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Au moment où tout le monde pensait qu’il était devenu plus vulnérable: Saïed passe la vitesse supérieure

Au moment où ses détracteurs pensaient que le Chef de l’Etat perdait du terrain, était moins populaire, de plus en plus isolé et beaucoup plus fragile et profitaient de la crise socioéconomique pour multiplier les manœuvres, réinvestir le champ politique et se présenter comme les possibles sauveurs du pays, Saïed se montre chaque jour plus déterminé, plus fort et inflexible. Il n’empêche, le Président de la République est comme un trapéziste sans filet aux prises avec les partis politiques, la Centrale syndicale et les différentes organisations de la société civile. A mi-mandat, il a décidé de passer la vitesse supérieure. Il limoge, révoque, se déplace sur le terrain et donne forme à sa vision de la nouvelle République contre vents et marées

Le premier remaniement ministériel partiel depuis la formation du gouvernement Bouden, qui a été opéré vendredi dernier, donne le la. D’autres ministres sont sur la sellette. Mais il n’y a pas que les ministres qui vont sauter, déjà plusieurs P.D.g. et responsables ont été virés. Plusieurs postes sensibles ont été touchés sur fond de défaillances criantes ou de complicité passive sur certains dossiers. Il en parle ouvertement au peuple sans toutefois citer les noms des personnes, ce qui reste du ressort de la justice.

Fort du succès de l’organisation de deux grands sommets en Tunisie — la Ticad 8 et le XVIIIe Sommet de la Francophonie —, il brisera la glace vis-à-vis des grandes puissances en participant activement au Sommet USAAfrique, au Sommet sinoarabe et au Sommet de la Ligue arabe à Alger. Sa position claire sur l’agression russe en Ukraine lui permettra aussi d’ouvrir de nouveaux canaux avec l’Union européenne et les pays frères et amis pour exposer ouvertement l’état des lieux en Tunisie et expliquer sa démarche pour sauver le pays. Sur le plan interne, son choix s’étant fixé sur une ligne « révolutionnaire » qui coupe court à n’importe quelle intimidation en vue d’un possible rapprochement ou tendant à le faire consentir certains compromis, il s’est délibérément placé dans l’œil du cyclone.

Pris au piège des revendications politiques qui placent la dragée haute à un gouvernement affaibli par les effets de la crise économique et financière, il se trouvera englué dans les ronces inextricables de la traçabilité politique et morale des différents fronts qui se font au gré du jour pour lui barrer la route. Comme un Don Quichotte, il ira combattre des moulins à vent, alors que les trous d’air sont partout et que le pays est au bord du précipice. Ses coups de bec récurrents annoncent de nouvelles hostilités avec les acteurs qui traînent de funestes affaires de blanchiment d’argent, de corruption, de contrebande ou de terrorisme. Il sera également confronté à l’épreuve de la concentration des pouvoirs qui, même si elle a été hautement saluée au départ, est devenue l’explication, même infondée, de l’échec à résoudre les problèmes du pays.

Ave c u n aveuglément confiant, Saïed est monté au créneau, en balayant d’un revers de main toutes les tractations engagées par les acteurs politiques et l’appétit sans fin des chefs des coalitions et leur désir démesuré pour partager le pouvoir. Il a pris son courage à deux mains pour remettre à leur place les acteurs politiques qui veulent imposer leur loi, où tout était devenu objet de spéculation politique. Mais l’homme a campé sur position, faisant entendre que le salut ne viendrait pas par les compromis sans fin.

Depuis, les choses sont parfaitement claires dans son esprit. Il a décidé de prendre ses responsabilités et de mettre ses actes, sa vision, en action coûte que coûte. Face à la tentation du sauvequi-peut, du chacun-poursoi, Saïed n’acceptera pas la tentation du retour à la case départ. Conscient de la gravité de la situation, il n’attendra plus que les autres bougent pour faire bouger les lignes.

En remontant les bretelles aux différents responsables, il semble déterminé à mettre fin à une léthargie qui a frappé l’action gouvernementale décriée par tous. En agissant de la sorte, il a démontré que sur tous les sujets, il sera intraitable et qu’il ira au bout des réformes nécessaires. C’est pourquoi, il ne veut pas perdre l’élan qui a été donné et veut agir. Et maintenant. Car laisser le temps au temps, on a déjà essayé.

Mais le temps n’est pas son allié. Il est son juge et il est déjà en sursis. Certes, cela nous plongerait peut-être dans une nouvelle crise. Mais cette fois, c’est une crise qui nous libère du carcan des alliances qui se font et se défont au gré des jours. Cette fois, la crise nous oblige à penser autrement. C’est une chance qu’il nous faut saisir à bras-le-corps. La question la plus importante est que les choix de Saïed aideraient ou non le pays à sortir du cercle vicieux vers un cercle plus vertueux. C’est la seule grille de lecture qui vaille. La Tunisie jugera bientôt ses choix et chacun en tirera les conséquences.

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