameroun, l’ancien finaliste de la CAN 1996, aux côtés de Kasperczak, insiste sur l’importance de réussir le premier match du tournoi face à un adversaire qu’il juge très difficile, pouvant nous poser bien des problèmes.

La Tunisie partage le Groupe F avec le Mali, la Mauritanie et la Gambie. Est-ce un groupe difficile ?

Globalement, c’est un groupe qui est à la portée de la Tunisie. Je dirais que dans ce Groupe F, la Tunisie a 70% de chances se qualifier au second tour  comme leader et les 30% qui restent, je les attribue au Mali.

La Mauritanie est incontestablement à notre portée. En ce qui concerne la Gambie, je ne la connais pas trop. Je préfère ne pas m’exprimer là-dessus tant que je n’ai pas une idée claire sur son effectif. Par contre, je peux vous dire que s’il y a un adversaire qui nous posera bien des problèmes dans ce Groupe F, c’est bel et bien le Mali. D’ailleurs, j’aurais aimé que nous ayons un autre adversaire que le Mali pour le premier match du tournoi continental. Le Mali est un client sérieux, un adversaire très difficile. Il faut que nous soyons sur nos gardes et prenions les dispositions nécessaires défensivement et offensivement, d’autant qu’il s’agit du premier match du tournoi. Tout le monde connaît l’importance de réussir le match inaugural d’un tournoi de la trempe de la CAN. Il ne faut pas caler d’entrée ! Pour moi, cette sélection peut atteindre au minimum les demi-finales.

Vous l’avez dit vous-même : le Mali est un client sérieux. Quel est le meilleur plan pour jouer le Mali, d’autant qu’il s’agit du premier match du tournoi ?

Sur le plan tactique, il faut généralement jouer offensivement quand on affronte une sélection africaine. En général, le maillon faible des Africains c’est la défense, car ils ont tendance à axer leur jeu sur les attaquants. C’est pourquoi il faut jouer offensif pour ouvrir des brèches. Les Maliens ne dérogent pas à toutes ces règles. Ils sont très dangereux dans les contres, car ils sont très rapides, outre les qualités techniques et individuelles de leurs joueurs. A un contre un, ils gagnent facilement les duels. Si on veut gagner contre le Mali, il faut jouer l’attaque et non pas se recroqueviller. J’aurais aimé quand même que le premier match ne soit pas disputé contre le Mali. Ce sera un match très difficile à négocier. Contre le Mali, la recette de la réussite sera la suivante : la meilleure défense sera l’attaque.

Y a-t-il un joueur que vous aurez aimé voir dans la liste des 28 ?

Je pense que Mondher Kebaïer a retenu tous les joueurs qu’il fallait convoquer pour cette CAN. Tous les joueurs, sauf peut-être un, Ferjani Sassi. Je ne connais pas les vraies raisons qui ont poussé le sélectionneur national à se passer de ses services. On dit que c’est à cause du covid, mais il en est guéri. Une chose est sûre et bien loin de la cuisine interne de l’équipe nationale, Ferjani Sassi a, techniquement, sa place dans le groupe, notamment dans le onze de départ.

Ce qui nous manque dans cette liste et dans le groupe en général, c’est un attaquant-buteur. S’il y avait un autre joueur que Jaziri lors de la finale de la Coupe arabe disputée contre l’Algérie, nous l’aurions remportée. Il a raté l’inratable à trois minutes de la fin du temps règlementaire. Si je dis qu’il nous manque un attaquant-buteur, c’est que les autres avants, que ce soit Khazri ou Msakni, ne sont ni des joueurs de pointe, ni des joueurs de couloir. Ils ont tendance à arriver par l’axe pour créer le danger en ouvrant des brèches. Il leur arrive aussi d’aller au bout de l’action et marquer des buts, mais ce n’est pas suffisant. Disposer d’un attaquant de pointe de métier qui soit buteur est indispensable pour une équipe.

Quel est le patron de cette sélection ?

Je penserais à Yassine Meriah. Malheureusement, il n’est pas là car blessé. Je lui souhaite, à l’occasion, un prompt rétablissement. C’est un bon patron sur le plan technique, et pour l’encadrement de ses équipiers, aussi. Pour ce qui est des joueurs existants dans la liste, je vois Youssef Msakni comme patron de cette sélection quand il est au meilleur de sa forme. Il est influent. Il a donc le profil pour jouer le rôle d’encadreur. C’est un bon capitaine quand il est à 100% de ses moyens.

Quel est notre point fort ?

Les latéraux Mohamed Dräger et Ali Maâloul (quand il est en grande forme) constituent les points forts de notre team national. Ce sont des joueurs solides offensivement, Maâloul un peu moins sur le plan défensif. On peut appuyer nos actions offensives sur ces deux latéraux.

