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Baisse de l'euro : les Tunisiens ont-ils raison de s'en réjouir '


 

L’euro a clôturé la séance du 22 août 2022 à une valeur égale à 0,9951 dollar, soit la plus faible valeur jamais enregistrée depuis l’introduction de cette monnaie en 2002. L’Union européenne suit depuis quelques semaines la dégringolade de sa monnaie et semble de plus en plus s’inquiéter en raison de l’incapacité de cette dernière de mettre en œuvre une véritable solution permettant de stopper ce phénomène.

La principale raison de la baisse continue de l’euro, en plus d’une l’inflation au niveau international, n’est autre que le conflit russo-ukrainien et ses conséquences, notamment sur le plan énergétique. Depuis le début de l’année et le lancement de l’offensive Russe en territoire ukrainien, l’euro a enregistré une baisse de près de 13%. Pour rappel, un euro valait 1,1374 dollar. Le déclenchement de la guerre aux portes de l’Europe menace la sécurité énergétique de l’Europe puisque la Russie est le principal fournisseur du vieux continent en gaz naturel. D’ailleurs, le président russe Vladimir Poutine menace depuis plusieurs mois de suspendre l’approvisionnement en gaz en fermant le gazoduc Nord Stream 1 du 31 août au 2 septembre.

L’ensemble de ces éléments a provoqué une flambée des prix du baril de pétrole qui a enregistré un chiffre record de 133 dollars l’unité à la clôture de la séance du 8 mars 2022. Par la suite, plusieurs tentatives de régulation et de contrôle des prix ont eu lieu. Ainsi, les USA ont transféré 4,7 millions de barils de leur stratégique pour l’introduire dans les réserves commerciales d’or noir. Ceci a causé une baisse du prix du baril et une stabilisation aux alentours de 96 dollars. Mais même avec cette baisse-là, l’impact économique sur la Tunisie reste assez conséquent. 

En effet, la Tunisie avait estimé, dans sa loi de Finances relative à l’année 2022, un baril de pétrole à 75 dollars, soit 21 dollars moins chers que le prix actuel. Sachant que la Tunisie consomme en moyenne 90.000 barils, l’écart en consommation journalière est égal à 1.890.000 dollars équivalant à 6.029.100 dinars. Or, le budget de l’Etat représente 57.300.000 dinars. L’écart entre le prix réel et le prix envisagé par la loi de Finances représente à lui seul près de 10% du budget de la Tunisie.

 

Pour ce qui est du gaz naturel, le prix ne cesse d’augmenter. Il est passé de 3,56 dollars le million de BTU à la date du 1er janvier 2022 à 8,27 le million de BTU à la date du 23 août 2022, soit une hausse de plus de 130% en huit mois. Ceci a accentué la crise de l’euro, mais notamment la Tunisie qui dépend elle aussi des importations en gaz naturel. La demande annuelle en gaz naturel du pays avait franchi la barre des 5.500 Ktep depuis 2020. Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie a indiqué sur son site web officiel que 66% de la demande en gaz naturel est couverte par le gaz algérien. A noter que le prix moyen du gaz algérien avait enregistré une hausse de 83% en dollars, entre fin février 2021 et fin février 2022. Les prix ont, bien évidemment, continué à grimper suite au conflit russo-ukrainien. 

La chute de l’euro accompagnée d’une hausse du dollar est toujours synonyme de hausse du prix du gaz et du pétrole : deux matières qu’importe la Tunisie massivement. L’enveloppe dédiée à ces achats-là ne cessera pas de gonfler. En plus de cela, les produits dérivés (essence, fuel, diesel, gaz à usage ménager…) sont des marchandises faisant partie du programme de compensation. L’Etat tunisien payera donc une facture assez salée puisqu’il subira la hausse des prix et continuera à assurer la compensation afin de garantir l’accès aux citoyens à ces produits.

