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Banque mondiale : le taux de de pauvreté en Tunisie a atteint 21%


 

La Banque mondiale a considéré que l’économie tunisienne était au point mort. La Banque mondiale a indiqué qu’entre 2011 et 2018, la croissance du PIB a chuté à une moyenne de 1.7%. Ce recul résulte de la baisse de la performance de la quasi-totalité des secteurs économiques. Le seul rescapé de la dernière décennie est le secteur de l’agriculture. La Banque Mondiale a évoqué la faiblesse de l’investissement, le manque d’innovation, la nature limitée des orientations commerciales et la forte réglementation des activités économiques comme cause de la stagnation économique de la Tunisie.

 

Dans son rapport intitulé « Tunisie – Diagnostic Systématique Pays » publié le 10 novembre 2022, la Banque mondiale a rappelé que le PIB était passé en moyenne, de 17,4% du PIB entre 2000 et 2010 à 14,9% du PIB entre 2011 et 2019. Ce recul est traduit par une régression du nombre d’entreprises ayant introduit un nouveau produit ou service. Il est passé de 28% des entreprises en 2013 à 14% des entreprises en 2019. La dégradation de la situation économique du pays a accentué la crise du chômage en raison de la baisse continue du nombre d’emplois créés. Selon la même source, en 2019, le taux de chômage pour les diplômés du supérieur est égal à 27%, pour les femmes 22,5% et pour les jeunes 34,4%.

Le rapport de la Banque mondiale a évoqué une disparité entre les régions, notamment, en matière de croissance. La baisse de la productivité des « vieilles » industries manufacturières et du tourisme ont fait que les grandes villes côtières représentent désormais les zones avec les résultats de croissance les plus faibles au cours de la dernière décennie. Ainsi, les gouvernorats avec la croissance du PIB par habitant la plus élevée sont Siliana, Sidi Bouzid et le Kef. Ceux ayant affiché la croissance du PIB par habitant la plus faible sont ceux du grand Tunis, Monastir et Sousse. La crise économique a poussé l’Etat à s’impliquer davantage dans les questions d’ordre social. Le rapport a affirmé que la Tunisie a convergé vers le modèle de l’État providence pour pouvoir répondre aux aspirations des citoyens et leur offrir de meilleures conditions de vie.

« Cela porte notamment sur le paquet de mesures budgétaires décrétées pour soutenir les moyens de subsistance et le pouvoir d’achat des ménages, comme les subventions, les transferts aux entreprises publiques, la protection sociale et la création d’emplois dans le secteur public. Les mesures introduites ont permis d’aider de nombreux ménages pauvres et vulnérables à ce moment sensible qui a suivi les débuts de la transition. L’augmentation du nombre de recrutements effectués dans le secteur public a permis de créer des opportunités d’emplois en faveur des ménages à faible revenu. Plus particulièrement, la régularisation de la situation de travailleurs intérimaires engagés dans le secteur agricole et les augmentations de salaires décidées au lendemain de la Révolution ont contribué à la réduction de la pauvreté. Tendanciellement, le secteur public est considéré comme le recruteur de dernier (et parfois de premier) recours chaque fois que la pression du chômage des jeunes s’intensifie, classant la Tunisie parmi les pays détenant la plus grande masse salariale au monde, outre le déséquilibre financier grandissant des caisses de retraite », lit-on dans le même rapport.

 

Évoquant les chiffres avancés par le Fonds monétaire international (FMI), le rapport a indiqué que la masse salariale de la fonction publique avait atteint, en 2020, 17,6% du PIB. Les dépenses gouvernementales ont, aussi, augmenté au niveau des programmes de soutien financier aux ménages. Les autorités nationales ont procédé à un élargissement de 132.000 familles bénéficiant du Programme National d’Aide aux Familles Nécessiteuses en 2011 à 234.000 familles en 2015. Ce chiffre correspond à des dépenses totales de l’ordre de 115 millions de dinars. Ceci a permis une réduction de la pauvreté malgré la crise économique. 

