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Anis Kharbeche à propos de la crise du lait : le système est en train de s'effondrer !

Anis Kharbeche propos de la crise du lait : le systme est en train de seffondrer !

 

Le manque de lait sur le marché est dû à la baisse de production et est aggravé par le non-payement de la compensation aux industriels. Le système entier est en train de s’effondrer, sous le silence des autorités de tutelle. C’est qu’a affirmé le vice-président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Anis Kharbeche.

 

Au micro de Borhen Bssais, animateur du plateau l’Émission impossible sur les ondes de la radio IFM, M. Kharbeche a expliqué qu’il y a, ainsi, une pénurie de lait, en particulier dans les grandes surfaces, car la production de lait au niveau des agriculteurs a baissé de 30 à 35%.

En effet, la consommation journalière de lait en Tunisie est de 1,8 million de litres de lait en moyenne, a-t-il indiqué. Or, aujourd’hui, on produit quotidiennement 1,3 million de litres de lait en moyenne. Donc, il y a un manque affirmé de 35% en termes de production.

« Nous avons commencé à prévenir de la catastrophe, il y a deux ans. Depuis octobre 2021, nous avons prévenu qu’une crise de lait se profile dans le futur. Nous avons réitéré nos alertes en mars et avril 2022, depuis que les éleveurs ont commencé à vendre à perte leurs produits : le coût de production avait atteint 1,6 à 1,65 dinar alors qu’il vendait la litre de lait à 1,14 dinar », a soutenu le membre de l’Utap, en rappelant que l’agriculteur est le plus faible maillon de la chaîne de production et qu’il est devenu pendant un an et demi la caisse d’indemnisation de l’État.

 

Selon lui, le coût de production a augmenté à cause de multiples raisons :

La hausse du coût des fourrages composés notamment après la pandémie et aggravés avec la guerre en Ukraine, ces fourrages étant dépendants à 90% à l’étranger en termes de matières premières (soja et maïs)
Le changement climatique et le manque de pluie, ce qui a provoqué un manque des fourrages verts
La hausse des prix et la pénurie d’autres produits, notamment les médicaments
La multiplication de maladies, décimant des vaches et menaçant les cheptels.

Des facteurs qui ont impacté à la hausse le coût de production. Anis Kharbeche rappelle que des conventions ont été signées depuis 2017, avec le gouvernement Chahed, dans les systèmes de production comme ceux des volailles, du lait, des fourrages, des légumes, pour l’adoption d’un prix dynamique des coûts de production pour le producteur et non pas pour le consommateur, le coût augmentant tous les trois à quatre mois.

Il a souligné que 90 à 95% de ces systèmes de production sont des petits agriculteurs. À titre d’exemple, il y a 110.000 éleveurs de vaches dont 90% à plus de cinq vaches. Il s’agit d’agriculture familiale, qui ne peut absorber autant de perte.

 

 

Anis Kharbeche a précisé que lorsque la production est normale, seulement 20% à 25% de la production de lait est réservé aux produits dérivés. Aujourd’hui, la même quantité de lait, soit 400.000 litres, est réservée aux produits dérivés et 800.000 litres de lait au demi-écrémé (générant un manque de 50% sur le marché). Et de noter dans ce cadre, que depuis un an et quatre mois, l’État a aussi laissé tomber les industriels, ne leur payant plus la compensation, soit 0,4 à 0,45 dinar par litre.

« Nous avons, à maintes reprises, réclamé la rationalisation du lait demi-écrémé qui est utilisé dans les cafés des quartiers chics, des hôtels et consommé par le touriste. Il fallait le réserver uniquement à la consommation des citoyens tunisiens. Chose qui n’a pas été faite », a-t-il martelé.

Et de souligner que, l’industriel ne peut pas baisser la production des dérivés avec lesquels il affronte ces frais fixes notamment les salaires, les coûts d’électricité, ceux de la matière première.

 

Le vice-président de l’Utap a mis en relief que le fait que, rien que cette dernière année, 25% du cheptel de lait a été vendu.

« Le système est en train de s’effondrer depuis un an, alors que l’État avait payé cher avec les deniers publics son implantation, et cela depuis les années soixante ! », a-t-il fait remarqué. En outre, il a noté qu’il y a un monopole qui est en train d’importer le soja et le maïs alors que l’État n’avait pas fait son travail de régulateur.

Et d’enchaîner en soutenant que la loi de finances est « catastrophique », car pour la première fois le ministère des Finances n’a pas consulté les organisations nationales lors de l’élaboration du projet de loi.

« Nous, en tant que secteur agricole, sommes concernés uniquement par deux articles de loi. Un article qui concerne 3% des producteurs des grandes cultures et un article qui va porter atteinte, appauvrir et marginaliser les éleveurs de vaches, en compensant l’importation de lait en poudre et en levant les taxes y afférentes. Tacitement, à travers la loi de finances, l’État annonce son abondan des agriculteurs et du secteur. En un an, au moins 20.000 éleveurs (soit 20%) ont quitté le secteur. En plus avec le lait en poudre, nous allons remonter le temps de quarante ans », a-t-il fustigé. Et de marteler que si des décisions audacieuses sont prises maintenant, il est encore possible de sauver le secteur.

 

En réponse à une interrogation de l’animateur, M. Kharbeche a assuré que l’organisation a présenté à l’ancienne ministre du Commerce plusieurs propositions, mais qui n’ont pas été écoutées.

« Le ministère du Commerce a toujours œuvré à plafonner les prix, porter atteinte aux systèmes de production, à appauvrir et marginaliser les agriculteurs et à augmenter l’importation ! », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Deux mois avant ramadan, le pays ne dispose pas de stocks stratégiques dans plusieurs produits (œufs, pommes de terre, lait, légumes, …) ».

 

I.N


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