 

Toujours pour le cas de la Tunisie, la baisse de l’euro représente un danger économique puisque les pays européens représentent les principaux partenaires économiques et sociaux de notre pays. Une crise financière européenne conduira à une baisse des aides et des dons orientés vers les pays amis et voisins. C’est, donc, une menace pour les possibles accords pouvant être conclus dans le futur. Les pays européens et l’UE devront diminuer l’enveloppe destinée aux projets d’investissement et de développement à l’étranger puisqu’ils auront tendance à limiter les transactions en dehors de l’espace européen afin de favoriser une dynamique économique régionale.

 

Concernant les échanges commerciaux, la baisse de l’euro signifie une baisse des revenus de la Tunisie en matière d’exportation. Selon le bilan du commerce extérieur aux prix courants en juillet 2022 publié par l’Institut national de la statistique, les exportations tunisiennes vers l’UE représentent 68,6% du total des exportations. Celles-ci sont majoritairement payées en euro et la baisse de la valeur de cette monnaie signifie moins de revenus pour la Tunisie et une dévaluation des opérations. Ceci causera une baisse de nos stocks de réserve en euro. 

L’impact ne se limitera pas aux échanges commerciaux. Le tourisme subira lui aussi les conséquences de cette crise. En temps de crise, les touristes ont moins tendance à partir en vacances ce qui entraînera une baisse des recettes des installations touristiques et autres secteurs dont l’activité est sous l’influence de ce dernier, tel que le transport et la restauration. Par ailleurs, même en gardant le même nombre de touristes en provenance des pays européens, la Tunisie subira la dévaluation de l’euro puisque les transactions opérées par ces derniers diminueront en raison de la baisse de cette monnaie. L’impact se fera sentir à tous les niveaux. La baisse des transactions et des leurs valeurs perturbera l’activité financière en Tunisie. La chute des montants transférés depuis l’étranger sera subie par la Banque centrale de Tunisie, mais aussi par les banques commerciales. Elles enregistreront moins d’opérations en devise.

 

La Tunisie devra bien se préparer aux conséquences de la chute de l’euro. Afin de résister à l’inflation mondiale et aux répercussions de la baisse de l’euro, le gouvernement Bouden devrait accélérer la mise en place de réformes profondes et structurelles qui pourraient en cette période faciliter les opérations d’importations depuis l’Union européenne. Les réformes doivent, également, porter sur la création de richesse. Le gouvernement pourrait envisager l’accélération du déblocage des terres agricoles domaniales ou encore une véritable suppression des longues et repoussantes procédures administratives et de notre bonne vieille et complexe bureaucratie. La question de la suppression des autorisations traîne toujours. Quant au secteur des énergies, la mise à niveau de la législation en vigueur ne semble être qu’un mirage. Il n’existe toujours pas de lois ou de textes juridiques définissant l’économie verte et réglementant ce secteur et malheureusement de nombreux responsables ont tendance à confondre ce dernier avec l’économie sociale et solidaire.

De plus, l’instabilité politique et l’incapacité du gouvernement actuel à entretenir de bonnes relations avec l’Union générale tunisienne du travail accentuent la crise socio-économique. La centrale syndicale a déploré à maintes reprises la rupture des canaux de communication, l’indécision du gouvernement et l’absence de transparence au sujet du programme de réformes soumis au Fonds monétaire international et aux négociations entamées avec cette institution depuis plus d’une année. 

Le gouvernement persiste dans son mutisme vis-à-vis de ce genre de structure, mais aussi du peuple tunisien. Nous n’avons toujours pas entendu la cheffe du gouvernement, Najla Bouden, nous présenter sa vision économique et ses priorités à l’échelle sociale. En a-t-elle une ? A quoi sert-il de dissimuler ses positions et d’éviter à tout prix le contact direct avec les médias ? Ne serait-il pas plus judicieux de s’adresser aux citoyens et aux citoyennes de ce pays, de les réconforter, de les motiver, de les pousser à s’engager plus et à produire plus, à garantir un futur pour les générations à venir ? Toutes ces questions demeureront sans réponse ! Idem pour les interrogations portant sur les mesures prises par le gouvernement face à cette crise au niveau de l’Europe !

 

Sofiene Ghoubantini


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