Quel est notre point faible ?

Je dirais la transition à cause de la composition de l’entrejeu qui change tout le temps. On a tendance à attendre un exploit de Msakni, ce qui ébranle un peu l’animation offensive. Un sélectionneur national doit avoir sa formation type. Apporter des changements fréquents au onze de départ influe sur la qualité du jeu. S’il stabilise sa formation type, Mondher Kebaïer peut régler facilement le problème de la transition, notamment en présence d’Elyès Skhiri et Seifeddine Khaoui. Ces deux joueurs, s’ils sont pérennisés dans le onze de départ, peuvent transformer ce point faible en point fort.

Sur l’ensemble, que pensez-vous du groupe à la disposition de Kebaïer ?

C’est un bon groupe. Même si Yassine Meriah n’est pas là, Dylan Bronn est en mesure d’apporter de l’assurance et de la stabilité en défense, notamment quand il est associé à Montassar Talbi. Au milieu, Mohamed Ali Ben Romdhane a de bonnes qualités à faire valoir. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’ait pas suffisamment de temps de jeu. Laidouni fait du bon travail à l’entrejeu. Skhiri est un bon récupérateur. Chaâlali est en train de revenir à son meilleur niveau. Comme je vous l’ai dit, nous avons de bons joueurs, un groupe de qualité. Au sélectionneur de choisir son onze titulaire.

Ce qui manque aussi, c’est la bonne ambiance au sein du groupe. Ce qui s’est passé dernièrement, avec entre autres le remerciement d’Adel Sellimi, en dit long sur l’ambiance au sein du groupe. Il y a de quoi s’inquiéter. Toutes les parties prenantes, notamment vous, journalistes, doivent contribuer à l’assainissement de la situation pour créer une bonne ambiance au sein du Club Tunisie. Mondher Kebaïer est à présent le capitaine à bord. Il faut le mettre en confiance pour qu’il la transmette à son tour aux joueurs. Viendra le temps du bilan après la CAN. Dans ce groupe, il y a un grand problème qu’il faut signaler, le gardien de but. On a créé un problème qui ne devait pas avoir lieu. Dès le premier jour, il fallait que le sélectionneur national choisisse un gardien numéro Un à ne pas changer même quand il commet une erreur. Si dans la tête de Kebaïer, c’est Ben Mustapha, il fallait qu’il soit titulaire et régulier en club. Je ne sais pas dès lors si c’est la faute au sélectionneur, à Jaïdi ou à son prédécesseur qui ne l’ont pas fait jouer. Une chose est sûre, il y a un problème de concertation et de coordination entre le sélectionneur national et l’entraîneur de l’EST en ce qui concerne Farouk Ben Mustapha. Mérite-il d’être le premier gardien de la sélection ? Il fallait se concerter là-dessus.   

Quel est le meilleur schéma tactique à adopter durant cette CAN : 4-3-3, 4-3-2-1, ou le 3-4-3 adopté contre la Syrie et l’Egypte ?

Ce sont les qualités des joueurs et le profil de l’adversaire qui définissent le schéma tactique adéquat. Je pense que la formule du 4-3-3 est la mieux adaptée pour nous car nous avons quatre bons défenseurs et de bons joueurs de milieu aussi, outre le fait qu’il faut maîtriser les débats à l’entrejeu. Un 4-3-3 flexible en 4-4-2 en phase de récupération.

Vous connaissez bien l’Afrique. C’est un continent qui réserve bien des surprises, notamment lors des tournois de football, la CAN en particulier…

D’une manière générale, l’Afrique réserve bien des surprises. Que la CAN ait lieu au Congo, au Cameroun ou dans un autre pays africain, les conditions de séjour diffèrent. Ça n’a rien à voir avec les conditions de séjour que nos joueurs ont connues à Doha à l’occasion de la Coupe arabe des nations qui vient d’avoir lieu en décembre dernier.

En Afrique, on n’est jamais à l’abri de mauvaises surprises et aucun pays ne ressemble à l’autre. Quand on s’apprête à disputer une CAN, il faut s’y préparer sur tous les plans, notamment le volet psychologique. Tous les détails ont leur importance dans la préparation des matches. L’hôtel dans lequel on séjourne, la logistique mise en place pour les déplacements que ce soit pour les entraînements ou pour les matches. J’ai vécu deux finales de Coupe d’Afrique des nations. Au Burkina-Faso, nous étions logés dans des villas et avions des problèmes pour l’alimentation et le transport. Il nous arrivait d’attendre plus de deux heures pour aller aux entraînements. En Afrique du Sud, c’était nickel. Les menus étaient respectés à la lettre, les bus venaient à l’heure pour nous emmener aux entraînements. C’était l’exception à la règle.

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