Le taux de pauvreté national est passé de 25,4% en 2000 à 15,2% en 2015 et 13,9% en 2019. Ceci signifie que près de 1,6 million de personnes étaient sorties de la pauvreté entre 2000 et 2015. Néanmoins, le taux de chômage a connu une hausse de 3,5% pour atteindre 17,4% en 2022. La pauvreté, quant à elle, est passée de 14% avant la pandémie à 21% en 2020. La principale cause de cette hausse serait la crise provoquée par la propagation du Coronavirus. Le rapport a qualifié la politique sociale de la Tunisie de coûteuse et ne s’attaquant pas aux véritables problèmes. La Banque mondiale a affirmé que la crise pandémique a démontré la fragilité du système, son inefficacité et son impact sur l’économie du pays. Ainsi, les données montrent que la crise pandémique a provoqué un recul de 9,2% de la croissance économique et a révélé au grand jour des défaillances structurelles. La même source a assuré que la pauvreté était passée de 14% avant la pandémie à 21% en 2020. Les inégalités (mesurées selon le coefficient Gini) sont passées de 37% à 39,5%.

 

Le rapport a, aussi, évoqué la dégradation de la situation des entreprises publiques. Il a fait remarquer que le rôle important joué par certaines d’entre elles n’a pas empêché une baisse des performances de ces structures. Le rapport a considéré que les entreprises publiques étaient victimes du manque de réformes, de ressources financières et du rendement des services. Les entreprises publiques rencontrent des problèmes au niveau de la gouvernance, notamment en lien avec la transparence, la gouvernance interne, la gestion stratégique des portefeuilles (actionnariat, contrôle des résultats et conformité), le recrutement et la rétention du personnel qualifié.

 

De plus, le rapport est revenu sur la corruption tout en la qualifiant de phénomène endémique en Tunisie. Il a évoqué une enquête menée par la Banque mondiale auprès des entreprises et a conclu que « la corruption s’est ‘’démocratisée’’ depuis la Révolution ». Le pourcentage d’entreprises ayant désigné la corruption comme obstacle majeur à leurs activités est passé de 36% en 2013 à 56% en 2020. « A cela, s’ajoute l’augmentation de la proportion d’entreprises ayant identifié le système judiciaire comme contrainte compromettant la primauté du droit (de 3,2% à 12,6%). La corruption a étendu ses tentacules jusqu’au processus électoral : le rapport – largement partagé – que la Cour des comptes a produit sur les élections de 2019 – la présidentielle et les législatives a fait état de nombreuses violations de la loi électorale, comme le financement illicite. La frilosité de la réaction institutionnelle aux cas de corruption et infractions à la loi électorale a contribué à miner la confiance des citoyens dans l’intégrité des autorités et des élections », poursuit le rapport.

La Banque mondiale a indiqué qu’un grand sentiment de frustration se faisait sentir parmi les citoyens. Elle a expliqué cela par la détérioration de la situation économique et l’absence de création d’emplois et de réduction des vulnérabilités économiques. Ce sentiment de frustration est couplé d’un mécontentement chez la jeunesse éduquée des milieux urbains et à conduit à une hausse des mouvements protestataires. Le rapport dresse un état des lieux des manifestations et mouvements de prestations organisés durant la dernière décennie. Le nombre a considérablement augmenté durant les dernières années, notamment dans les milieux où la vulnérabilité est prononcée. La même source a précisé que la majorité des mouvements de protestation ont eu lieu dans le Grand Tunis, Bizerte, Sousse et Gafsa.

 

La Banque Mondiale a insisté sur l’importance de redynamiser le modèle économique tunisien et a estimé qu’il était devenu un risque pour la transition démocratique. Le rapport a insisté sur l’importance d’un consensus et de gros efforts visant la mise en œuvre des réformes, d’une part et à apporter des gains tangibles, à rétablir la confiance et à relancer la dynamique, d’autre part.

 

S.G


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