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Bras de fer entre le gouverneur et le maire de Bizerte : Tout est… politique


Gonflés à bloc avant le coup de force du 25 juillet, certains représentants du pouvoir local n’ont plus les coudées franches, mais tentent vainement de résister sous différents prétextes.

En apparence, il s’agit d’un différend autour des préparatifs relatifs à la fête de l’Evacuation, célébrée le 15 octobre de chaque année à  Bizerte, mais au fond, le problème est encore plus profond car il  s’agit d’un bras de fer entre les représentants des deux pouvoirs, central et local,  depuis la suppression du ministère des Affaire locales et son rattachement au ministère de l’Intérieur, ce qui  a envenimé encore plus la relation entre les deux parties  sous différents prétextes.

Ce n’est pas la première fois que le maire de la ville de Bizerte, Kamel Amara (appartenant au parti Ennahdha), fait parler de lui et entre en conflit avec le gouverneur de la place, Samir Abdellaoui, qui a été nommé en août 2021 en vertu d’un décret présidentiel après le limogeage de l’ancien maire, Mohamed Gouider.

Le maire de Bizerte monte au créneau

En effet, en 2020 et suite à la décision de doter le stade 15-Octobre de Bizerte d’un gazon synthétique de cinquième génération, la municipalité de cette ville a exigé une nouvelle étude avant de se prononcer d’une manière définitive sur le sujet.  Cet antécédent qui a mis en  exergue un enjeu politique avait provoqué à cette date la consternation et la stupeur d’une grande partie des Bizertins.

Pour enchaîner, Kamel Ben Amara n’avait pas hésité à entrer en guerre contre la centrale syndicale en tentant de suspendre les cotisations automatiques au profit des syndicats. Il a expliqué, lors d’une déclaration à une radio privée en février 2021, que sa  décision est due aux menaces et aux pressions exercées par ces syndicats sur les employés de la municipalité de Bizerte. Ce qui a déclenché une crise avec l’Ugtt qui a fustigé l’attitude du maire notamment après la tentative de ce dernier de créer une nouvelle structure syndicale.

En juin 2022, la guerre des communiqués a éclaté entre lui et le gouverneur de Bizerte suite à un différend concernant l’exécution d’un arrêté de démolition d’un bâtiment situé dans la délégation de Bizerte Sud. Le gouverneur a expliqué son refus par  l’absence de l’en-tête et du cachet du ministère de l’Intérieur comme le prévoient les nouvelles dispositions et mesures prises depuis la suppression du ministère des Affaires locales et le rattachement de ses services au MI.  

Pour conclure, hier matin, jeudi 13 octobre, le maire de la ville de Bizerte est allé encore plus loin et a enfoncé le clou en déclarant sur les ondes de certaines radios privées qu’il n’était pas en mesure d’impliquer les services de la municipalité dans les travaux d’embellissement des rues de la ville dans le cadre des préparatifs de la fête de l’Evacuation célébrée le 15 octobre de chaque année, sous prétexte que la région fait face à d’autres problèmes plus profonds et sur lesquels le Président de la République doit s’arrêter en personne lors de cette visite. Le maire ajoute qu’une pétition lui a été adressée dans ce sens par les habitants, ce qui l’avait conduit à prendre une telle position. Pour le gouverneur, cette explication ne tient pas debout. Il n’a pas manqué de mettre en doute l’existence d’une telle pétition.  

Le torchon brûle entre le gouverneur et le maire 

Une lettre a été adressée mardi 11 octobre par le gouverneur au maire en question pour l’informer de la nécessité de donner l’ordre aux agents de la municipalité de reprendre les travaux en application de l’article 268 de la loi relative au Code des collectivités locales.

Cet article dispose que «si le président de la commune s’abstient ou refuse l’accomplissement de l’un des actes auxquels il est tenu par la loi et les règlements, le gouverneur le met en demeure par écrit. En cas de carence du président de la commune ou d’incapacité manifeste d’accomplir lesdits actes en dépit d’un péril certain, le gouverneur peut, par décision motivée, y procéder d’office en personne ou par l’intermédiaire de celui qu’il désigne à cet effet». Y a-t-il un péril certain dans ce cas de figure? C’est la question qu’on est en droit de se poser.

Pour sa part, le maire ne compte pas rester les bras croisés. Il a répondu par écrit ce jeudi 13 octobre à la lettre du gouverneur en l’informant que la région souffre de marginalisation  comme l’atteste une pétition publiée sur les réseaux sociaux par les  citoyens. Ce qui pourrait constituer une occasion propice pour le Président de la République pour s’arrêter sur la réelle situation de la région. Il a à son tour mis en doute la notion de «péril certain» et refusé le recours au mécanisme de la réquisition  avancé par le gouverneur, pointant du doigt la non-tenue de la réunion du Conseil régional sous l’égide du gouverneur depuis sept mois, sans compter les projets qui sont toujours à l’arrêt.

Au fait, la lutte acharnée pour le pouvoir local et au-delà de ces prises de position d’une part comme de l’autre est causée en premier lieu par la politisation exagérée du devoir municipal et qui a été freinée par le coup de force du 25 juillet. Les maires relevant de certains partis politiques, dont Ennahdha, n’avaient plus depuis cette date les coudées franches et les gouverneurs désignés récemment sont beaucoup plus en phase avec le programme post-25 juillet, prôné justement par Kaïs Saïed.  

S’il est vrai que ce différend et bien d’autres, comme celui enregistré  entre la mairesse de Tunis Souad Abderrahim et le gouverneur Kamel Fekih concernant une décision de démolition en juin dernier, ne peut en aucun cacher la lutte qui s’est accentuée entre les deux pouvoirs, point n’est besoin d’avancer que l’embellissement occasionnel des entrées des villes lors de la célébration des fêtes et cérémonies officielles est très mal vu par le citoyen. Un comportement dénoncé par le Président de la République lui-même.  

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